Repsol donne un feu vert prudent à l'argent offert par l'Argentine

Des personnes soutenant la nationalisation de la compagnie pétrolière YPF, filiale de Repsol, par l'Argentine, le 3 mai 2012
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Des personnes soutenant la nationalisation de la compagnie pétrolière YPF, filiale de Repsol, par l'Argentine, le 3 mai 2012 - © Daniel Garcia

Le groupe pétrolier espagnol Repsol a approuvé mercredi un accord de principe proposé par le gouvernement argentin, qui a nationalisé en 2012 sa filiale YPF, un épilogue vécu comme une victoire mais qui n'est pas exempt de risques.

L'accord de principe validé fixe une indemnisation de 5 milliards de dollars (3,7 milliards d'euros) en obligations de l’État argentin pour compenser l'expropriation de 51% d'YPF, selon une source proche du dossier.

Un cadeau empoisonné

Mais ce compromis, trouvé entre l'Argentine, l'Espagne et le Mexique via Pemex, actionnaire de Repsol (9,5%), doit encore être encore discuté pour trouver "une solution juste, efficace et rapide", a souligné Respol dans un communiqué.

Car il ne s'agit pas d'accepter un cadeau empoisonné, souligne des analystes de Bankinter.

"La solvabilité de l'Argentine vis-à-vis de l'extérieur est en question (après avoir été en situation d'impayés en 2001-2002), en raison de la situation à nouveau délicate de son économie, qui évolue de manière inquiétante", mettent en garde ces mêmes analystes.

Difficile d'oublier un petit détail: la dette souveraine argentine est classée comme spéculative par les trois grandes agences de notation (Fitch, Moody's et Standard & Poors'), ce qui implique un risque que le pays ne rembourse pas ses créances.

Un risque de décote supérieure à 70%

Outre le fait que la somme est inférieure à celle initialement souhaitée par le groupe (10,5 milliards de dollars) et la valorisation de la part expropriée dans ses comptes (5,4 milliards d'euros fin juin), son libellé en obligations argentines "n'est pas non plus ce que les gérants de Repsol auraient souhaité", remarque la maison de courtage Link Securities, même si le groupe a obtenu que la somme soit en dollars et non en pesos.

"Le marché craint que le paiement de ces obligations se fasse avec une décote supérieure à 70%", écrit mercredi le quotidien El Mundo.

La priorité de Repsol sera donc d'obtenir "des garanties que ce bon (les obligations argentines proposées, ndlr) soit payable, échangeable contre du liquide", explique une source proche du dossier, "des garanties sur sa valeur, son paiement, quand et comment il sera payé".

Voie de sortie honorable

Le marché, qui croyait le groupe espagnol condamné à ne recevoir aucune indemnisation, a vécu l'annonce d'un accord comme une victoire de Repsol, faisant bondir mardi à la Bourse de Madrid son titre de 4,28% à 19,24 euros. Mercredi l'action a terminé en légère hausse de 0,26% à 19,29 euros, suivant la tendance du marché.

Car, en bouclant cet accord, Repsol trouve une voie de sortie honorable et évite de longues années de procédures judiciaires.

Dans un communiqué publié mardi soir, l'actionnaire Pemex relevait d'ailleurs que ce feu vert constituait "un bon signal" qui pourrait permettre d'éviter à Repsol "un processus long et complexe au résultat incertain".

Le groupe espagnol avait déposé un recours devant l'organisme d'arbitrage international Cirdi, rattaché à la Banque Mondiale.

Mais "il y a des procès contre l'Argentine, au Cirdi, qui sont ouverts depuis plus d'une décennie", rappelle mercredi le journal El Pais.

Et Repsol aurait aussi beaucoup perdu d'énergie dans ses plaintes déposées contre YPF pour "concurrence déloyale" et contre tous ceux qui voulaient profiter de sa place laissée vacante, comme l'Américain Chevron et le Sino-Argentin Bridas.

Enfin, le bond en Bourse enregistré mardi par YPF (+11,4%) est aussi bénéfique pour Repsol, qui détient encore 12% du groupe argentin: cette part s'est revalorisée à environ un milliard d'euros en une seule journée.

Repsol, qui avait dû dire adieu, en Argentine, au précieux gisement de Vaca Muerta, qualifié de "plus grande découverte de son histoire" avec l'équivalent de 22,8 milliards de barils de pétrole, a d'ores et déjà appris à vivre sans.


AFP

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