Retards dans la vaccination anti-coronavirus : un coût économique de 600 millions d'euros par semaine pour la Belgique

Selon l’assureur-crédit Euler Hermes, l’Europe fait face à un retard de cinq semaines par rapport à ses objectifs de vaccination. Si ce retard n’est pas corrigé, il pourrait coûter 90 milliards d’euros en 2021. Pour la Belgique, ce coût s’élève à trois milliards d’euros – 600 millions d’euros par semaine.

Comment ce coût économique des retards dans la vaccination contre le Covid 19 a-t-il été calculé ? En regard d’abord, des objectifs de vaccinations de la Commission européenne, notamment celui d’atteindre 70% de la population vaccinée, d’ici à l’été 2021. Par rapport à cet objectif, la moyenne européenne est actuellement de 5 semaines de retard. Avec des différences de rythme entre pays – la Belgique est plutôt dans la moyenne.

Le calcul des pertes 

Et ces retards impliquent des pertes. "La structure économique de chaque pays de l’Union européenne a été analysée, ainsi que les restrictions sanitaires qui y sont en place depuis l’année dernière – mais qui évoluent avec le temps, puisqu’avec le temps elles deviennent bien plus ciblées", détaille Ana Boata, directrice de la recherche macroéconomique chez Euler Hermes.

Les restrictions sanitaires sont en fait transformées ici en pertes économiques : fermeture (même partielle) de l’économie, baisse de confiance, diminution des investissements, absence de reprise économique… Et dépenses publiques pour soutenir les personnes et les secteurs les plus touchés.

Belgique: 3 milliards en 5 semaines

"Pour la Belgique, on arrive à trois milliards sur ces cinq semaines. Aujourd’hui, on voit bien que ces restrictions sanitaires sont un peu comme du stop-and-go : on relâche, on referme, on relâche, on referme… Et quand on referme, on observe tout simplement une récession mécanique. Si l’on n’arrive pas à rattraper ce retard, si on n’arrive pas vraiment à rouvrir d’une façon soutenable les secteurs les plus touchés, on aura des épisodes de récession assez souvent, peut-être jusqu’à la fin de l’année, si l’on ne parvient pas à lancer l’appareil de la vaccination ".

La vaccination devrait être six fois plus rapide

Et le risque majeur est que les dépenses budgétaires "se fassent au détriment des mesures de relance économique. "Si l’on n’accélère pas la campagne de vaccination, avertit Ana Boata, on risque de devoir utiliser les fonds européens à autre chose – le sauvetage de l’économie et pas la reprise." Et selon Euler Hermes, le rythme européen moyen de la vaccination devrait être six fois plus rapide, pour atteindre l’objectif fixé par la Commission européenne.

Chaque semaine compte

90 milliards d’euros à l’échelle européenne pour cinq semaines de retard, voilà pourquoi aujourd’hui les économistes, aussi, sont obsédés par la vitesse de vaccination. "Parce que la vaccination est le principal multiplicateur économique le plus important, souligne Ana Boata. Cette vaccination nous donnera le scenario économique le plus probable pour les prochains trimestres. Il n’est pas impossible de rattraper le retard actuel – cinq semaines pour la population générale, trois semaines pour la population vulnérable, mais chaque semaine compte".

Goulots d’étranglement et lent démarrage

Outre les problèmes actuels liés à l’offre, à la production et distribution des vaccins disponibles, il y a surtout eu des lenteurs au démarrage qui expliquent les retards observés. De longs marchandages européens sur les prix et les contrats, coordonnés entre 27 Etats Membres. Pour Ana Boata, "ce qui a fait la différence, c’est le retard qu’on a pu prendre dans certaines commandes au niveau européen parce qu’il a fallu négocier, il a fallu s’aligner, et on a probablement perdu quelques bonnes semaines par rapport aux États-Unis ou à d’autres pays".

La Grande-Bretagne a, par exemple, signé un contrat avec Astra Zeneca, trois mois avant l’Union européenne. Et sur la question du coût, et selon les chiffres disponibles, l’Etat d’Israël aurait payé 50% de plus que l’Union européenne par dose du vaccin Pfizer. Notamment pour s’assurer d’un approvisionnement rapide. En Israël, la totalité des plus de 60 ans sont aujourd’hui vaccinés. Et le pays sera sans doute l’un des premiers à pouvoir relâcher son économie de manière conséquente et durable.

Le coût du retard, quatre fois supérieur au coût des vaccins

En Europe, le coût économique estimé du retard dans la vaccination est quatre fois supérieur au coût payé pour les vaccins. Cela veut-il dire que la Commission européenne aurait dû accepter de payer plus cher pour les vaccins ? Pas forcément. Affirmer qu’il suffit de payer plus cher pour obtenir des vaccins en masse plus rapidement, cela reste de la théorie – et l’approche par le seul coût doit être nuancée. En pratique, si chaque pays, dans son coin est prêt à payer plus cher pour obtenir des vaccins plus rapidement, cela risque de causer un gigantesque jeu de surenchère sur les prix des vaccins.

Alors qu’on le sait, de nombreux pays dans le monde seront sans doute condamnés à attendre pour des vaccins et ne savent même pas s’ils seront en mesure de pouvoir les payer.

L’objectif global reste de vacciner au plus vite les populations vulnérables à travers la planète. Et au rayon des bonnes nouvelles, selon les derniers chiffres, le nombre de vaccinations contre le Covid-19 dans le monde a dépassé ce mercredi le nombre total de cas confirmés, un momentum certes symbolique, mais qui souligne aussi les progrès réalisés pour dompter la pandémie.

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