S.O.S. Agriculteurs en détresse: trois appel à l'aide par jour

Ils étaient des milliers dans les rues de Bruxelles. Certains étaient venus en tracteur. En ce jour du mois de septembre, ces amoureux de la terre voulaient crier leur colère et faire part de leur détresse. Au même moment, les ministres européens de l'Agriculture étaient en réunion pour répondre à cette question: comment aider le monde agricole? La Commission européenne avait proposé de débloquer 500 millions d'euros d'aide d'urgence.

Cinq mois après cette réunion, le quotidien des agriculteurs a-t-il changé? Sont-ils apaisés?

Un métier de passionné   

Jean-Luc et Françoise Cloos sont propriétaires d'une ferme à Arlon. Pour ce couple d'agriculteurs, chaque jour, c'est le même rituel: 70 vaches à traire. Jean-Luc Cloos a repris l'exploitation de ses parents il y a près de trente ans. Pour son épouse Françoise, le travail à la ferme, c'est une découverte. "Mes parents étaient agriculteurs mais j'ai jamais mis les pieds à la ferme. Je regardais ça de loin. Je m'étais même dit que jamais je ne marierais un agriculteur" dit-elle en souriant.

Au fil des années, Jean-Luc Cloos a vu le prix du lait diminuer: "Cette année-ci, on est payé 25 centimes le litre. Quand vous avez fini de payer vos factures, vous vous demandez pourquoi vous travaillez". Heureusement, le couple peut compter sur une autre rentrée financière car Françoise travaille comme infirmière à temps partiel. "C'est un ballon d'oxygène. C'est un salaire qui rentre à côté et c'est bien utile car on a des enfants qui sont aux études" explique Jean-Luc Cloos. "J'espère que l'Europe va trouver des outils qui vous permettre de réguler les marchés sinon ce sera l'hécatombe" poursuit-il.

Oser appeler à l'aide

Écouter et accompagner les agriculteurs en détresse, c'est la mission de Laurence Leruse. Cette psychologue coordonne l'asbl Agricall, une association qui vient en aide aux fermiers. "Ils sont épuisés parce qu'ils travaillent le plus possible pour essayer de s'en sortir, pour essayer d'honorer les créanciers, pour essayer de gagner leur vie" déclare-t-elle. Chaque jour, elle reçoit trois appels à l'aide. Des agriculteurs désespérés, souvent proches de la faillite et qui peuvent aller jusqu'au suicide. "Il y a souvent chez ces personnes une grosse remise en question" explique Laurence Leruse. "Le premier rendez-vous est rarement facile car c'est reconnaître qu'il y a des difficultés. Il faut oser dévoiler son intimité".

La coopérative comme alternative

Pour tenter de s'en sortir, certains agriculteurs diversifient leur activité. C'est le cas de Sébastien Demoitié. Cet agriculteur, installé à Ouffet en province de Liège, a repris l'exploitation familiale en 2006. "J'ai construit un nouveau bâtiment" explique Sébastien Demoitié. "A l'époque, quand j'ai fait mes calculs, je ne m'attendais pas à ce que le prix du lait soit si bas".

Après la crise du lait de 2009, cet agriculteur a lancé une coopérative. Objectif: vendre directement ses produits aux consommateurs. Il peut ainsi éviter tout intermédiaire. Depuis lors, treize autre producteurs ont rejoint la coopérative. "C'est nous, en conseil, qui décidons du prix. Il faut évidemment que le consommateur y trouve son compte. Mais entre le prix ici et le prix de la grande distribution, il y a une différence" affirme Laurent Bom, producteur de légumes et membre de la coopérative.

Avec sa coopérative, Sébastien a trouvé le moyen de réduire les effets de la crise qui secoue le monde agricole. Mais il sait que rien n'est gagné même si, comme des dizaines de milliers d'autres agriculteurs, il continue d'espérer un avenir meilleur.

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