Renault dépose plainte, les trois cadres réfutent les accusations

RTBF
RTBF - © RTBF

L'affaire d'espionnage industriel chez Renault arrive sur le terrain judiciaire et le dépôt prévu mercredi de la plainte du constructeur automobile français pourrait lever des zones d'ombres, alors que l'évocation récurrente d'une "piste chinoise" irrite Pékin.

"Renault déposera plainte demain, mercredi 12 janvier", a indiqué le groupe dans une déclaration écrite transmise à l'AFP. "A partir de cette date, les éléments de cette affaire seront donc confiés à la justice", a-t-il dit sans donner plus de détails.

Les trois cadres menacés d'éviction par Renault ont réfuté en bloc mardi les accusations portées contre eux par le constructeur automobile dans l'affaire d'espionnage qui l'ébranle et suscite maintenant la colère de la Chine.

Le groupe a reçu mardi après-midi pour "un entretien préalable à une décision de licenciement pour faute lourde, les trois collaborateurs de l'entreprise mis à pied". Renault les soupçonne d'avoir diffusé à l'extérieur des informations sensibles liées à ses "actifs stratégiques, intellectuels et technologiques".

"Renault porte contre moi des accusations très graves que je réfute totalement", a déclaré Michel Balthazard, membre du comité de direction de Renault. Il s'est dit "victime d'une affaire qui (le) dépasse".

De son côté, Matthieu Tenenbaum, directeur de programme adjoint du véhicule électrique, a indiqué par la voix de son avocat attendre "que lui soient exposés les faits qu'on lui reproche". Selon Me Thibault de Montbrial, c'est une "lettre anonyme" qui est à l'origine des accusations contre lui.

Elle "indiquerait, au conditionnel, de façon indirecte et implicite, qu'il aurait reçu des pots-de-vin et commis des actes contraires à l'éthique", a déclaré l'avocat. Matthieu Tenenbaum demande à être entendu "le plus rapidement possible par la justice (...) afin qu'une fois pour toutes, il soit lavé des soupçons insupportables à son encontre", a-t-il ajouté.

Le troisième cadre en cause, Bertrand Rochette, un adjoint de Michel Balthazard qui ne s'était pas exprimé publiquement jusqu'ici, a déclaré sur RTL mardi soir vivre "un vrai cauchemar" et être "totalement étranger" à cette affaire.

Une semaine après sa révélation, l'affaire a pris un tour diplomatique mardi. L'évocation récurrente d'une piste chinoise a suscité mardi une réaction furieuse de Pékin, dont le ministère des Affaires étrangères a dénoncé des accusations "sans fondement, irresponsables et inacceptables".

Ni Renault, ni l'Etat français, son actionnaire à 15%, n'ont à ce jour confirmé cette hypothèse.

Tout en estimant que Renault était la cible "d'une guerre d'intelligence économique", le porte-parole du gouvernement, François Baroin, a réitéré qu'"il n'y a pas d'accusation officielle de la France et du gouvernement français à l'égard d'aucun pays aujourd'hui".

Le numéro deux du groupe automobile, Patrick Pélata, s'est contenté d'affirmer samedi que Renault était "victime d'une filière organisée internationale".

La piste d'une fuite vers la Chine de secrets sur la voiture électrique, projet phare dans lequel Renault et son allié japonais Nissan ont investi 4 milliards d'euros, est privilégiée par le contre-espionnage français et le groupe, selon la presse et les spécialistes de l'intelligence économique.

Une société chinoise, présentée comme un géant de la distribution électrique, aurait alimenté des comptes de deux des trois cadres mis à pied par Renault, a affirmé le Figaro mardi.

Selon le journal, l'enquête menée depuis fin août 2010 a permis de découvrir 130.000 euros sur un compte au Liechtenstein, 500.000 sur un autre en Suisse, et les versements occultes auraient transité par des intermédiaires à Shanghai et Malte.


AFP

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK