Trois avions de Ryanair atterrissent d'urgence par manque de carburant

Trois avions de Ryanair atterrissent d'urgence par manque de carburant
3 images
Trois avions de Ryanair atterrissent d'urgence par manque de carburant - © RTBF

La compagnie low cost irlandaise est soupçonnée de faire des économies en ne remplissant pas assez ses réservoirs de kérosène: fin juillet, trois avions déroutés à cause d'un orage ont dû atterrir d'urgence à Valence. Ils n'avaient plus assez de carburant.

C'est le Huffington Post qui rapporte l'affaire: le 26 juillet, un orage électrique au dessus de Madrid empêche trois avions Ryanair d'atterrir. Ils sont envoyés à Valence, à une petite heure de vol de là.

Seulement voilà: il faut attendre son tour, de l'ordre d'une heure de vol circulaire et ils n'ont plus assez de carburant. Un des pilotes lance même à trois reprises le signal de détresse "Mayday". Finalement, les trois appareils obtiennent l'autorisation de se poser plus vite que prévu.

30 minutes de carburant

La compagnie irlandaise confirme l'information: les avions "n'avaient pas le carburant nécessaire pour revenir sur Madrid et ont été autorisés à atterrir à Valence". Ryanair précise que les avions avaient encore le minimum de carburant dans les réservoirs au moment de demander l'atterrissage d'urgence: de quoi tenir 30 minutes.

"Il n'y a pas eu d'atterrissages d'urgence, il s'agissait d'atterrissages normaux", a déclaré à l'AFP un porte-parole de la compagnie à Madrid. "S'ils ont demandé à passer en priorité c'est parce qu'ils étaient un peu juste au point de vue carburant même s'il leur en restait pour plus de 30 minutes dans chaque avion", a-t-il fait valoir. Ryanair a affirmé qu'avant de demander "à atterrir immédiatement" ses appareils avaient survolé Valence pendant "50, 68 et 69 minutes respectivement".

"Tous les vols de Ryanair opèrent avec les niveaux de kérosène requis", a-t-elle assuré. "Cela comprend le carburant nécessaire pour rouler sur la piste, le vol, les déroutages et le combustible en cas d'imprévu", a précisé la compagnie.

La compagnie s'est excusée auprès de ses passagers.

Plainte et enquête

L'association de consommateurs CEACCU a présenté mardi une plainte contre Ryanair devant la direction générale de l'aviation civile, estimant que la politique de Ryanair en matière de carburant provoque "une situation de risque grave pour la sécurité des passagers".

Le ministère espagnol des Transports enquête sur ces trois atterrissages d'urgence. Des associations espagnoles de consommateurs ont déjà accusé la compagnie irlandaise d'avoir mis en danger la sécurité des passagers.

Economies à tout crin

La même mésaventure était déjà arrivée début juin à un vol Ryanair Londres Stansted-Alicante: détourné sur Valence à cause du mauvais temps à Alicante, il a atterri avec un de ses trois réservoirs vide et une autonomie réduite à une demi-heure.

Un syndicat de pilotes espagnol a demandé que la compagnie revoie sa politique en matière de carburant: voler avec moins de kérosène allège les avions et permet de faire des économies de carburant, ce qui cadre dans la politique de Ryanair de comprimer ses coûts au maximum. Transporter une tonne de kérosène brûle entre 30 et 40 kg de carburant à l'heure.

Selon la presse, les règles budgétaires de la compagnie irlandaise stipulent la quantité de carburant que doivent charger les avions et obligent les pilotes à procéder à un ravitaillement minimum et à justifier par écrit tout excédent.

Selon l'Independant, la compagnie a publié deux mémorandums destinés à ses pilotes expliquant son souci d'éviter les "excès de carburants". Une des recommandations est de limiter la réserve par vol à 300 kg.

Combien de carburant emporter?

Waldo Cerdan, instructeur pilote, explique comment un commandant de bord calcule le carburant nécessaire à chaque vol: il s'agit d'une somme arithmétique.

  • la quantité minimum nécessaire pour voler un point A au point B
  • le carburant nécessaire au "taxi": pour rouler du parking à la piste de décollage
  • une marge de 3 à 5% des quantités précitées pour faire face aux aléas de la météo, un vent contraire ou une altitude non prévue
  • une première réserve permettant de gagner un aérodrome de dégagement, de quoi voler du point B au point C
  • une deuxième réserve finale, dite "vitale", équivalent à 30 minutes de vol à 500 mètres d'altitude.

C'est au moment d'entamer cette réserve vitale que l'on lance le "mayday"... Lorsqu'on atterrit sur cette réserve, elle est évidemment bien entamée.

Voler avec une réserve de 300 kg de kérosène n'est pas dangereux en soi, dit aussi Waldo Cerdan, mais cela génère du stress et a un effet délétère. S'octroyer une réserve plus importante, une tonne par exemple, permet de cercler au dessus d'un aéroport provisoirement fermé sans gagner l'aérodrome de dégagement. Et donc de mener ses passagers à bon port, limitant ainsi les retards et désagréments, mais là on touche à la politique commerciale de chaque compagnie.

JFH

 

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK