Retour sur l'affaire Huawei, qui secoue les relations sino-américaines

Meng Wanzhou, directrice financière d'Huawei
Meng Wanzhou, directrice financière d'Huawei - © JANE WOLSAK - AFP

Depuis plusieurs semaines, les relations commerciales entre la Chine et les Etats-Unis se dégradent. Pourtant, la paix était bien partie.

Les deux pays annonçaient une trêve de 90 jours à l'issue d'une rencontre entre le président américain Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping, en marge du G20 en Argentine. Mais c'était sans compter l'arrestation de Meng Wanzhou, directrice financière du numéro deux mondial des smartphones et géant des équipements télécoms, le 1er décembre à Vancouver au Canada.

Pékin avait "protesté avec force" contre cette interpellation, Mme Meng "n'ayant violé aucune loi américaine ni canadienne". Les autorités avaient également exigé des clarifications sur les motifs de détention de la part du Canada et des Etats-Unis et demandé une remise en liberté "immédiate".

Violation des sanctions américaine sur l'Iran?

Meng Wanzhou, 46 ans, est soupçonnée d'avoir menti à plusieurs banques sur les liens entre Huawei et l'une de ses filiales, SkyCom, ce qui a permis à cette société d'accéder au marché iranien en violation des sanctions américaines. Ces chefs d'accusation sont passibles de 30 ans de prison chacun aux Etats-Unis. 

Mme Meng aurait personnellement nié auprès de banquiers américains, en 2013, tout lien direct entre Huawei et la société SkyCom, alors qu'en fait "SkyCom c'est Huawei", selon les autorités américaines, qui demandent son extradition. 

La dirigeante était membre du conseil d'administration de SkyCom il y a une dizaine d'années, mais la société a été vendue depuis, selon son avocat, David Martin. Mais, selon la justice américaine, le groupe chinois en a gardé le contrôle de fait, les employés de SkyCom ayant par exemple continué à utiliser les adresses électroniques huawei.com.

Selon les dernières informations, la directrice financière est prête à se soumettre à de strictes mesures de surveillance si sa demande de remise en liberté est acceptée par un tribunal de Vancouver, a affirmé lundi l'un de ses avocats alors que Pékin multipliait les pressions sur Ottawa et Washington.

L'un de ses avocats, David Martin, a expliqué que si Mme Meng était libérée, elle assumerait l'ensemble des coûts liés à sa surveillance 24h/24, qui serait confiée à deux sociétés privées de services de sécurité, dont l'une dirigée par d'anciens policiers et militaires canadiens. Elle résiderait dans l'une des deux propriétés cossues de Vancouver qu'elle possède avec son mari, accepterait de remettre ses passeports, de porter un bracelet électronique et de verser une importante caution. 

L'audience reprendra donc dès mardi. 

Problèmes de santé

La directrice financière avait déjà plaidé sa cause lors d'une première audience devant la cour suprême de Vancouver vendredi dernier. Le représentant du procureur canadien s'était opposé à la remise en liberté sous caution de Mme Meng, estimant qu'elle risquait de s'enfuir en Chine pour échapper à une éventuelle extradition vers les Etats-Unis. L'audience avait donc repris lundi.

Dans une déclaration sous serment transmise dimanche au tribunal, la dirigeante, âgée de 46 ans, expliquait souffrir de problèmes de santé, notamment d'hypertension. Elle indique par ailleurs qu'elle a survécu à un cancer de la thyroïde en 2011 et qu'elle a du mal à avaler des aliments solides. Elle est traitée dans un hôpital canadien et estime qu'un maintien en détention, pendant la longue procédure d'extradition, mettrait sa santé en danger.

Sous surveillance depuis 2007

Autre élément essentiel dans cette affaire, Meng Wanzhou est la fille de Reng Zhengfei, le fondateur de Huawei, un ancien membre de l’armée chinoise. Un passé qui incite Washington à soupçonner l’entreprise chinoise d’espionnage. Des soupçons qui ont déjà poussé la Nouvelle-Zélande, l’Australie mais aussi le Royaume-Uni à écarter Huawei du marché de la 5G.

Au-delà des sanctions, le groupe de téléphonie est soupçonné d'être un agent sous couverture du pouvoir chinois qui aurait rompu un pacte de non-espionnage économique signé avec l'ex-président américain Barack Obama. La société chinoise est sous surveillance depuis longtemps et plusieurs de ses tentatives d'entrer sur le marché américain des télécoms ont échoué depuis 2007.

Une loi fédérale interdit aux responsables gouvernementaux et militaires d'utiliser des appareils construits par Huawei et ses liens supposés avec le Parti communiste chinois sont souvent mis en avant.

Journal télévisé : 09/12/2018

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