Télécoms: "Les opérateurs historiques ont réussi à cadenasser le marché" selon le PDG d'Orange

Ce mardi matin sur La Prem1ère, Stéphane Richard, PDG de l'opérateur français Orange (anciennement France Télécom) était l'Acteur en Direct au micro de Bertrand Henne.

Ce début d'année 2016, Mobistar a changé de nom et est devenu officiellement Orange. Que cela ne porte pas à confusion, ce n'est pas le même Orange du début des années 2000, aka l'ancêtre de Base, alors détenu par deux opérateurs, britannique et néerlandais. Cet Orange-là a été repris par KPN Mobile (aujourd'hui Base Company), alors que France Télécom (entre-temps devenu Orange) détenait déjà, depuis 2001, Mobistar.

"Le moment était venu de proposer l'étendard mondial à la Belgique, explique Stéphane Richard. Ce n'est pas l'abandon de la marque Mobistar, on est très fier de ce qui a été fait par nos équipes."

"Orange, c'est la plus grande marque française, la plus grande marque francophone. Dans ce monde numérique et global, c'est important d'avoir une marque planétaire. Faire partie d'une grande marque mondiale, c'est d'abord une proposition forte  pour les salariés de Mobistar, peut-être qu'ils se sentiront plus en appartenance avec la communauté de 160 000 employés d'Orange."

La régulation n'a pas encore permis à d'autres opérateurs de rentrer sur le marché

Pour l'instant, le seul changement visible suite à ce changement de nom est l'abandon des couleurs vives et multiples de Mobistar pour un duo noir/orange un peu plus austère. Mais beaucoup de clients se demandent quel sera l'impact sur les prix. Ce n'est un mystère pour personne, les tarifs des télécommunications en Belgique sont chers, surtout en comparaison avec son voisin français. Pour un pack Triple Play (mobile, fixe et TV), le prix plancher est à 28€ en France, et 39 euros en Belgique.

Orange Belgique propose un pack TV+Internet pour 39 euros à ses abonnés Panthère 45 (49 euros pour les autres). En France, la firme offre l'internet, la TV et le téléphone fixe pour... 33,99 euros. Pourquoi un tel écart de prix au sein d'un même opérateur?

"Le prix moyen des télécoms en Belgique est à 79 euros, c'est-à-dire le double de ce que l'on trouve en France rappelle le PDG d'Orange. On ne peut pas regarder les prix sans regarder la structure de l'industrie, de l'offre. La Belgique, sur le fixe, est un des pays les plus chers d'Europe."

"Quelques opérateurs, Cablo et l'opérateur historique (Proximus, et Telenet en Flandre, NDLR)  ont réussi à cadenasser le marché du fixe et la régulation n'a pas encore permis véritablement à d'autres opérateurs de rentrer sur le marché. En France, l'opérateur historique que nous sommes a été régulé d'une manière forte et sévère, avec un prix régulé qui a été divisé par deux en quinze ans. 39 euros pour le triple play, cela reste un prix très compétitif sur le marché belge."

Nous sommes prêt à investir plus encore dans le fixe

Stéphane Richard admet qu'il y a "peut-être eu une volonté politique de ne pas faire de mal aux opérateurs historiques. Telenet a réussi à se constituer une position dominante sur le territoire où il est et Proximus a été un peu moins pressé par la régulation." Mais son ambition reste intacte quant au marché belge, particulièrement sur le marché fixe.

"On est fort dans le mobile, on a investi plus d'un milliard d'euros dans le pays. Mais partout en Europe, on veut être convergent: à la fois dans le mobile et dans le fixe, parce que c'est là que le marché se trouve. On peut enfin le faire en Belgique, grâce à une offre régulée sur le câble, on est agressif, compétitif, prêt à investir plus encore dans le fixe. Notamment dans la fibre optique jusque l'abonné. On a un plan de connecter près de 20 millions de foyers à la fibre optique en France. Ce n'est pas encore possible ici, mais ce serait donc un beau projet pour les foyers et les entreprises belges."

Ce monde d'usage, il offre aussi des opportunités aux opérateurs

Le patron d'Orange a également évoqué ce projet de lancer une banque en ligne, qui se lancera en France et devrait arriver en Belgique et en Espagne d'ici 2017.

"La première chose que l'on attend de nous, c'est la connectivité, qui devient de plus en plus importante. A côté de ça, dans ce monde digital, il y a beaucoup d'usages où nous pensons avoir une carte à jouer. Il y a le contenu, avec notamment la télévision, mais il y a aussi la banque en ligne, et c'est un véritable pari. Il y a l'internet des objets, tous ces objets connectés qui vont déferler chez nous. Ce monde d'usage, il offre aussi des opportunités aux opérateurs, et Orange a bien l'intention de se développer dans des domaines de service."

Salaires de patron et sinistrose française

Stéphane Richard est un des patrons du CAC40, dont les salaires font souvent débat en France. "J'ai la chance d'être dans une entreprise qui a des règles très claires en termes de salaire, estime-t-il. Je gagne à peu près 1,5 million par an, c'est 1/37 des salaires du CAC40. Je pense que c'est raisonnable à l'éventail des rémunérations dans le groupe. Ça me va très bien, je ne demande pas plus."

"Il y a certaines situations qui créent la polémique, et je comprends. Je ne souhaite pas être dans cette situation. Je suis sensible à ces aspects-là, même si en France, on a des prélèvements fiscaux considérables. Personnellement, mon 1,5 million d'euros, il en reste la moitié après les prélèvements fiscaux. Je me méfie beaucoup des chiffres que l'on jette sur la place publique, parce que le rabot fiscal, il est là."

Il y a une défiance envers les politiques et le discours de médias

Le président français le répète dans ses derniers discours, la France va mieux. "Objectivement, certains clignotants qui sont plutôt au vert: la croissance repart un peu, le chômage semble commencer à baisser, le climat des affaires semble plutôt en amélioration. reconnaît le PDG. Ce qui ne va pas en France, c'est la perception que les gens en ont. On est à mi-chemin entre la psychologie, la défiance par rapport aux élites et notamment au politique, mais aussi par rapport au discours des médias, et la réalité. Ça va mieux, mais il y a toujours ce sentiment négatif, une sinistrose des Français qui est très forte."

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