Remaniement du plan d'aide du FMI si l'Ukraine perd le contrôle de l'Est

La directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) la Française Christine Lagarde lors des réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale, au siège du FMI à Washington, le 12 avril 2014
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La directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) la Française Christine Lagarde lors des réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale, au siège du FMI à Washington, le 12 avril 2014 - © Paul J. Richards

Le Fonds Monétaire International (FMI) a reconnu jeudi que le plan d'aide de 17 milliards de dollars qu'il a accordé à l'Ukraine devrait être "remanié" en cas de perte de l'Est du pays, en proie à une insurrection pro-russe. Le FMI avait approuvé mercredi le plan en faveur de l'Ukraine, menacée de banqueroute et fragilisée par une insurrection pro-russe dans l'Est.

"Si le gouvernement central perd le contrôle effectif de l'Est (du pays, ndlr), le programme devra être remanié", a indiqué le Fonds Monétaire International (FMI) dans le rapport détaillant son programme d'assistance financière à l'Ukraine, accordé mercredi.

L'Ukraine, qui a déjà perdu en mars la région de la Crimée au profit de la Russie, a mobilisé ses troupes face aux mouvements séparatistes dans l'Est du pays, notamment à Donetsk, le poumon industriel du pays.

"Le conflit (dans la région) pourrait affaiblir les recettes budgétaires et grandement endommager les perspectives d'investissement", écrit le Fonds, ajoutant que la situation économique et budgétaire du pays pourrait dès lors s'aggraver bien plus que prévu. Selon le FMI, les provinces de l'Est (Donestk, Lougansk, Kharkiv) représentent plus de 21% du produit intérieur brut (PIB) du pays et 30% de sa production industrielle.

En cas d'escalade dans la région, le Fonds estime donc qu'une "augmentation" de l'aide financière apportée à l'Ukraine s'avérera "nécessaire". Des mesures "correctives" au programme de réformes exigées par le Fonds pourraient également être envisagées, selon le rapport.

Conditionnés à des mesures d'économie drastiques, les 17 milliards de dollars de prêts promis sur deux ans par le FMI à l'Ukraine s'inscrivent dans un plan de soutien plus global de 27 milliards de dollars promis par la communauté internationale (Europe, Banque mondiale...).

Feu vert pour un premier prêt

Mercredi, le conseil d'administration du FMI, qui représente ses 188 Etats-membres, avait accordé son feu vert, permettant de débloquer immédiatement un premier prêt de 3,2 milliards de dollars à Kiev, qui doit régler une facture de gaz de plusieurs milliards de dollars à son voisin russe.

L'accord du FMI, qui envisageait jusqu'ici un plan d'aide compris entre 14 et 18 milliards, devrait ouvrir la voie à d'autres donateurs (Union européenne, Banque mondiale...) afin de parvenir à un plan de sauvetage global de 27 milliards de dollars. Les prochains prêts de l’institution ne seront toutefois débloqués que par étapes et à la condition que Kiev applique un programme d'économies drastique.

Les autorités intérimaires à Kiev, qui avaient appelé l'institution à l'aide début mars, ont déjà donné des gages de bonne volonté en annonçant une baisse des subventions énergétiques - qui se traduira par une hausse de 50% des prix du gaz -, mesure réclamée de longue date par le Fonds. Depuis jeudi, l'Ukraine a fortement augmenté le prix du gaz. Les familles doivent désormais débourser 40 pc de plus et d'ici le 1er mai 2016 et le 1er mai 2017 de nouvelles hausses de chaque fois 20 pc sont prévues. La tâche s'annonce toutefois ardue pour l'Ukraine dont l'économie devrait se contracter de 5% cette année, selon les projections du Fonds alors qu'une récession d'environ 4% était jusque-là attendue. La croissance devrait repartir (+2%) dès 2015, selon l'institution.

Moscou exige le paiement de ses arriérés

Ardemment soutenue par les Occidentaux, l'aide du FMI doit permettre à Kiev de faire face à ses obligations financières, notamment vis-à-vis de son voisin russe. Gazprom réclame 2,2 milliards de dollars pour ses livraisons récentes de gaz tandis que Moscou exige 11,4 milliards d'arriérés au titre des réductions de prix accordées à l'Ukraine ces dernières années, un montant contesté par Kiev.

Le plan d'aide, le troisième accordé par l'institution à l'Ukraine depuis 2008, doit également permettre d'améliorer le climat des affaires mais reste sujet à de fortes incertitudes liées à la crise politique. Mercredi, les forces armées ont été mises en état d'alerte pour tenter d'enrayer les mouvements séparatistes dans l'Est, un des poumons économiques du pays.

Le passif du pays avec le FMI ne plaide par ailleurs pas en sa faveur. Les deux précédentes lignes de crédit accordées à l'Ukraine (16,4 milliards de dollars en 2008, 15,1 milliards en 2010) avaient été rapidement interrompues face au refus des autorités de mettre en oeuvre des réformes impopulaires. Cinq des 17 milliards annoncés mercredi devront d'ailleurs être utilisés par Kiev pour rembourser le FMI lui-même.

Moscou propose un dialogue mais envisage de prendre des mesure contre les sanctions

En ce qui concerne la situation politique, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a appelé mercredi soir à un dialogue en Ukraine sous les auspices de l'OSCE pour trouver une issue à la crise dans ce pays. "La Russie est favorable à l'établissement d'un dialogue en Ukraine entre les autorités de Kiev et du reste des régions" a indiqué Sergueï Lavrov à des journalistes au siège de la chancellerie à Lima, au terme d'une tournée qui l'a emmené à Cuba, au Nicaragua, au Chili et au Pérou. Sergueï Lavrov a souligné que "le gouvernement russe croit que ce dialogue doit être lancé dans le cadre de l'Organisation de sécurité et la coopération en Europe."

Le ministre a aussi averti mercredi que Moscou envisagerait de prendre des mesures si les sanctions occidentales contre la Russie liées à la crise ukrainienne continuaient. "Nous n'allons pas nous précipiter pour faire des choses stupides, nous voulons donner à nos partenaires la possibilité de se calmer", a déclaré Sergueï Lavrov lors d'une conférence de presse à Santiago après un entretien avec le chef de la diplomatie chilienne. "Toutefois, si ces actions continuent, nous étudierons la situation." Le ministre russe a estimé par ailleurs que "les Etats-Unis ne sont pas tant intéressés par la crise en Ukraine que par la volonté d'essayer de faire en sorte que les choses fonctionnent comme ils le souhaitent".

Les Etats-Unis et l'Union européenne ont adopté cette semaine de nouvelles sanctions contre des personnalités et entreprises russes, visées pour leur rôle dans les atteintes à la "souveraineté" de l'Ukraine. Sergueï Lavrov a appelé d'autre part à la libération des observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) retenus par des rebelles pro-russes à Slaviansk, bastion rebelle de l'Est ukrainien. Toutefois, a-t-il ajouté, "nous ne pouvons pas prendre des décisions pour ces milices populaires". "Il faut prendre en compte les menaces qui pèsent sur ces milices de la part de Kiev", a-t-il ajouté.

Attaché militaire russe arrêté

De son côté, l'Ukraine a arrêté mercredi l'attaché militaire russe à Kiev, qu'elle accuse d'espionnage, selon un communiqué du ministère ukrainien des Affaires étrangères transmis aux médias locaux. "L'attaché militaire de l'ambassade russe en Ukraine est déclaré persona non grata à la suite d'agissements incompatibles avec son statut diplomatique", une formule utilisée par la diplomatie pour désigner les activités d'espionnage, a indiqué le ministère.

Le diplomate russe, dont le nom n'est pas mentionné, a été "arrêté" en flagrant délit par les services de sécurité ukrainiens, selon le ministère, qui ne donne pas plus de précisions. "Il doit quitter l'Ukraine dans les plus brefs délais", selon le communiqué cité par l'agence de presse Interfax.

AFP et Belga

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