Salon du Bourget 2019: une industrie aéronautique neutre en carbone est-elle possible?

Salon du Bourget 2019:une industrie aéronautique neutre en carbone est-elle vraiment possible?
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Comment le secteur aéronautique essaie-t-il de répondre aux défis environnementaux ? Aujourd’hui, il n’y a ni taxe sur le kérosène, ni TVA sur les vols internationaux. Le secteur fait office d’exception. Mais les pressions environnementales sont là, populaire et politique : de la "honte de voler" à une volonté qui naît pour une taxation du secteur aérien. Penser que le secteur n’a pas entendu le message serait une erreur.

Biocarburants, hybridation des motorisations, allègements des pièces ou des avions eux-mêmes. Les dernières technologies présentées dans la gigantesque vitrine commerciale qu’est le salon du Bourget, vont dans le sens de l’efficacité énergétique. Mais ces innovations technologiques, même les plus vertes, suffiront-elles à contrer la plus grande source de croissance des émissions de CO2 ? Pas sûr.

Ailes d’avions futuristes

Un exemple : Materia Nova. L’entreprise est basée à Mons et est active dans le traitement de surfaces depuis 20 ans. "Des traitements de surfaces sur des ailes d’avions futuristes, qui sont micro-perforées. Elles permettent en fait d’économiser de l’énergie en diminuant la traînée de l’aile", annonce Fabrizio Mazeri, responsable pour les programmes de recherche et développement.

"Mais l’un des problèmes de ces ailes, c’est leur durabilité. Parce que des insectes vont venir obturer les trous de la microperforation. Et le fait de développer un revêtement avec une ou plusieurs technologies de Materia Nova va contribuer à un maintien de la fonction de l’aile dans le temps, mais aussi de limiter l’usage de produits de nettoyage qui ne sont pas nécessairement sympathiques pour l’environnement".

Une industrie où les intérêts économiques s’alignent sur les intérêts environnementaux

La recherche d’efficacité – énergétique entre autres, dans l’aéronautique, on connaît. Bernard Delvaux, Directeur général de SONACA, rappelle que "c’est une industrie naturellement encouragée à progresser en permanence : les intérêts économiques s’alignent sur les intérêts environnementaux. Et depuis trente ans, on améliore les avions en améliorant la performance des moteurs et en diminuant la consommation de kérosène. On dépense moins d’argent et on émet moins de CO2. Il faut aussi relativiser, le transport aérien, c’est 2% des émissions, ce n’est pas négligeable, mais ce n’est que 2% des émissions. Et il est certain que chacun des clients que nous sommes, va faire des choix personnels, d’aller en minitrip à Milan ou non".

"On dépense moins d’argent et on émet moins de CO2

Mais le sempiternel chiffre de 2% des émissions mondiales par le secteur, ne convainc pas l’ONG Carbon Market Watch. "C’est un peu une explication facile, de se focaliser aujourd’hui, sur ces 2% d’émissions de Co2. Ça peut paraître bas, mais en fait, ces 2%, c’est énorme – c’est plus que ce qu’émet l’Allemagne – et c’est faire abstraction du contexte de croissance énorme du secteur aérien. Or, c’est bien ça qu’il faut regarder : combien, en définitive, sera émis", assène Gilles Dufrasnes, chercheur en politique pour l’ONG.

Au moins 300% d’augmentation des émissions de CO2 d’ici 2050

"Non seulement il va y avoir une croissance d’émissions énorme dans le secteur aérien – estimée à au moins 300% d’augmentation d’ici 2050, ce qui signifie une augmentation et des émissions largement supérieures à ce qui nous permettrait d’atteindre les objectifs fixés dans l’accord de Paris, mais en plus, ce chiffre de 2 à 3% n’inclut que le CO2, alors qu’il y a d’autres formes de pollutions, d’autres effets qui sont extrêmement importants pour ce secteur et qui pourraient multiplier l’impact sur climat par au moins deux".

Doublement du nombre de passager d’ici 2037

Le problème, c’est l’augmentation du trafic. Pour faire court, la classe moyenne au niveau mondial se développe. Et avec elle le trafic aérien, en forte croissance. Les prévisions : un doublement du nombre de passager d’ici 2037 pour atteindre 8,2 milliards par an, croissance principalement tirée par la zone Asie-Pacifique. Et pour la Commission européenne, l’amélioration du rendement du carburant pourrait éventuellement produire une atténuation à moyen terme des émissions de CO2provenant du secteur aéronautique. Mais, ces améliorations ne compenseront que partiellement l’augmentation des émissions de CO2 de l’aviation liées à l’augmentation du trafic".

Mais est-ce cela implique du coup, à court terme, de freiner la croissance du secteur ? "A court terme, oui, il faut gérer la croissance du secteur aérien", nous dit Gilles Dufrasnes. Les industriels apprécieront. "Parce que cette croissance n’est pas compatible avec une transition environnementale, puisqu’à court terme, il y a très peu de développements technologiques possibles. Les perspectives à long terme, c’est d’investir dans la recherche, pour le secteur aérien – dans des carburants alternatifs par exemple - et dans d’autres modes de transports, pour qu’il y ait autant de transports aériens qu’aujourd’hui, avec des avions plus propres".

Signe que la pression politique augmente, les Pays-Bas organisent les 21 et 22 juin prochains une conférence très officielle et au plus haut niveau, sur l’introduction d’une taxe européenne sur le kérosène. Le 53e Salon du Bourget n’aura, à ce moment-là, pas encore fermé ses portes. Ambiance garantie.

Gilles Dufrasnes, chercheur en politique pour l’ONG Carbon Market Watch, invité de Jour Première

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