(R)évolution de l'aéronautique: fini le carbone ? Airbus annonce trois projets d'avion à hydrogène "zéro émission"

Après la voiture, le train, l'avion va-t-il à son tour passer à l'hydrogène? C'est en tout cas l'annonce faite par le président exécutif d'Airbus, Guillaume Faury, dans un entretien accordé à nos confrères du journal Le Parisien.

Cette fois c'est officiel, l'un des axes stratégiques prioritaires de l'avionneur Airbus est la mise au point d'un avion à hydrogène "zéro émission", nom de code #ZEROe. Bien plus qu'une évolution, une révolution.

Cette annonce est d'ailleurs d'autant plus importante qu'elle intervient en plein débat à propos du rôle de l'aéronautique sur le dérèglement climatique en cours.

Ce n'est sans doute pas un hasard si la primeur de l'annonce a été accordée à un quotidien "grand public", afin sans doute de convaincre l'opinion publique française des efforts effectués par Airbus pour la sauvegarde de l'environnement. L'annonce officielle de ce grand projet sera d'ailleurs retransmise en direct sur Youtube, Twitter et autres réseaux sociaux dès 14h.

Revivez la présentation du projet ZEROe

Trois projets, des hélices et une aile volante

Quand pourrons-nous voyager sans rien émettre d'autre que de la vapeur d'eau? L'objectif serait 2035. Afin d'aboutir à un appareil fonctionnel pour cette date, trois concepts ont été élaborés explique Guillaume Faury.

"Le premier est un avion de configuration classique pouvant aller jusqu'à 200 places avec un rayon d'action permettant de faire plus de 3500 kilomètres". Le réservoir, cylindrique d'hydrogène liquide serait logé à l'intérieur du fuselage dans la partie arrière de l'appareil.

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L’avion commercial classique tel qu’imaginé par Airbus dans sa configuration Zero émission. © AIRBUS

Ce passage à l'hydrogène devrait également permettre de donner un nouveau souffle aux moteurs à hélice. Une aile volante propulsée avec ce type d'énergie pourrait elle aussi voir le jour.  

"Le second sera un avion à hélice, pouvant embarquer environ 100 passagers, pour des trajets plus courts tandis que le troisième est plus disruptit puisqu'il s'agit d'une aile volante d'environ 200 places qui permet d'étudier une configuration complètement différente pour le stockage de l'hydrogène et la propulsion".

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© AIRBUS

De l'hydrogène vert en grande quantité

Au delà de l'effet d'annonce, si ce virage ressemble à un changement total de paradigme du point de vue de l'utilisateur et des émissions, il l'est beaucoup moins du point de vue technologique. le patron de l'avionneur européen souligne d'ailleurs que "développer un avion décarboné ne nécessite pas de rupture technologique majeure".

En effet, cette technologie de propulsion à hydrogène est déjà utilisée pour les satellites et la fusée Ariane, mais pour l'aviation civile se serait effectivement une première. 

Car au-delà des développements techniques, c'est principalement le cadre réglementaire qui doit évoluer pour autoriser l'utilisation de l'hydrogène dans les avions commerciaux, rappelle Guillaume Faury. "Il faudra également que les infrastructures dans les aéroports soient prêtes et que l'hydrogène vert soit disponible en grande quantité", plaide-t-il.

Quid de la sécurité

L'une des questions qui revient sans cesse lorsque l'on parle d'hydrogène est celle de la sécurité tant ce gaz à l'état natif peut s'avérer inflammable. L'accident du Zeppelin Hindenburg en 1937 avait d'ailleurs sonné le glas de ce "nouveau" moyen de transport après l'incendie qui enflamma ce mastodonte de 245 mètres de long, rempli de 200.000 m3 d'hydrogène causant la mort de 35 personnes.

Selon Jean-Brice Dumont, directeur de l'ingénierie chez Airbus, il n'y a aucune crainte à avoir. "Correctement utilisé, l'hydrogène n'est pas plus dangereux que le kérosène actuellement utilisé dans l'aéronautique", a-t-il souligné lors de la conférence de presse organisée pour le lancement de ce projet #ZEROe. 

2035, vraiment ? 

Reste la question du timing. Selon Airbus, le choix et la maturation des technologies devraient prendre cinq ans. Deux années seraient nécessaires afin d'adapter le parc des fournisseurs et les sites industriels. "Donc, la mise en programme est prévue aux environs de 2028. Notre ambition est d'être le premier constructeur à mettre en service un tel appareil en 2035".

Coïncidence

Un calendrier qui correspond à l'objectif d'un "avion neutre en carbone", fixé début juin par le gouvernement français. Et un projet ambitieux qui répond au souhait de l'Etat, ficelé en un temps record au vu des enjeux. Trop vite pour certains qui y voient bien plus qu'une simple coïncidence, soulignant au passage que l'Etat français a prévu d'y consacrer 1,5 milliard d'euros d'ici à 2022 dans le cadre de son plan de soutien au secteur aéronautique mis à mal par la crise due au coronavirus.

Les dirigeants présents lors de la présentation officielle ont d'ailleurs souligné qu'il s'agissait d'un projet et de concepts, destinés à s'insérer dans un marché à venir. 

 

 

Journal télévisé 17/09/2018

En 2018, le géant Alstom lançait, lui, le premier train à hydrogène.

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