Relance économique : "un certain nombre de tabous sont tombés", affirme Marie-Hélène Ska (CSC)

Au lendemain d’une journée d’action syndicale, et à quelques heures ou jours, on l’espère, d’un accord de gouvernement, les questions sociales sont plus que jamais au premier plan : salaire minimum, pension revalorisée, etc. De quoi donner aux syndicats un certain optimisme : "Je pense qu’il y a une prise de conscience qu’il faut protéger la population", estimait ce mardi matin Marie-Hélène Ska, secrétaire générale de la CSC, évoquant notamment la question des soins de santé en pleine pandémie du covid-19.

La question des soins de santé fait justement partie des sujets évoqués dans les négociations, avec cet objectif : réduire de 25% au minimum les inégalités en matière d’espérance de vie. "C’est un vrai pas positif, note la syndicaliste. Il y a une prise en compte de la réalité, nous ne sommes pas égaux dans l’accès aux soins." Même si cela aura un prix. "C’est une question de moyens, mais c’est aussi une conception des soins de santé, affirme Marie-Hélène Ska. Il faudra réorganiser soigneusement les soins de santé, pour faire en sorte que le personnel retrouve le goût."

Selon elle, le système a surtout souffert parce qu’on ne lui a pas donné de direction, et qu’on a fait faire des cadences infernales au personnel : "on a augmenté de quinze fois la productivité des soignants, au détriment du sens des soins." Selon la syndicaliste, on travaille "à la chaîne" à l’hôpital, il faut donc donner de l’oxygène en réintroduisant du personnel pour qu’il puisse disposer du temps nécessaire à chaque patient.

 


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Sur les autres fronts, les syndicats bataillent toujours pour le salaire minimum : 14 euros de l’heure pour ceux qu’on surnomme "les héros du corona". Un terme que rejette Marie-Hélène Ska : "ce ne sont pas des héros, ce sont des professionnels, il faut mettre le mot juste, rétorque-t-elle. Ils ont fait leur travail, ils n’ont pas abandonné leur poste."

Mais quand bien même, peut-on réellement leur promettre une revalorisation à 14 euros de l’heure, en pleine crise économique ? "Ils ne peuvent pas être les oubliés de cette crise, mais il faut être imaginatif, admet la secrétaire générale de la CSC. Il faudra travailler sérieusement sur la question du salaire, et sortir du tabou que ça ne peut rien coûter aux travailleurs." Autrement dit, admettre qu’on accepte de les rémunérer autrement, et sortir de la "notion étriquée de compétitivité".

La loi qui fixe les salaires en fonction de nos pays voisins, afin d’éviter une concurrence, doit être réévaluée, selon la CSC, car elle "frôle l’absurdité". Du côté des politiques, pas question de revenir dessus toutefois. Alors, prévient Marie-Hélène Ska, "nous aurons de sérieuses difficultés en fin d’année pour négocier les salaires".


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Concernant la pension à 1500 euros, également sur la table des négociations fédérales, la syndicaliste note qu’il ne faut pas en faire un "fétiche" ou un "totem" : cette revalorisation ne concernera que les personnes qui ont eu une carrière complète, soit environ 25% de la population. "La carrière est parfois bien plus morcelée", rappelle-t-elle. Selon elle, il faudrait réfléchir à un aménagement de la carrière, avec plus de possibilités de sortie anticipée notamment, et la prise en compte de la pénibilité du travail. "Il faut travailler sur la revalorisation de l’ensemble des pensions", conclut-elle.

Toutes ces mesures nécessiteront de trouver de l’argent, ce qui n’est pas chose aisée en ces temps troublés. Comment taxer sans tuer la relance, alors que le déficit budgétaire est dans l’impasse ? "Il faut prendre acte qu’un certain nombre de tabous sont tombés", note Marie-Hélène Ska. Parmi eux, la fameuse règle des 3% de déficit public à ne pas dépasser pour les pays de l’UE. Selon la syndicaliste, des emprunts restent possibles.

La secrétaire générale de la CSC pointe dans le même temps le paradoxe d’une économie où plusieurs entreprises ont fait florès malgré la crise. "Nous avons remarqué qu’entre mars et juillet, les entreprises ont tourné à plein, ont versé des dividendes", dénonce-t-elle. D’autant que dans le même temps, elles "ne traitent pas les travailleurs comme elles le devraient". Pour Marie-Hélène Ska, la question de la participation du privé dans l’effort de relance est donc cruciale. "Il faudra des recettes nouvelles, globaliser les revenus, et donc faire contribuer ceux qui ne l’ont pas fait", conclut-elle.

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