Signé il y a deux ans, le traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur coince dans la dernière ligne droite

Le traité de libre-échange entre l’Union européenne et le marché commun du Sud, aussi appelé Mercosur, coince dans la dernière ligne droite. Et ce deux ans après avoir été signé par l’Union européenne et les pays du Mercosur, c’est-à-dire les poids lourds latino-américains : le Brésil, l’Argentine et le Paraguay et l’Uruguay. Ce texte prévoit la suppression de quasiment toutes les taxes douanières entre ces deux marchés.

Comme l’expliquait notre journaliste économique Simon Bourgeois ce jeudi matin sur La Première, "en gros, l’Europe peut exporter son industrie à haute valeur ajoutée : la chimie, les produits pharmaceutiques, les voitures. Et en retour, le Mercosur exporte, lui, ses matières premières, souvent alimentaires, essentiellement de la viande".

C’est l’aboutissement de 20 ans de négociations. Quand cet accord a été signé, il y a deux ans quasiment jour pour jour, on aurait pu croire que c’était réglé. Mais non, parce qu’il faut encore aujourd’hui que chaque État membre de l’Union ratifie ce traité. On est dans cette étape-là aujourd’hui et c’est là que ça coince.

La Wallonie bloque de nouveau, mais pas toute seule

Un peu comme à l’époque du CETA, ce traité commercial de libre-échange aussi avec le Canada. En 2017, la Wallonie avait coincé pendant des semaines. "On est tout à fait dans le même scénario ici. La Wallonie bloque de nouveau, mais pas toute seule. Cette fois, la région bruxelloise aussi bloque. Et puis, de plus gros joueurs européens : la France – une forte opposition de Macron à ce traité, les Pays-Bas, l’Irlande non plus ne veulent pas signer", poursuit Simon Bourgeois.

Ceux qui n’en veulent pas, ce sont essentiellement les perdants de ce traité. Il y a bien sûr des gagnants : les régions, les pays industrialisés, les producteurs de voitures, de produits pharmaceutiques, mais c’est certain, il y aura aussi des perdants.

Pour Xavier Dupret, économiste à la Fondation Joseph Jacquemotte, chez nous, ce sont surtout les éleveurs de boeufs qui vont souffrir.

"Produire un kilo d’aloyau, la partie la plus intéressante de la carcasse bovine, est 20 à 25% moins cher dans les pays du Mercosur. Ce qui veut dire qu’à un moment donné, pour l’agriculteur wallon ou irlandais qui est dans la filière bovine, il va devoir diminuer ses coûts de 25%. Ce qui veut dire qu’un certain nombre d’exploitations dans ces deux pays vont devoir mettre la clé sous le paillasson parce qu’elles ne seront clairement plus compétitives", détaille-t-il.

Des craintes existent aussi en Amérique latine où certains s’inquiètent pour leurs industries.

Quant aux ONG, qui manifestent ce jeudi à Bruxelles, elles pointent des dangers sociaux, environnementaux et sanitaires avec ce traité au profit des intérêts commerciaux.

On l'a dit, ce traité fera aussi des gagnants. Des régions exportatrices comme la Flandre ou un pays comme l’Allemagne auront des retombées positives. Il y a des emplois à la clé. Mais pour Xavier Dupret, la question n’est pas seulement de mettre dans la balance ce qu’on gagne et ce qu’on perd économiquement.

Coût/bénéfices

"Est-ce que finalement, demain, avoir des exploitations agricoles en France, en Belgique, qui mettent la clé sous le paillasson et se spécialiser dans des productions industrielles à haute valeur ajoutée, est-ce que c’est finalement intéressant en termes de souveraineté alimentaire et de risque sanitaire ?, interroge-t-il. Parce que, malgré tout, on va se retrouver à devoir surveiller la totalité de la chaîne du froid dans un pays comme le Brésil. Et on va devoir dépendre des aléas qui sont constatables dans ce pays pour notre propre alimentation. Est-ce vraiment un avantage ? Ce n’est pas une question strictement économique. C’est aussi un projet de société."

Et ce projet de société sera précisément discuté entre les ministres européens ce jeudi. La Belgique y va avec une position un peu floue. La Belgique n’est pas contre le traité, mais "à condition que". Il faut, au niveau fédéral, ménager la chèvre et le chou entre la Wallonie qui est résolument contre pour protéger ses agriculteurs et la Flandre, qui y voit des avantages et des opportunités d’exportation.

Les discussions reprennent donc pour renégocier certains points pour rassurer les opposants. Mais en coulisses, on nous dit qu’on n’aura pas de décision décisive rapidement. Et vraisemblablement, d’ailleurs, rien ne devrait bouger d’ici l’élection française. Parce que, comme Macron est opposé, sans doute que les lignes ne bougeront pas avant qu’il y ait un nouveau président en France.

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