Transition écologique et entreprises: dissensions au sein de l'UWE

Que se passe-t-il au sein de l’union wallonne des entreprises ? Le week-end dernier, le patron de l’UWE, Jacques Crahay, avait suscité un tollé en déclarant dans l'Echo que les patrons ne voulaient pas parler de la transition écologique, car cela met à mal le business de leurs entreprises. Une situation que réfute l’administrateur général de l’UWE, Olivier de Wasseige : "Je pense que cette transition écologique, on en parle depuis longtemps", affirme-t-il, admettant que "cela fait débat", parce qu’il faut "mettre tout le monde d’accord".

Selon l’administrateur général, cela va même plus loin : "Les patrons agissent depuis des années, ils intègrent cette transition environnementale dans leurs procédés, dans leurs techniques, dans leurs bâtiments et dans leurs produits, qui tiennent de plus en plus compte de l’usage des ressources." Pourtant, c’est un tout autre son de cloche qui sort de l’interview de Jacques Crahay à l’Echo : "Aujourd’hui, on vient plus à l’UWE pour défendre son pré carré que pour essayer de réfléchir collectivement et défendre l’intérêt de l’ensemble de la société." Des propos qu’Olivier de Wasseige juge "difficiles à expliquer", même s’il reconnaît ne pas être "d’accord à 100%" avec son président. Du moins sur la forme : "Sur le fond, on est alignés avec le président sur la transition environnementale, estime l’administrateur général. Simplement, elle doit être équilibrée par rapport à la transition sociale et la transition économique."

On sera un partenaire de cette transition environnementale, car on n’a pas le choix

Cet équilibre, c’est ce qui peut permettre, selon Olivier de Wasseige, de mettre d’accord les entreprises. "Des tas d’entreprises vont voir leur business remis en cause, et elles s’interrogent, explique l’administrateur général. Et tant qu’elles n’ont pas trouvé de nouveaux débouchés ou de nouveaux produits, elles améliorent déjà leurs procédés." De quoi rendre les patrons anxieux ? "Aujourd’hui, toutes les entreprises se rendent compte que dans quinze ans, certaines ne feront plus le même métier, affirme Olivier de Wasseige. Ce serait être un mauvais dirigeant d’entreprise que de ne pas essayer d’anticiper ce qui va arriver." Le patron en est convaincu : "On sera un partenaire de cette transition environnementale, car on n’a pas le choix."


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Pour Olivier de Wasseige, il faut développer conjointement le développement écologique et économique. "A quoi sert de faire un maximum d’efforts environnementaux, si l’on n’a pas le développement économique qui permet de sortir 180.000 personnes du chômage et de faire travailler les 680.000 inactifs en Wallonie ?", s’interroge l’administrateur de l’UWE. Selon lui, transition écologique, économique et sociale devraient donc aller de pair. "Nous voulons discuter avec le gouvernement des mesures qu’il faudra prendre pour respecter un équilibre et une cohérence entre ces trois transitions", affirme-t-il.

Sans croissance, on ne créera pas d’emplois

Concernant la croissance, Jacques Crahay a affirmé qu’il est "très difficile de concevoir un autre modèle aujourd’hui." Pour Olivier de Wasseige, la question mérite d’être débattue. "Il ne faut pas toujours nécessairement vouloir toujours coupler [la croissance] : on peut avoir aujourd’hui de la croissance tout en essayant d’atteindre des objectifs environnementaux, il faut arrêter de faire cette dichotomie", affirme l’administrateur. D’après lui, la croissance est nécessaire au niveau macroéconomique : "sans croissance aujourd’hui, on ne créera pas d’emplois", et donc a fortiori, de la valeur ajoutée pour financer les services publics.


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L’économie est-elle toujours aussi tyrannique ? Olivier de Wasseige estime que les choses ont changé : "Quand on voit aujourd’hui la déclaration de politique générale du gouvernement, on voit qu’il y a une recherche d’un équilibre entre les trois composants : social, économique et environnemental". Tout est une question de tempo : prendre plus ou moins rapidement le virage de la transition écologique. "On doit rester dans un environnement où on garde de l’emploi et on n’est pas obligés de délocaliser, explique Olivier de Wasseige. On doit trouver cet équilibre qui permet de garder l’emploi et la création de valeur ajoutée chez nous, tout en progressant vers l’objectif de réduction de 55% des gaz à effet de serre d’ici 2030."

Plein-emploi en Wallonie dans dix ans?

Reste que les différentes sorties médiatiques fragilisent l’image de l’UWE. "Je souhaite que l’on revienne à la sérénité, affirme Olivier de Wasseige. Les entrepreneurs sont des personnalités fortes, je pense que dans toute entreprise, lorsqu’on est dans une phase de changement, il y a de la résistance. Dans tout débat, il y a des gens qui ne sont pas toujours alignés, parce qu’ils ont des contraintes différentes."

Si beaucoup de rumeurs circulent sur les appréhensions de l’UWE à voir Ecolo monter au gouvernement, Olivier de Wasseige est catégorique : "on a toujours dit qu’on n’avait aucune exclusive avec ce parti." Seuls deux points de vue inquiétaient les patrons wallons : le secteur de l’armement et le développement des aéroports. L’UWE est donc satisfaite a priori du nouveau gouvernement wallon, même lorsque le ministre-président Elio Di Rupo (PS) annonce que "le taux d’emploi devrait passer de 63 à 68% en 5 ans". Pour Olivier de Wasseige, c’est réaliste ; il envisage même un possible plein-emploi, en fonction des réformes, en Wallonie en 2030.

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