Réactions au budget fédéral: du "manque d'ambition" à un accord "intelligent"

Opposition, syndicats et associations patronales se sont exprimés sur l'accord budgétaire fédéral.
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Opposition, syndicats et associations patronales se sont exprimés sur l'accord budgétaire fédéral. - © Belga - Fotor

Le budget fédéral a finalement été bouclé dans la nuit de vendredi à samedi, au prix d'une longue semaine de négociations parfois tendues. Pour arriver à un accord, les discussions sur certaines mesures comme l'impôt des sociétés ou la taxe sur les plus-values ont du être reportées.

Si la majorité gouvernementale est globalement satisfaite de cet accord, opposition, syndicats et associations patronales sont plus critiques.

PS: "Un budget totalement déséquilibré"

Le Parti socialiste n'approuve pas ce nouveau budget, son président constatant dans un communiqué que "le gouvernement Michel accouche d'un budget qui fait porter les 2/3 de l'effort budgétaire sur la sécurité sociale et la fonction publique, et qui ne prévoit aucune taxation des plus-values!" Et de viser le parti de Bart De Wever: "C'est un budget qui porte la marque de la N-VA: non seulement il fait payer les plus faibles, mais en plus il détricote encore davantage la sécurité sociale, qui garantit la solidarité entre tous les Belges."

Le PS dénonce (notamment) l'augmentation des cotisation patronales sur les prépensions, du "werkbaar werk" (le travail faisable), la rémunération des heures supplémentaires qui tombent à l'eau au-delà de 45 heures par semaine, la diminution du salaire minimum des jeunes de moins de 21 ans, ou encore la réforme de la loi de 1996 sur la compétitivité.

"Il supprime ainsi toute possibilité d'augmenter les salaires des travailleurs dans les années à venir et empêche toute négociation patrons-syndicats pour un accord interprofessionnel!"

Le cdH dénonce les coupes dans les soins de santé

Le groupe cdH à la Chambre qualifie cet accord de "minimaliste, pressé in extremis par les délais européens, et sans ambition"."Les réformes structurelles porteuses d'emploi sont mises au frigo: rien sur l'impôt des sociétés, rien sur la mobilisation de l'épargne, rien sur le plan d'investissements publics de relance", déplore le groupe cdH.

"Depuis deux ans, ce gouvernement fait payer aux citoyens, aux familles et à la classe moyenne les décisions qu'il a lui-même prises. Il ne cesse de les sacrifier et sans le moindre résultat sur les plans sociétal, économique ni même budgétaire", poursuit le communiqué.

Le groupe cdH dénonce tout particulièrement les coupes dans les soins de santé, signe d'un "manque total de considération" pour les patients et les familles. De plus, ce gouvernement fait fi des partenaires sociaux et prend seul des décisions lourdes de conséquences. Catherine Fonck, cheffe du groupe à la Chambre, déplore encore la mesure visant à responsabiliser l'employeur sur l'écartement des salariées enceintes.

"En faisant porter à l'employeur 10% de l'indemnité de mutuelle, ce gouvernement pénalise les femmes jeunes qui auront encore plus de mal à se faire engager. Et par ailleurs, cela pénalise également de nouveau plus fortement les PME." "Derrière le théâtre des embrassades et rabibochages forcés entre partenaires du gouvernement, cet exercice minimaliste qui impacte les citoyens et les malades, sans vision pour l'avenir du pays démontre la fragilité du gouvernement: ce qui les divise est plus fort que ce qui les unit", conclut-elle.

PTB : "le gouvernement ne devra pas s'étonner d'une reprise de la résistance sociale"

"Si le gouvernement a décidé de faire sauter dans les faits la concertation sociale sur les salaires, le marché du travail, les pensions, l'e-commerce, il ne devra pas s'étonner d'une reprise de la résistance sociale", met en garde samedi le porte-parole du PTB Raoul Hedebouw. "Ce gouvernement n'est et ne sera jamais le gouvernement de la justice fiscale, mais bien de l'injustice sociale", juge-t-il.

"Quand il s'agit de faire contribuer les plus riches, on reporte à plus tard. Quand il s'agit de faire payer les travailleurs, on applique la décision immédiatement", dénonce le parti du travail de Belgique. Il n'y a même plus aucune trace dans le budget d'une taxe sur les plus-values sur actions, ce qui constituait prétendument un point de rupture pour le CD&V, observe le PTB, qui réclame de son côté une taxe des millionnaires.

Le parti d'extrême gauche regrette par ailleurs que les personnes malades devront à l'avenir payer davantage. Alors que la ministre de la Santé publique Maggie De Block a évoqué "des économies au scalpel fin" en ce qui concerne la sécurité sociale, le PTB parle lui plutôt d'économies à la hache en raison du montant qui atteint 900 millions d'euros.

Le PTB critique également le fait que le temps de travail par semaine pourra être allongé jusqu'à 45 heures. "Ce n'est pas une modernisation du 21e siècle mais une dérégulation du marché du travail qui nous ramène vers le 19e siècle. Et la nouvelle loi sur le travail sera présentée un dimanche à la Chambre, et c'est là bien plus qu'un symbole", commente encore le porte-parole du PTB.

DéFI: "la réforme fiscale en faveur des bas et moyens revenus encore oubliée"

"Le gouvernement De Wever/Michel est toujours incapable de mener une véritable réforme fiscale en faveur des bas et moyens revenus", déplore samedi Olivier Maingain, le président de DéFI, en réaction à la conclusion du budget fédéral. Selon lui, la Belgique et l'immense majorité des citoyens belges s'appauvrissent.

De nouveaux prélèvements sur le pouvoir d'achat sont imposés aux personnes à faibles ou moyens revenus, notamment en augmentant une nouvelle fois leurs contributions au financement des soins de santé, constate le parti siégeant dans l'opposition.

La réforme de l'avantage fiscal en faveur des voitures de société est une "illusion" car elle ne vise pas à en réduire drastiquement les effets néfastes sur la mobilité, poursuit DéFI, ajoutant que les travailleurs qui ne bénéficient pas d'une telle possibilité ne gagnent, eux, rien en revenus nets complémentaires.

Olivier Maingain évoque un gouvernement "passéiste qui n'est même plus capable d'assumer des vrais choix économiques malgré sa prétendue cohérence idéologique". Le parti amarante se montre dès lors préoccupé, pointant du doigt une croissance économique belge inférieure à la moyenne constatée des autres pays de l'Union européenne et une création d'emplois deux fois plus faible en Belgique que dans la majorité des autres Etats européens.

FEB: un accord "intelligent"

La Fédération des entreprises belges (FEB) est "satisfaite que l'impasse politique appartienne au passé et que des accords intelligents aient été conclus sur le budget, la norme salariale et le travail faisable", indique-t-elle samedi.

"Je suis heureux que l'impasse politique soit terminée et que le gouvernement prenne un nouveau départ de manière intelligente. L'établissement d'un cadre clair pour les négociations salariales à la fin de l'année est aussi un point positif. Il appartient maintenant aux partenaires sociaux de prendre leurs responsabilités au sein du Groupe des Dix et d'harmoniser la détermination du salaire et la réduction du handicap salarial. Nous devons également bien calculer l'impact exact de la réforme de l'impôt sur les sociétés, qui mise sur la simplification et un renforcement de la relation entre les PME et les grandes entreprises", déclare Pieter Timmermans, administrateur délégué de la FEB.

Le patronat souligne encore l'importance d'un cadre légal pour le travail de nuit dans l'e-commerce. "Cela représente une triple victoire: davantage d'entrepreneurs, plus d'emplois et un pouvoir d'achat qui n'est pas exporté à l'étranger." La FEB reste également partisane d'une réduction budgétairement neutre de l'impôt sur les sociétés.

UCM: Des points positifs mais aussi des lourdeurs pour les PME

L'UCM salue, dans un communiqué samedi, le fait que le gouvernement renonce à l'idée d'augmenter la TVA sur certains biens ou services dans son accord budgétaire, "préservant ainsi le pouvoir d'achat des Belges"

L'UCM s'étonne par contre quant à la mesure de responsabilisation de l'employeur visant l'écartement des salariées enceintes, selon laquelle l'employeur devra prendre en charge 10% de l'indemnité de mutuelle octroyée à celles-ci. "Une telle sanction portera de facto préjudice à l'engagement de femmes dans les petites entreprises, où il est souvent difficile de trouver une autre fonction que celle pour laquelle la personne a été initialement engagée."

Si les mesures touchant les PME apparaissent pour certaines comme positives (accroissement de la flexibilité, groupement d'employeurs), d'autres risquent de générer "une certaine lourdeur pour le compte carrière". Concernant le budget toujours, l'UCM regrette certaines mesures qui pourraient annihiler certains effets du tax-shift, alors que le nombre de primo-employeurs a augmenté de 24% au premier semestre 2016 par rapport à celui de 2015.

L'UCM déplore encore que la réforme de l'impôt des sociétés soit reportée. "Il est en effet essentiel pour les TPE et PME, principales créatrices d'emplois durables, d'évoluer dans un cadre fiscal simplifié dans lequel le taux nominal est revu à la baisse (avec l'instauration d'un taux réduit pour les PME)." "Si la majorité des mesures prises dans le cadre de la réforme du marché du travail vont dans le bon sens, l'UCM sera toutefois attentive à ce que la spécificité TPE/PME soit respectée lors de la mise en œuvre de celles-ci", poursuit le communiqué.

Voka: de bonnes réformes mais la fiscalité reste "problématique"

Les patrons flamands se montrent satisfaits samedi que le déficit budgétaire soit réduit principalement via des économies et que d'importantes avancées aient été enregistrées en ce qui concerne la norme salariale et la flexibilité du marché du travail. Le Voka se montre en revanche plus critique avec le volet fiscal de l'accord sur le budget fédéral. "Les entrepreneurs doivent à nouveau payer davantage et l'impôt sur les plus-values demeure au-dessus de leur tête comme une épée de Damoclès."

"Il est positif que le gouvernement regarde surtout du côté des dépenses", estime Hans Maertens, administrateur délégué du Voka. "Notre gouvernement peut présenter un budget qui est conforme aux recommandations européennes. Notre déficit est en outre encore réduit", se félicite-t-il.

Le Voka se retrouve également dans les mesures décidées relatives au travail maniable et faisable. Elles "donnent aux entrepreneurs un coup de pouce longuement attendu pour pouvoir organiser le travail de manière flexible".

Les débats sur la réforme de l'impôt des sociétés doivent en revanche encore se poursuivre. "Ce report ne peut pas devenir un abandon" de la réforme, prévient Hans Maertens. Une taxation sur les plus-values demeure quant à elle absolument non négociable pour le Voka. Elle "dissuaderait nos investisseurs et porterait de sérieux dommages à notre économie", prédit-il.

FGTB: des mesures d'austérité sur le dos des citoyens

Le budget approuvé par le gouvernement fédéral se résume une fois de plus à des mesures d'austérité sur le dos des citoyens, dénonce samedi le syndicat socialiste, après avoir pris connaissance des grandes lignes de l'accord conclu vendredi soir. La participation au budget du capital reste "tristement faible" et la légère amorce en vue d'un impôt sur les plus-values -à savoir la taxe sur la spéculation- a tout simplement disparu, pointe-t-il. La FGTB dit par ailleurs constater que la concertation sociale, mais aussi les syndicats, sont mis hors-jeu par cet accord.

"On va chercher l'argent dans le secteur des pensions, chez les malades et les chômeurs. Les détenteurs de capitaux et les grandes entreprises sont encore et toujours épargnés", regrette la FGTB. Le gouvernement va chercher plus de la moitié des efforts budgétaires dans la sécurité sociale alors que les ministres compétents avaient annoncé qu'opter pour une telle voie ne serait pas socialement raisonnable, épingle la FGTB. Il y a de nouvelles coupes dans l'enveloppe pour la liaison au bien-être alors que la pauvreté augmente en Belgique et que le gouvernement avait promis de s'atteler au problème en relevant les minima, relève également le syndicat. Et au lieu de créer de l'emploi, on sanctionne les chômeurs, ajoute-t-il.

Les travailleurs devront travailler plus longtemps et de façon plus flexible et ce, pour moins de salaire, indique encore le syndicat socialiste, alors que le dossier 'travail faisable' a été approuvé. "Les travailleurs devront travailler de façon plus flexible sur une année complète et accepter plus d'heures supplémentaires, qui donneront droit à moins de sursalaire et de repos compensatoire. Il y aura encore plus de modération salariale qu'actuellement et les salaires seront quasiment gelés les prochaines années", analyse le syndicat.

La FGTB déplore par ailleurs que le gouvernement compte "sabrer à nouveau" dans les services publics alors que "le personnel de la fonction publique est déjà sur la corde raide et que les services sont compromis". Le syndicat socialiste dit constater que bon nombre de décisions du gouvernement répondent à des revendications patronales, comme le travail de nuit pour l'e-commerce dans tous les secteurs, l'abaissement du salaire minimum pour les jeunes, la flexibilité du travail, la réduction des efforts de formation pour les entreprises, un nouveau cadre pour la formation des salaires ou la diminution du sursalaire ou du repos compensatoire pour les heures supplémentaires.

 

CGSLB: "Là c'est un ouragan qui s'abat sur nous"

La CGSLB ne fait pas dans la dentelle, et dénonce dans un communiqué un gouvernement qui "penche à nouveau en faveur des grandes fortunes et des employeurs."

Mario Coppens, Président national de la CGSLB dénonce une certaine précipitation concernant la réforme de l'impôt sur les sociétés : "Je voyais bien les nuages noirs s'amonceler à l'horizon, mais là c'est un ouragan qui s'abat sur nous. Ce que je trouve frappant, c'est que la taxation des plus-values nécessite encore une analyse poussée tandis que la réduction de l'impôt sur les sociétés serait exécutée d'un coup de cuillère à pot. Tout cela est tellement révélateur de la manière discriminatoire dont le gouvernement traite deux composantes de la société."

Le syndicat libéral ajoute que "les mesures budgétaires augmentent sensiblement la pression sur le citoyen en imposant de sévères économies dans les soins de santé. Dans le domaine de l'assurance chômage, le gouvernement s'attaque encore une fois aux groupes de demandeurs d'emploi qui ont déjà maintenant le plus dur à retrouver du travail. La CGSLB est aussi particulièrement déçue parce que le gouvernement rate une nouvelle occasion de transférer une partie de la large sur les épaules les plus solides."

BeCommerce : "une avancée majeure"

L'initiative prise par le gouvernement fédéral, dans le cadre de son budget, sur le travail de nuit autorisant les entreprises actives dans l'e-commerce d'introduire bientôt le travail de nuit (de 20h à 06h) sans conditions, constitue une avancée majeure pour ce secteur en Belgique, estime samedi BeCommerce, l'association belge des commerçants en ligne. Elle va en effet permettre la création de 5000 nouveaux emplois dans l'e-commerce dans les trois prochaines années et renforcera la concurrence des entreprises belges du secteur par rapport à leurs rivales étrangères, notamment en stimulant les ventes à l'étranger, prédit BeCommerce. En 2015, le chiffre d'affaires annuel global du commerce en ligne belge s'élevait à 8,2 milliards d'euros, rappelle l'association.

 

Comeos: "le gouvernement a tiré les leçons de la hausse malheureuse des accises l'année dernière"

Comeos, la Fédération belge du commerce et des services, se dit satisfaite samedi de l'accord sur le budget conclu vendredi soir par le gouvernement Michel. Il se réjouit que la piste de l'augmentation de la TVA n'a pas été retenue et des mesures prises en matière d'organisation du travail. Le consommateur a été épargné lors de ce conclave budgétaire, relève Comeos. "Le gouvernement a tiré les leçons de la hausse malheureuse des accises l'année dernière, laquelle a entraîné une énorme augmentation des achats des Belges à l'étranger. Nous sommes heureux que le gouvernement n'ait pas commis cette erreur une deuxième fois", juge Dominique Michel, CEO de Comeos.

Touring: "la taxation sur les cartes essence n'est pas raisonnable"

"Il s'agit ni plus ni moins d'un impôt supplémentaire pour les entreprises. Cela alors que ce gouvernement entend justement réduire les impôts sur les entreprises. Le secteur de l'automobile doit à nouveau sauver les meubles", déplore Touring. "De telles décisions peuvent également avoir un effet inverse pour les autorités. L'augmentation des accises sur le diesel déjà décidée a eu pour conséquence une moindre utilisation de ce carburant et donc moins de revenus pour le gouvernement", souligne Touring, pour qui il vaut mieux bien étudier les conséquences à long terme de telles décisions avant de les entériner. L'organisation de mobilité se montre par contre moins critique avec la décision de principe sur la mise en place d'un budget mobilité. "Mais le gouvernement devra veiller à ce que les entreprises mettent à disposition des travailleurs ce budget aux mêmes conditions fiscales que celles des voitures de société".

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