Taxer les GAFA? "La technologie Blockchain permet déjà de les contourner"

Taxer les GAFA? "La technologie Blockchain permet déjà de les contourner"
Taxer les GAFA? "La technologie Blockchain permet déjà de les contourner" - © LARS HAGBERG - AFP

Qui pour taxer les GAFAAlors que l’OCDE vient de conclure un accord avec 127 pays en vue d’une taxation des géants du numérique...et si la solution était ailleurs? Pour Thibaut Verbiest, avocat et spécialiste du marché des cryptomonnaies, Internet est aujourd’hui un paradoxe économique: la plus grande concentration de richesse de tous les temps dans un réseau ouvert et décentralisé. L’immense majorité des revenus générés en ligne sont aux mains d’une dizaine d’entreprises.

Est-ce que la technologie ne pourrait tout simplement pas nous permettre de nous passer d’Amazon, de Google, ou de Facebook?

"Il y a eu une promesse d’Internet, celle d’un monde décentralisé. Celle d’un réseau résilient, royaume des libertaires. Et ça a même fait peur au début… mais un grand vent de liberté a soufflé notamment sur la presse dans certains pays, où jusque-là elle n’était pas libre. Et puis, très rapidement est arrivé une sorte oligopole, fin des années 90 – qu’on n’a, vraiment pas vu venir! Aujourd’hui, c’est dix sociétés. Des américaines et des chinoises, ce n’est même pas une caricature. Dix entreprises qui monopolisent 80% de la valeur sur Internet. On n’ a pas les chiffres, mais à vue de nez, c’est à peu près ça".

On est loin de l’idéal libertaire…

"Nous sommes dans une économie centralisée, à un niveau que nous n’avons jamais connu dans l’histoire de l’humanité ! – grâce à un réseau décentralisé".

En quoi est-ce que la Blockchain pourrait changer la donne ?

"La technologie Blockchain, c’est un protocole décentralisé – comme Internet. Mais il y a une chose qu’Internet, tel qu’il a été conçu, ne permet pas de faire : s’échanger de manière décentralisée de la valeur. Comme la monnaie. Si par exemple je vous achète une voiture ou un ordinateur. Si je veux le faire de manière totalement décentralisée par Internet, ça n’existe pas techniquement. Les applications ou autres moyens de paiement vous feront obligatoirement passer par un intermédiaire financier : votre banque, Visa, Mastercard, etc. vous serez toujours obligé de passer par un système bancaire centralisé.

Or c'est la Blockchain qui a donné naissance aux crytomonnaies, qui permet cet échange de valeur, qui grâce à de la cryptographie valident, certifient des transactions décentralisées. Il n'y a plus d'intermédiaire, plus de centralisation. Tout est décentralisé, y compris au niveau de la transaction et dans l'échange de valeur. C'est là que le Blockchain ajouter une couche à Internet, qui n’existait pas. Et qui permet, notamment de faire des monnaies décentralisées, et plein d’autre choses. Et dans ce 'plein d’autres choses', il y a la possibilité de disrupter, de bouleverser les géants du numérique".

Dans la cryptosphère, la volonté de trouver une alternative aux GAFA, est une motivation très forte

Pour se passer d’une plateforme comme Amazon, ou d’un moteur de recherche comme Google, par exemple ?

"Oui, la technologie est déjà là. Les applications aussi, sur certaines Blockchains. Ce qui manque encore aujourd’hui, c’est l’effet de réseau, l’adoption massive par des millions d’utilisateurs. C’est encore un peu un truc de geeks. La 'cryptosphère' aujourd’hui, c’est 20 millions de personnes, qui sont pour bon nombre actives et militantes. Et dans cette communauté, la volonté de trouver une alternative aux GAFA, est une motivation très forte".

Et en Belgique, on en est où dans la maîtrise et le développement de la Blockchain  ?

"Pas très loin. Nous n'avons pas encore réussi à créer un environnement vivace vis-à-vis de la technologie, comme c'est le cas en Allemagne ou en France. Il faudrait quelques coups de pouce pour y dynamiser l’écosystème".

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