"Stopper Amazon avant qu'il ne soit trop tard" : en France, mobilisation contre le géant du commerce en ligne

"Il faut stopper Amazon avant qu’il ne soit trop tard." C’est un appel qui est relayé par 120 signataires – ONG, syndicalistes, citoyens, élus – dans une tribune publiée en France. Pour les auteurs de ce texte, les achats que nous faisons de plus en plus souvent en ligne font d’Amazon le grand gagnant de la crise sanitaire.

Les parts de marché cavalent pour le géant américain. Selon les signataires, Amazon favorise la multiplication d’achats superflus et suremballés, consommateurs de ressources et émetteurs de CO2. Le tout au détriment de l’emploi.

Ces critiques environnementales et sociales vis-à-vis des plateformes de commerce en ligne ne sont pas neuves, mais elles raisonnent évidemment très différemment depuis la fermeture forcée de tous les commerces jugés non indispensables. Des fermetures qui offrent un boulevard aux géants de l’e-commerce, une concurrence déloyale par rapport à tous les commerçants qui non seulement ne peuvent plus vendre, mais en plus n’ont pas la force de frappe d’Amazon.

Contrairement aux auteurs de la carte blanche qui parlent d’un risque de perte de 100.000 emplois en France, on pourrait se dire qu’Amazon crée aussi de l’emploi par son développement.

Un salarié de Carrefour crée 300.000 de chiffre d’affaires par an, trois fois moins.

Benoît Berthelot, auteur du livre "Le monde selon Amazon", et journaliste pour la revue économique spécialisée Capital, fait cette analyse : "Les différentes observations qu’on peut faire, c’est tout simplement de voir que, en France, un salarié d’Amazon créer 900.000 euros de chiffre d’affaires par an. Un salarié de Carrefour crée 300.000 de chiffre d’affaires par an, trois fois moins. On voit qu'Amazon, par son organisation grandement automatisée, a besoin de moins de salariés."

Amazon crée de l’emploi, mais en prenant des parts de marché aux commerces traditionnels dont le modèle économique est moins productif. Cette évolution se traduira par des pertes d’emplois, sans parler de la précarité des emplois créés comme ceux de livreurs de commerces, par exemple. Par contre, coller un chiffre exact sur ces pertes d’emplois comme le font les auteurs de la carte blanche, c’est évidemment beaucoup plus compliqué.

Certains diront que c’est une évolution assez logique dans une économie de marché où un modèle plus productif remplace un autre. Sauf qu’Amazon ne joue pas toujours selon les mêmes règles. Son développement est aussi porté par un contournement de toute une série de législations, dont les règles fiscales. C’est ce qui pousse donc les auteurs de la tribune à demander de stopper Amazon et de réguler le secteur.

Cette taxation en est à ses balbutiements, mais la prise de conscience de la nécessité de la régulation de ce secteur de l’e-commerce fait son chemin selon le journaliste Benoît Berthelot.

"On voit la Commission européenne qui commence à pointer du doigt les monopoles d’Amazon et les distorsions de concurrence. C’est un mouvement qu’on retrouve à chaque grande étape de l’Industrie du Commerce. Quand les grandes surfaces sont arrivées, elles n’étaient au départ pas régulées puis on a mis des lois sur le rapport qu’elles avaient à leurs fournisseurs. On a mis des taxes sur les surfaces commerciales, les grandes surfaces."


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Selon Benoît Berthelot, "c’est la même chose qui est en train de se passer avec Amazon, mais on n’en est qu’au début avec tous les géants du numérique en général. Comment est-ce qu’on taxe ces entreprises qui ne sont pas vraiment physiquement basées à un endroit, qui ne font pas tout leur chiffre d’affaires là où elles ont leur siège, qui regroupent leurs profits comme dans le cas d’Amazon au Luxembourg… ?"

La régulation, au niveau européen de préférence, est donc cruciale. Pour Benoît Berthelot, l’information du consommateur sur ce modèle économique est également importante. On ne sait pas toujours ce qui se passe entre le clic et l’arrivée d’une commande à domicile.

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