Relance : et si l'avenir de la métallurgie était circulaire, et se jouait en Wallonie ?

Une nouvelle ligne de tri automatique a été présentée ce mercredi à l’Université de Liège. Son nom : "Multipick". Son objectif : trier les métaux, en Wallonie grâce à de l’intelligence artificielle, pour pouvoir réintégrer directement le métal comme matière première dans l’industrie.

Sur le tapis roulant, défilent de petites pièces de métal. Les bras, robotisés s’activent - et trient au rythme de 16 pièces par seconde. A la croisée de chemins entre plusieurs enjeux : Relocalisation de certaines activités, circularité de l’industrie et développement de l' intelligence artificielle.

Dans un GSM, il y a 60 métaux différents, si on veut leur redonner une vie, il faut les séparer les uns des autres.

En matière de tri des métaux, le constat est là : les déchets métalliques ne sont pour la plupart pas triés en Europe mais en Inde et en Chine essentiellement. La Wallonie, la Belgique, l’Europe exportent donc leurs déchets métalliques vers l’Asie, pour ensuite les réimporter une fois qu’ils auront été transformés en nouveaux matériaux métalliques.

Une filière qui intéresse le groupe COMET, spécialisé en recyclage et traitement des déchets et le "commanditaire" de cette ligne de tri automatisée, "Nous sommes des producteurs de matières premières secondaires, des métaux, mais qui sont encore en mélange", souligne Pierre-François Bareel, le CEO.

Alimenter les filières régionales

"Des métaux qui, malheureusement, sont exportés, sont triés manuellement et supportent une industrie asiatique qui est tout à fait en droit de le faire, mais cela fait perdre une part de la valeur ajoutée dans nos régions. Et derrière, c’est une perte de matières premières pour nos industries. Ce tri s’est perdu à la fin des années 90 dans nos régions. Et donc, le projet Multipick, a pour objectif de maintenir ces métaux chez nous, de les séparer en étant compétitifs bien évidemment, et derrière, d’alimenter des filières plus régionales".

Tapis roulant pour économie circulaire

Sur le tapis roulant défilent du zinc, du tungstène, du cuivre, de l’inox, des alliages. Facile à énumérer, sauf que tout l’enjeu est justement de pouvoir identifier les différents métaux : déchets électroménagers, emballages, ou automobiles. Et puis de les séparer les uns des autres.

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Relance : et si l'avenir de la métallurgie était circulaire, et se jouait en Wallonie ? © Tous droits réservés

Parce que "le grand défi des déchets, c’est de trier, c’est d’être capable de faire la différence entre toutes les matières. La plupart de nos équipements contiennent énormément de métaux. Dans un GSM, il y a 60 métaux différents", explique Eric Pirard est professeur dans le domaine des ressources minérales, à l’Université de Liège – qui a contribué dans ce projet à la recherche et développement.

"Tous les métaux sont gris"

Et il rappelle cet enjeu du tri pour la circularité de l’industrie. "Donc, si on veut leur redonner une vie, il faut les séparer les uns des autres. Et la plupart de ces métaux se ressemblent énormément, ils sont tous gris, donc nous avons besoin de capteurs et nous avons besoin d’intelligence artificielle pour parvenir à les différencier."

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IA et rentabilité

Dans cette ligne de tri, l’intelligence artificielle permet rapidité, et donc rentabilité. "On conçoit des lignes de production sur mesure", précise Fabien Defays, qui dirige la société Citius Engineering, partenaire du projet. "Et dans ce cas-ci nous avons conçu, avec Comet et l’Université, la solution robotisée pour trier les déchets".

Casser les barrières entre les technologies et les secteurs.

"L’Université de Liège a vraiment développé toute la technologie de reconnaissance, toute la partie image, et derrière, l’usine, les robots, la structure et l’automatisation, c’est Citius. Le défi sur ce type de ligne, ce sont les cadences de production, d’arriver à traiter des déchets qui sont finalement très légers en des temps très rapides pour rendre l’amortissement financièrement intéressant." Parce que si les activités de tri ont été délocalisées en Asie où elles sont faites manuellement, c’est bien pour des raisons de coût.

Exporter la technologie ?

Le projet Multipick a été financé par de l’argent privé Et public, Wallon et européen. Il permet, nous disent les différents partenaires, d’avoir grâce à l’outil développé et en matière de tri, environ 5 ans d’avance sur la concurrence dans le secteur. Ce qui veut dire que l’espoir c’est d’en faire en tant que tel une technologie transposable, exportable, commercialisable, à d’autres secteurs, et à d’autres pays européens.

Parole de vieux briscard : " C’est ici la traduction de la grande culture technologique de la Wallonie – qui date évidemment de notre industrie ", nous glisse Jacques Pèlerin, ancien directeur général Wallonie d’ArcelorMittal, ingénieur civil physicien de l’ULG. Pour lui, c’est exactement le genre de projet que la Région Wallonne doit mettre en route : "casser les barrières entre les technologies et les secteurs, dans un objectif de contribuer au développement économique d’une région. "

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