Rik Vandenberghe (ING Belgique): "C'est le client qui indique le chemin du numérique"

Difficile, pour l’administrateur délégué d’ING Belgique, d’expliquer le dérapage verbal de son patron Ralph Hamers qui a dit attendre de la restructuration des "choses excitantes". Mais s’il s’en excuse, Rik Vandenberghe assume une situation voulue, selon lui par la clientèle en quête de toujours plus de robotisation. Le premier projet de plan prévoit 1700 licenciements secs, mais ce nombre pourrait descendre, assure le CEO belge, en concertation avec les partenaires sociaux.

A l’égard de ce mot malheureux qui a créé la polémique, Rik Vandenberghe assure qu’il n’aurait pas utilisé la même expression. "Si cela a été mal pris, je m’en excuse à sa place. Mon patron comprend bien la situation en Belgique où il a travaillé deux ans comme CEO. Il comprend que la situation est difficile pour nos collaborateurs."

Et si Ralph Hamers a augmenté son salaire de 30% l’an passé, quelques mois, donc, avec la restructuration, cela n’aurait rien d’anormal: "Cela paraît un salaire énorme, mais il est responsable d’un groupe de plus de 50 000 personnes. Si on le compare à d’autres dans le secteur, son salaire est certainement en dessous de la moyenne."

Mais sur le fond, il n’y a pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette entre Ralph Hamers et le CEO belge pour qui la transformation de la banque est "absolument nécessaire".

Reste la cassure sociale au sein de la filiale belge: 3500 emplois sont appelés à disparaître en 5 ans, dont 1700 licenciements secs. Mais les chiffres pourraient encore être revus à la baisse, explique Rik Vandenberghe : " La négociation avec les syndicats peut changer la tendance. Hier (lundi) , nous avons mis sur la table un projet d’intention de plan de transformation. Du fait des départs naturels depuis 2016, le nombre descend à 3150 et sera étalé jusqu'en 2021. La plus grande partie des départs se fera de manière naturelle, mais il restera 1700 licenciements. J’espère faire descendre ce chiffre. Pour cela il faut trouver des solutions avec les partenaires sociaux."

La faute à la numérisation

La crainte, en Belgique est que les emplois bancaires seront supprimés sur notre territoire, alors que les emplois numériques seront, pour la plupart, créés dans d’autres pays. " Il faut tout faire pour que l’on crée ces nouveaux emplois en Belgique ", assure Rik Vandenberghe : "Je suis un promoteur, pour Bruxelles, d’un grand centre financier. Chez ING, nous allons créer, ensemble, une plateforme unique. Il y aura, pour créer et gérer cette plateforme, du personnel tant aux Pays-Bas qu’en Belgique. Dans ce domaine il n’y a pas de frontière. "

Mais la création d’emplois numériques ne se fait pas au même rythme que, jadis, l’emploi industriel. "C’est un problème mondial qui n’est pas propre à la Belgique. Il y a 30 ans les trois premiers constructeurs automobiles employaient 1,2 million de personnes et valaient 40 milliards de dollars, aujourd’hui les trois plus importants acteurs numériques valent bien plus et emploient 150 000 personnes."

Les clients veulent " une banque saine "

Malgré l’image particulièrement négative présentée par ING depuis lundi matin, le CEO belge dit ne pas craindre de "bank run ", le départ des clients vers d’autres enseignes bancaires. "C’est le client qui indique le chemin du numérique...ING est une banque saine qui veut se transformer pour rester saine. La vraie raison qui peut amener un client à quitter une banque est la crainte que cette banque ne soit plus solide ni rentable. "

"Notre présence locale restera totalement maintenue"

Mais surtout, ING assure que le moteur de la transformation en marche est le client lui-même. "C’est le client qui passe massivement vers le digital. Il y a trois ans 64% des clients entraient dans notre banque via l’agence ou le téléphone. Aujourd’hui la proportion est tombée à 37%. C’est une réduction énorme. Nos clients se rendent en moyenne 4 fois par an en agence. Enfin, si on exécute le plan de fermeture de 600 agences en Belgique, du fait du passage de deux enseignes différentes à une seule enseigne, notre présence locale restera totalement maintenue. La seule chose c’est qu’il n’y aura plus deux marques (Record Bank va disparaître), mais une marque unique."

ING, une vache à lait de l’État ?

Suite aux critiques émises par Elio Di Rupo et Paul Magnette à l’égard des 7,2 milliards d’euros de dividendes versés en 10 ans par ING Belgique à la maison mère,  Rik Vandenberghe présente sa banque comme une vache à lait : "Il y a 9 milliards de fonds propres en Belgique et cela doit être rémunéré. Nous allons aussi investir, notamment dans la plateforme IT, au-delà des budgets normaux. Cela représente 450 millions d’euros. Ensuite, ING paie beaucoup d’impôts. Nous sommes le plus gros contributeur à l’impôt des sociétés. L’an dernier nous avons contribué pour 350 millions d’euros. A cela s’ajoute la taxe bancaire de 200 millions. Il est un fait que si la taxe bancaire augmente rapidement (25% cette année) cela n’arrange pas les choses. On veut rester sain à l’avenir. "

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