Saturation du réseau internet en 2022: info ou stratégie marketing?

Une prochaine réunion d’experts se déroulera à Londres pour évoquer les conséquences éventuelles d’une infrastructure devenue insuffisante.
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Une prochaine réunion d’experts se déroulera à Londres pour évoquer les conséquences éventuelles d’une infrastructure devenue insuffisante. - © Tous droits réservés

Une étude du laboratoire Aston University de Birmingham ne fait pas dans la dentelle pour mettre le monde en garde contre le risque de saturation de notre méta-réseau. Si, avant 2022, aucune nouvelle technologie n’est découverte, les applications telles que la télé-présence ne pourront être mises en œuvre et c'est l'ensemble du net qui pourrait en être affecté. Petite précision quand même: l’étude est réalisée par un laboratoire spécialisé dans la fibre optique.

Laurent Schumacher, professeur de réseaux à la faculté d’informatique de l’université de Namur connaît bien l’étude: "C’est une projection sur base de chiffres relevés depuis 1950. Les chercheurs tentent de voir quels problèmes apparaîtront si la situation actuelle n’évolue pas". Si rien ne change, l’accroissement des vitesses sur internet posera deux types de problèmes: une hausse de la consommation énergétique et une incapacité des infrastructures à offrir des vitesses élevées. Mais, résume le professeur, le problème ne peut exister que si l’on ne change rien à l’infrastructure. "Or, en matière énergétique, il y a déjà eu énormément d’évolution quant à la consommation des ordinateurs". Et pour ce qui concerne la capacité de l‘infrastructure à offrir les performances requises par les besoins futurs, deux solutions sont possibles. Soit surdimensionner les tuyauteries, soit mettre en œuvre de nouvelles technologies.

Pour illustrer le premier scénario, il suffit de faire une analogie avec le trafic routier croissant sur le ring de Bruxelles. Si les routes sont encombrées, il "suffit", comme l’envisage la Région flamande, d’accroître le nombre de bandes de roulement. L’autre technique fait appel à une seconde analogie automobile: en F1, les gains de performances sont atteints grâce à la recherche qui débouche sur de nouvelles technologies.

La conclusion du professeur est que le risque de saturation ne se présentera que si les développements technologiques sont à l’arrêt : "Tout l’enjeu des recherches est que les choses changent pour absorber les besoins."

L’incertitude, plutôt économique, est que les investisseurs ne mettront les infrastructures à jour que si modèle financier leur permet d’en tirer un certains bénéfice. Pour les autoroutes françaises, ce sont des entreprises privées qui sont ainsi chargées de gérer le trafic.

En informatique, il faudra faire des choix comparables, prédit Laurent Schumacher: "Si l’on confie le financement des infrastructures numériques à des opérateurs comme Proximus, Voo et d’autres, ils se feront rémunérer par les utilisateurs commerciaux tels que Netflix ou Youtube. Il y a déjà eu des tentatives d’introduction d’une facturation différenciée, mais il faudrait pouvoir attribuer une valeur différente aux données selon qu’elles proviennent de Facebook ou d’un partenaire marchant tel que Netflix, et on n’en est pas encore là." Cet aspect économique se heurte également à la notion de "neutralité du net" qui refuse de favoriser certains utilisateurs sous prétexte qu'ils paieraient davantage que d'autres.

A qui profite le crime ?

Pour apprécier la valeur de l’étude millénariste, Laurent Schumacher conseille d’enquêter sur les motivations de ses commanditaires. Or, la mise en avant du risque d’incapacité de la fibres optique à remplir nos besoins futurs provient d’un laboratoire spécialisé dans… la fibre optique. On pourrait donc concevoir que l’étude apparaît comme un appel aux investisseurs. Car d’autres mesures pourraient être développées, et notamment l’usage de la lumière pour transporter les données.

Agir à temps pour éviter les prédictions auto-réalisatrices

Une prochaine réunion d’experts se déroulera à Londres pour évoquer les conséquences éventuelles d’une infrastructure devenue insuffisante. Pour Laurent Schumacher, une telle réunion peut être pertinente "dans la mesure où il existe toujours un délai de plusieurs années entre la décision d’investir dans de nouvelles technologies et leur mise en œuvre commerciale." Pour lui, il faut planifier les investissements pour pouvoir répondre aux demandes qui auront lieu dans 5 ans. "Un exemple est celui d’Amsterdam, considéré comme un carrefour des routes de l’information et dont les exigences capacitaires se reposent tous les 6 mois."

Mais le chercheur se veut optimiste : "Il n’y a pas de raison de penser que l’infrastructure va réduire les usages. La tendance est à l’augmentation des vitesses, mais aussi à la volonté de raccourcir les distances géographiques à parcourir entre le terminal qui lance une requête et le site qui va lui répondre."

Il est aussi dangereux de se lancer des défis trop ambitieux qui nous mettent une pression excessive. Laurent Schumacher résume cette situation en une phrase : "Prétendre, comme le fait l’étude, que dans 10 ans nous devrons être capables de gérer des applications de télé-présence impliquant des hologrammes 3D à distance, c’est un pari, ce n’est pas une certitude. "

RTBF

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