Toshiba publie enfin des comptes annuels

Le conglomérat japonais aux abois a subi une perte nette annuelle de 7,5 milliards d'euros
Le conglomérat japonais aux abois a subi une perte nette annuelle de 7,5 milliards d'euros - © Kazuhiro NOGI

Toshiba a levé une première menace pesant sur ses finances et son maintien en Bourse, mais le groupe japonais est encore loin d'être tiré d'affaire.

Le conglomérat industriel aux abois a annoncé jeudi, date limite, ses résultats définitifs pour l'exercice bouclé en mars dernier, après avoir obtenu un délai exceptionnel.

Il a subi une perte nette de 965 milliards de yens (environ 7,5 milliards d'euros) en raison d'énormes dépréciations d'actifs liées à sa filiale nucléaire américaine Westinghouse, finalement mise en faillite.

Westinghouse a mal calculé les risques en rachetant une société de construction de centrales atomiques et a coulé les finances de Toshiba qui se bat désormais pour éviter d'être chassé de la cote sur les places de Tokyo et Nagoya.

Une longue bataille a opposé Toshiba à ses commissaires aux comptes qui jugeaient que le groupe aurait pu se rendre compte plus tôt des problèmes et les intégrer dans ses résultats de 2015/16, ce que contestait le géant connu pour ses ordinateurs et appareils électroniques, mais actif aussi dans une vaste étendue d'équipements industriels.

"Si Toshiba avait reconnu les pertes sur les comptes de 2015/16 et avait dû les réviser en conséquence, cela aurait abouti à deux années d'insolvabilité et aurait entraîné sa radiation", souligne dans un commentaire l'investisseur Yasushi Ando, PDG du fonds japonais New Horizon Capital.

Un compromis a finalement été trouvé, avec une certification partielle des résultats, qui permet donc en théorie à Toshiba de s'extirper une première épine du pied, sans qu'il soit pour autant assuré de se maintenir en Bourse.

Il lui reste désormais à prouver une grande amélioration de sa gouvernance, dont les lacunes sont apparues au grand jour. Le cabinet d'audit PwC Aarata a émis sur ce point un avis défavorable.

"Il est clair pour tout le monde que le dispositif de contrôle interne a des failles. C'est désormais à la société gérante de la Bourse de Tokyo de juger, mais quand on regarde ce qu'elle a fait jusqu'à présent, on ne voit pas poindre un traitement sévère", a ajouté M. Ando.

Quid des lucratives mémoires ?

Toshiba doit aussi démontrer à la fin d'une "période de grâce" qui court jusqu'à mars 2018 qu'il est redevenu solvable.

Si le groupe ne parvient pas à effacer son excès de passif à cette échéance, son action, déjà reléguée depuis le début du mois dans le deuxième tableau de la Bourse de Tokyo et exclue des indices phares Nikkei 225 et Topix, sera automatiquement radiée en vertu des règles du marché.

Pour éviter ce scénario noir, le géant plus que centenaire veut vendre au plus vite sa filiale de puces-mémoires Toshiba Memory, une pépite lucrative pour le groupe. Sa cession est censée rapporter quelque 16 milliards d'euros.

Deux visions qui s'opposent

Toshiba a sélectionné comme repreneur prioritaire un consortium mené par le fonds semi-public japonais INCJ, mais il se heurte à l'opposition farouche de l'américain Western Digital/SanDisk qui investit depuis 17 ans à ses côtés dans les mémoires Flash Nand et veut avoir voix au chapitre dans le choix de l'acheteur.

"La bataille entre les deux ne concerne plus le prix. Il s'agit d'une question de culture d'entreprise", a résumé un consultant de la maison de courtage BTIG, commentant le combat que les deux se livrent devant les tribunaux et par communiqués de presse interposés.

Western Digital espère bloquer le processus de vente et a demandé dans cette optique à la Cour d'arbitrage de la Chambre de Commerce internationale de prendre l'affaire en main. Une décision n'est pas attendue avant des mois.

Résultat net en repli de 36% sur un an

En attendant, Toshiba a indiqué qu'il pensait revenir dans le vert cette année comptable (avril 2017 à mars 2018), avec un bénéfice net espéré à 230 milliards de yens (1,8 milliard d'euros au cours actuel).

Durant le seul premier trimestre (janvier à juin), il a dégagé un résultat net en repli de 36% sur un an, mais son gain d'exploitation de la période a dans le même temps été sextuplé, sur un chiffre d'affaires en hausse de 8,2% à 1.143,6 milliards de yens, "grâce à la très forte augmentation des ventes de mémoires" dont il va se séparer.

 

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