Zone euro: les marchés résistent bien à la dégradation de 9 pays par S&P's

Avant l'ouverture, le pessimisme était de rigueur: les marchés allaient broyer du noir. C'était presque certain après la valse des dégradations de note souveraines exécutée vendredi soir par l'agence de notation new-yorkaise.

Mais si les Bourses européennes ont ouvert en baisse, elles sont néanmoins parvenues à rapidement limiter leurs pertes, les marchés ayant largement anticipé l'annonce vendredi de la dégradation par Standard & Poor's de la note de neuf pays de la zone euro, dont la France qui a perdu son "AAA". A noter: Standard & Poor's est la seule des tropis agences qui "comptent" à avoir dégradé la note souveraine de la France. Lundi matin, Moody's confirmait d'ailleurs qu'elle maintenait son triple A à la France.

Entre rouge pâle et vert clair

A l'entame de l'après-midi, l'indice Bel 20 limitait sa perte à 0,38% et 2117 points. Londres se maintenait se maintenait tandis que l'indice Cac 40 de la bourse de Paris affichait +0,04% à 3197 points. Le Dax allemand progressait plus franchement de 0,39% et l'AEX néerlandais de 0,5%.

Les places asiatiques, les premières à être ouvertes lundi, avaient bien fini dans le rouge mais sans pour autant s'effondrer. La Bourse de Tokyo a cédé 1,43%, Hong Kong -1% et Shanghai -1,71%.

Pour son premier test sur les marchés depuis la décision de SP, la France n'a eu aucun mal à lever 8,59 milliards d'euros à court terme lundi après-midi à des taux en baisse et avec une forte demande des investisseurs. Les prochaines émissions de dette en zone euro seront toutefois scrutées avec attention.

La monnaie unique risque encore de souffrir. Elle a continué à descendre ce lundi matin face au yen et au dollar, elle vaut 1,2650 dollar. Ce qui pèsera immanquablement sur la tendance, c'est la rupture des négociations en Grèce sur la participation des banques au sauvetage du pays. On peut dire que c'est une nouvelle semaine difficile qui commence!

Depuis vendredi, la zone euro est sur le pont

Tout le week-end, les responsables politiques ont tenté de désamorcer la bombe en minimisant la portée de cette baisse de rating. Mais, dans les faits, cette dégradation va rendre la crise européenne encore plus difficile à gérer.

C'est ce qu'on appelle la prophétie auto-réalisatrice des agences qui provoquent ce qu'elles dénoncent. En disant que l'Europe ne prend pas des mesures suffisantes pour sortir de la crise elle l'y enfonce un peu plus. Pourquoi? Parce qu'en supprimant le triple A de la France et de l'Autriche et en dégradant de 2 crans l'Italie et l'Espagne, elle rend leur refinancement plus coûteux et donc leur assainissement budgétaire plus difficile à réaliser. Mais ce qui est plus grave encore, c'est qu'elle réduit du même coup la puissance de feu du Fonds de secours européen qui repose sur le rating de ses contributeurs, en particulier l'Allemagne et la France. Le Fonds de secours empruntera plus cher et donc les Etats aidés devront rembourser plus d'intérêts aussi. C'est un cercle vicieux qui s'engage et on voit mal comment les Européens vont répondre à ce nouveau défi. A cela s'ajoute l'argument de Standard and Poor's qui dit que l'Europe se trompe de diagnostic et que les politiques de rigueur mènent à l'impasse, un véritable pavé dans la marre. On aurait voulu souffler sur les braises  de la zone euro qu'on n'aurait pas agi autrement.

Les dépôts à la BCE atteignent un nouveau record

Signe de la méfiance constante des banques vis-à-vis des marchés financiers, les banques nationales européennes ont effectué, vendredi, des dépôts à court terme auprès de la BCE pour un montant record de 493,3 milliards d'euros, selon les chiffres publiés lundi par la Banque centrale européenne. Depuis la dernière semaine de décembre, les dépôts dépassent quotidiennement les 400 milliards d'euros. A titre de comparaison, dans des conditions normales, les dépôts des banques à la BCE n'atteignent en général pas les 100 milliards d'euros.

T.N. avec Françoise Gilain

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