Russie: le coût du sauvetage de la banque Trust atteint 2 milliards d'euros

Le siège de la banque Trust à Moscou, le 22 décembre 2014
Le siège de la banque Trust à Moscou, le 22 décembre 2014 - © Alexander Nemenov

Les autorités russes ont réévalué vendredi à deux milliards d'euros le coût du sauvetage de la banque Trust, témoignant de l'ampleur de l'hémorragie subie par le secteur financier russe à cause du plongeon historique du rouble. Une cure de rigueur s'annonce également pour les compagnies aériennes russes, étranglées par la chute du rouble.

Quatre jours après avoir annoncé en catastrophe la mise sous tutelle de l'établissement, la banque centrale russe a annoncé dans un communiqué avoir choisi un repreneur, le groupe financier Otkrytié, et précisé son plan d'assainissement.

Après avoir évoqué lundi un crédit de 30 milliards de roubles (480 millions d'euros), elle a réévalué l'aide financière à 99 milliards de roubles (1,6 milliard d'euros), sous la forme d'un crédit sur dix ans. Elle a également débloqué un crédit de 28 milliards de roubles (450 millions d'euros) sur six ans à son repreneur.

A ce niveau, il s'agit selon l'agence de presse Interfax du deuxième plus gros sauvetage bancaire de l'histoire de la Russie, après celui de la Banque de Moscou en 2011. Cette dernière, d'abord aidée par la mairie de la capitale, avait été reprise en 2011 par la deuxième banque russe VTB. Mais les trous dans son bilan comptable étaient tels que l'agence d'assurance des dépôts avait dû injecter 295 milliards de roubles (4,7 milliards d'euros).

Les difficultés de Trust, 15e établissement du pays en termes de dépôts, n'étaient pas nouvelles mais selon la presse russe, il a subi comme l'ensemble du secteur des retraits massifs de dépôts les 15 et 16 décembre, journées marquées par la plus forte chute de la monnaie russe en 15 ans, rendant sa situation intenable.

Son repreneur, Otkrytié, est classé 8e du pays par les actifs. Fondé en 1993, il compte 3,2 millions de clients particuliers et près de 20 000 entreprises.

"A ce jour, la situation financière est stable, les clients sont servis, les paiements ont lieu, les déposants peuvent retirer de l'argent", a assuré à la télévision le directeur général d'Otkrytié, Ruben Aganbeguian.

"Nous observons déjà une baisse de l'intensité des retraits des dépôts des clients, nous espérons que la situation va continuer de se stabiliser", a-t-il ajouté.

Recapitalisation rapide du secteur

Le coût du sauvetage de Trust, établissement connu pour ses publicités avec l'acteur américain Bruce Willis, témoigne de l'ampleur du choc causé par la chute du rouble sur un secteur bancaire jugé très vulnérable avec plus de 800 établissements, pour certains très fragiles.

Même ses maillons les plus solides ont reconnu avoir subi à la mi-décembre une véritable hémorragie des déposants, tout en assurant que le mouvement s'était depuis calmé.

Au plus fort de la crise, le géant public Sberbank a vu ses opérations d'achats de devises multipliées par cinq ou six par rapport à la normale et la fréquentation de ses distributeurs augmenter de 40%.

Le numéro deux, VTB, a évoqué une "panique" avec des retraits à un niveau "irrationnel" de la part d'une clientèle plutôt bien informée économiquement.

Dès la semaine dernière, les autorités ont annoncé des mesures de soutien pour assurer la stabilité financière, dont une recapitalisation du secteur à hauteur de 1.000 milliards de roubles (16 milliards d'euros).

Le ministre des Finances, Anton Silouanov, a indiqué vendredi que VTB pourrait ainsi voir son capital renforcer de 100 milliards de roubles (1,6 milliard d'euros) et Gazprombank de 70 milliards de roubles (1,1 milliard d'euros) avant même la fin de l'année.

Outre le retrait des dépôts, le secteur financier s'est trouvé confronté à des pénuries de liquidités après la hausse de taux décrétée par la banque centrale pour défendre le rouble (17% contre 10,5%)

Cure de rigueur pour les compagnies aériennes russes

Pendant que dans le monde entier, les transporteurs respirent face à la baisse des prix du pétrole, l'effondrement du rouble, conséquence d'une année de crise ukrainienne et de la baisse des cours du pétrole, représente une double peine pour les compagnies russes.

D'une part, la perte de pouvoir d'achat des ménages a entraîné un brusque repli du trafic sur les liaisons internationales (les plus rentables), dont les prix ont été relevés deux fois de plus de 10% en deux mois.

Bénéfices en roubles, frais en dollars

D'autre part, les coûts en devises étrangères - surtout la location des avions en leasing - ont quasiment doublé. Or, le secteur y est particulièrement exposé: selon la Deutsche Bank, si 90% des revenus de la première compagnie russe, Aeroflot, sont dégagés en roubles, 60% de ses dépenses sont effectuées en devises.

"La situation est extrêmement grave", résume Oleg Panteleïev, rédacteur en chef du site spécialisé AviaPort. "L'issue est évidente: puisqu'une baisse du trafic est inévitable, il faut rendre les avions aux loueurs, réduire les coûts en devises et diminuer le nombre d'avions et de vols", explique-t-il à l'AFP.

Or les compagnies russes, profitant d'un trafic en hausse de 15% à 20% par an ces dernières années, ont commandé en nombre Airbus et Boeing neufs pour renouveler une flotte vieillissante héritée de l'époque soviétique.

Soucieux de montrer qu'il s'active face à une crise aux conséquences douloureuses pour la population, le gouvernement a aussitôt promis son aide avec des subventions sur les lignes intérieures et des garanties publiques pour des prêts.

Pour l'expert Oleg Panteleïev, la stratégie à court terme est simple: "les compagnies doivent transporter tous les passagers pendant les fêtes".

Mais à plus long terme, "obtenir un crédit est indispensable (...) pour payer le kérosène, les aéroports et verser les salaires, mais pas suffisant pour survivre", poursuit-il, d'autant que sur le plan économique l'année 2015 ne promet "aucune amélioration radicale".

Le vice-Premier ministre Arkadi Dvorkovitch a prévenu: les mesures des pouvoirs publics ne pourront fonctionner que si les compagnies "rationalisent leur flotte et leurs destinations, réduisent leurs coûts", et si les actionnaires mettent la main au porte-monnaie.

RTBF avec agences

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