"Si on ne trouve pas solution innovante, on va tous y passer": pour ces cafés, le coronavirus est vraiment très mal tombé

Loyers étalés, bières "suspendues", des mesures pour aider les cafés, touchés de plein fouet par le Coronavirus
Loyers étalés, bières "suspendues", des mesures pour aider les cafés, touchés de plein fouet par le Coronavirus - © Tous droits réservés

Plus aucune rentrée depuis le 14 mars. Là où certains restaurateurs ont trouvé des solutions de remplacement avec la livraison, pour les cafés de notre pays, c’est la désolation depuis l’annonce des premières mesures de notre gouvernement pour endiguer l’épidémie de coronavirus en Belgique.

Dans un secteur qui était déjà en difficulté (Il y a aujourd’hui 20% de cafés en moins qu’en 2009 et le nombre de faillites a augmenté de plus de 20% en 10 ans), cette fermeture forcée fait peur, très peur.

Pour tenter de rassurer des tenanciers qui sont complètement dépendants des grandes brasseries, Haacht a fait savoir aux exploitants/locataires de ses cafés qu’elle ne réclamerait pas de loyer ou de redevance de concession pour la période allant du 14 mars au 5 avril.

Idem chez AB InBev, où on annonce une série d’initiatives à hauteur d’un million d’euros au secteur. Des mesures qui vont du nettoyage des installations de débit, au remplacement des anciens stocks par de la bière fraîche lors de la reprise, jusqu’au report des loyers que les exploitants sont tenus de régler à AB InBev.


►►► Retrouvez notre dossier sur le coronavirus

►►► Lire aussi : Confinement à cause du coronavirus en Belgique : que pouvez-vous encore faire ? Ou pas ?


Mais l’initiative la plus originale est sans doute celle du groupe Alken-Maes et de ses "bières suspendues". La campagne Café Solidarité, initiée pour soutenir l’horeca, a pour ambition d’aider les exploitants de cafés Alken-Maes "à faire face à la période de fermeture".

Sur le site web www.cafesolidarite.be, les consommateurs peuvent choisir leur café, brasserie ou cantine Alken-Maes habituelle et ensuite sélectionner le nombre de bières qu’ils souhaitent payer à l’avance. "Une fois le paiement confirmé, le montant est transféré au propriétaire du café afin que son entreprise reçoive des moyens supplémentaires pour passer les semaines à venir. En tant que consommateur, vous recevrez un bon que vous pourrez utiliser pour boire vos pintes sur place à la réouverture du café", explique Jan Bosselaers, directeur du marketing chez Alken-Maes.

Des initiatives bienvenues dans un contexte très morose

"Ca, j’avoue que ça pourrait être un sacré coup de pouce" admet Mehdi Mrakha, tenancier de trois cafés à La Louvière, dont deux Ab Inbev… et un Maes. Car son principal souci, c’est déjà de payer son personnel, qui a travaillé jusqu’au 14 mars. Dans le Centre, plus qu’ailleurs, la fermeture forcée en cette période est une catastrophe financière : "On avait beaucoup investi pour le carnaval, qui peut représenter ici jusqu’à 30 à 50% de notre chiffre d’affaires annuel" explique le patron.

Outre les rentrées des jours de fête, il y a en effet aussi les réunions de comité, d’assemblée, etc. Or, il faut savoir que les cafetiers de la région participent aux "cagnottes" des gilles qui leur permettent de payer leur frais notamment pour les tambours et musiques. Cette année, tout cela est perte sèche.

"J’ai mes trois loyers, mes charges qui arrivent, mes remboursements de prêts, plus deux semaines de salaires à verser", constate, maussade, Mehdi, "et les perspectives à venir ne sont pas meilleures : on sait déjà que l’euro sera annulé, et ici, même la braderie de juin est menacée. Bref, ce sont tous les gros événements de mars à juin dont on va devoir se passer, dans un secteur où on gagne uniquement de l’argent pendant les pics, le reste du temps, nos revenus sont en dessous des loyers. Si on ne trouve pas solution innovante, on va tous y passer".

Entre l’interdiction de fumer, la taxe sur les jeux qui a été doublée, et l’évolution de la société qui fait que les gens restent plus chez eux, voilà une crise qui s’ajoute à la crise…

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK