Rapport de l'OCDE: la Belgique reçoit un bon bulletin, mais...

"Il faut toutefois se garder de tout triomphalisme", avait-il indiqué plus tôt dans un communiqué. Car, certes, la Belgique est "l’un des rares pays de la zone euro où le PIB a dépassé ses niveaux d’avant-crise".

Certes, "en dépit de la crise, le bien-être y reste élevé et les inégalités de revenu relativement peu marquées". Mais, "aussi louables soient ces résultats (…), des problèmes importants persistent en termes de croissance et d’équité".

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La Belgique a relativement bien résisté à la crise. © Tous droits réservés

Bien que solides, les fondations économiques de l'État belge doivent en effet être améliorées, juge l'organisation international d'études économiques.

Le premier défi est bien connu : la dette publique qui ne cesse de grimper. Elle devrait avoisiner les 100% du PIB, si aucun progrès supplémentaire n'est réalisé en matière d'assainissement des finances publiques, avertit l'OCDE.

"Les dépenses publiques sont de grande ampleur, traduisant des niveaux élevés de consommation publique et de transferts sociaux, notamment en termes de pensions, indique le rapport. Du côté des recettes, la fiscalité dépend dans une large mesure des cotisations sociales et des impôts sur le revenu des personnes physiques, alors que des bases d'imposition plus favorables à l'emploi, comme les taxes à la consommation et les taxes liées à l'environnement, pourraient être davantage sollicitées."

Même rengaine, quoique...

L'étude a toutefois été menée avant que le nouveau gouvernement n'entame l'application de son programme. Mais le refrain est sensiblement le même d'année en année, avec des dossiers tels que les salaires, la fiscalité sur le travail, la TVA, les voitures de société ou encore le logement.

  • Fiscalité : c'est le dada de l'OCDE; le rapport affirme qu'elle pèse trop lourdement sur le travail. À l'heure où le gouvernement se penche sur un éventuel "tax shift" (ou virage fiscal), cela tombe à pic pour l'équipe de Charles Michel. Les charges salariales sont les plus élevées parmi les pays de l'OCDE qui préconise d'assurer "la viabilité budgétaire tout en encourageant l'emploi et la compétitivité".
  • Salaires : l'indexation est dans le collimateur de l'OCDE qui souhaite que la Belgique réforme ce système "pour mieux tenir compte de l'évolution de la productivité intérieure". Le rapport conclut qu'une "augmentation rapide des salaires a affaibli la compétitivité". Le saut d'index annoncé par le gouvernement Michel est donc vu d'un bon œil, mais n'apparaît que comme une solution bien trop temporaire et dès lors insuffisante aux yeux de l'organisation.
  • TVA : l'OCDE s'attaque aux taux réduits de la TVA. Elle préconise ainsi d'abandonner celui qui est appliqué sur l'électricité (abaissé à 6% depuis le 1er avril 2014). Les taux réduits sur les biens alimentaires et dans l'horeca sont également visés, car il bénéficierait davantage aux plus fortunés en termes absolus. Autrement dit, les plus nantis en profitent plus et les autorités belges devraient donc, selon l'OCDE, supprimer les taux réduits, à commencer par ceux qui concernent les biens et services.
  • Logement : l'objectif est ici de "préserver l'efficacité et l'équité sur le marché du travail". Le rapport de l'OCDE pointe en effet les déductions fiscales accordées sur les intérêts des remboursements des crédits hypothécaires et recommande de tout bonnement les supprimer progressivement. Pour cela, la Belgique doit, peut-on lire, profiter des taux bas actuels. L'OCDE pointe par ailleurs une "mobilité résidentielle (...) médiocre" due aux "coûts de transaction élevés associés aux ventes de logements". Cela pourrait "nuire à la flexibilité du marché du travail, aggraver la congestion routière et augmenter les émissions de gaz à effets de serre dues aux déplacements domicile-travail".
  • Voitures de société : réformé il y a deux ans, le système d'imposition sur les voitures de société n'a eu, estime l'OCDE, aucun effet sur les recettes de l'État. Le rapport recommande la réduction des déplacements en voiture particulière et demande dès lors de réduire les subventions au transport. "Le traitement fiscal généreux des véhicules de société, qui constituent une prestation complémentaire pour les salariés", contribue à la congestion et à la pollution de l'air. Néanmoins, on imagine mal tout changement de politique en la matière, la N-VA excluant tout débat sur cette question.
  • Taxes : parmi les principales recommandations, on retrouve dès lors de nombreuses propositions de taxes. Outre une augmentation des taxes à la consommation, l'OCDE préconise de revoir à la hausse les taxes liées à l'environnement. Enfin, le rapport souligne la nécessité d'envisager une augmentation de l'impôt sur les revenus du capital, un point lui aussi central du débat sur le fameux "virage fiscal". L'OCDE préconise ainsi notamment une plus forte taxation des plus-values, relativement délaissées en Belgique.
  • Immigration : seul point quelque peu surprenant, l'OCDE attire l'attention sur la mauvaise intégration des immigrés sur le marché du travail. Ceux-ci "représentent déjà près d'un cinquième de la population en âge de travailler, mais leurs taux d'emploi et leurs salaires, en particulier pour ceux nés en dehors de l'Union européenne, restent très faibles. Ils sont surreprésentés dans les emplois peu qualifiés, sous-représentés dans les emplois administratifs et souffrent globalement d'une situation défavorable sur le marché du travail. Leurs enfants connaissent souvent les mêmes problèmes et tendent à fréquenter en majorité des établissements scolaires défavorisés."

Diagnostic partagé

Lors de la conférence de presse de ce mercredi matin, Charles Michel et Angel Gurria ont eu l'occasion de valider ce rapport de l'OCDE. "Les diagnostics posés par l'Organisation de Coopération et de Développement économiques (OCDE) dans son rapport sur la Belgique sont en accord total avec ceux du gouvernement", a commenté mercredi le Premier ministre qui pointe ce rapport comme un "encouragement à poursuivre les efforts sur le terrain de la fiscalité et du coût du travail". Une occasion de montrer que son gouvernement est dans la bonne voie avec les réformes prévues.

Les points faibles pointés par l'OCDE sont également acceptés par le chef de l'exécutif : un taux de chômage trop élevé, notamment des jeunes, des difficultés avec la dette qui dépasse 100% du produit intérieur brut, la nécessité de mesures pour garantir le financement des pensions ou encore pour alléger la fiscalité sur le travail.

"En Belgique, les personnes qui travaillent et créent du travail sont trop taxées par rapport à d'autres sources de revenus potentielles. Nous devons renforcer le glissement de fiscalité de 2,8 milliards d'euros qui a démarré dès le budget de 2015, c'est la condition pour garantir nos protections sociales et les améliorer progressivement. Pour permettre d'alléger la fiscalité sur le travail, nous devons envisager d'autres sources telles que la fiscalité indirecte, environnementale, ainsi que la question des revenus du capital", a encore souligné Charles Michel.

T. Mignon (@thomasmignon)

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