Rétablir la confiance entre la Grèce et l'Allemagne: l'enjeu du sommet de dimanche

Rétablir la confiance entre la Grèce et l'Allemagne: l'enjeu du sommet de dimanche
Rétablir la confiance entre la Grèce et l'Allemagne: l'enjeu du sommet de dimanche - © Tous droits réservés

Invité sur La Première et au Journal Télévisé ce dimanche, Roland Gillet, professeur de finances à la Sorbonne et à la Solvay Brussels School, souligne qu'au centre de cette négociation, se trouve la confiance, ou plutôt le manque de confiance, entre partenaires européens et grecs : "Ce qui s'est passé, c'est que les Grecs sont venus avec un référendum qu'Alexis Tsipras a gagné haut la main, avec plus de 60%, pour dire non à des mesures. Et une semaine après, il vient spontanément avec des mesures qui sont quasiment les mêmes avant qu'ils ne disent non. La confiance qui n'était pas le maître mot des négociations est encore plus rompue. On voudrait des garanties, car on n'a plus confiance", dit le professeur Gillet. "Le problème existe depuis des centaines d'années, au niveau de l'administration fiscale, pour les pensions. Il faut être honnête : le fait de tarder à mettre en place un système de pension et de levée d'impôt de façon moderne. Les gens autour de la table ne veulent plus que des paroles, ils veulent des actes. Avec le référendum organisé dans la rapidité, Tsipras a pris un grand risque et il le paye cash".

Le scepticisme ambiant, c'est aussi ce que relève Henrik Utterwede, politologue à l'institut franco-allemand de Ludwigsburg, également interviewé sur La Première par Arnaud Ruyssen, qui constate que les récents épisodes de la crise grecque n'ont rien fait pour arranger la confiance entre Athènes et Berlin. "C'est aux Grecs de dire s'ils veulent rester dans la zone euro et montrer ce qu'ils font pour cela. On attend des actes".

Henrik Utterwede n'imagine pas un scénario de "Grexit" sans remise de la dette grecque.

Le "Grexit" temporaire, une idée farfelue

Pour Bruno Colmant, professeur à la Vlerick Management School et à l'UCL, l'Europe est à un tournant de sa construction, car pour une fois, France et Allemagne ne partagent pas le même point de vue et l'équilibre entre les deux risque de basculer en faveur de Berlin.

Bruno Colmant fusille aussi l'idée (allemande) d'une sortie temporaire de la Grèce de la zone euro. C'est une idée "farfelue". Il voit surtout dans la crise grecque l'illustration du fait que l'euro n'est pas une monnaie faite pour les pays d'Europe du sud. C'est une monnaie trop forte. Ce "Grexit" temporaire en serait la preuve.

Bruno Colmant prédit aussi un phénomène d'hyper-inflation en Grèce dans ce cas et ne voit pas comment la Grèce pourrait alors rembourser sa dette. Il ne voit pas comment la Grèce pourrait faire autre chose que rester pendant encore des années "sous perfusion". Il relève que la Banque centrale européenne et son patron Mario Draghi a joué un rôle "sage et apaisant" durant cette crise. "Il a raison d'exiger un accord politique voire de demander un troisième plan d'aide. Les montants prêtés sont tels qu'on ne peut pas se permettre un retour à la drachme".

Roland Gillet ne croit pas non plus en un "Grexit" temporaire. Il remarque que cela fait des années que la Grèce est aidée depuis l'extérieur. Si cela s'arrête demain, ce serait la "catastrophe", garantit-il. "Le système bancaire grec implose, avec des répercussions sans doute ailleurs. Le pays sera livré à la soupe populaire". 

Un accord est nécessaire, conviennent les économistes interrogés, au nom du bon sens. "Aujourd'hui, il faut être conscient que cela ne peut pas durer trop longtemps. L'économie grecque est paralysée", conclut le professeur Gillet.

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