"C'est comme supprimer les limitations de vitesse": la fin des quotas laitiers inquiète

"C'est comme supprimer les limitations de vitesse": la fin des quotas laitiers inquiète
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"C'est comme supprimer les limitations de vitesse": la fin des quotas laitiers inquiète - © Tous droits réservés

Un feu de bois brûlait à 7h00 du matin mardi devant le Parlement européen à Bruxelles. C'était un prélude à l'action de l'European Milk Board (EMB) et du Milk producer Interest Group (MIG) au dernier jour du régime des quotas laitiers en place depuis plus de 30 ans. Ils étaient quelque 150 agriculteurs à s'être déplacés pour dire leur colère.

Les producteurs de lait étaient entre 150 et 200 à venir montrer leur colère devant le Parlement européen ce mardi matin.

Entre 15 et 20 tracteurs sont arrivés vers 10h30 sur la place du Luxembourg; une action qui s'est préparée dans le calme. "Aujourd'hui c'est le dernier jour de la régulation laitière et à partir de demain ce sont les multinationales qui vont reprendre le pouvoir sur la production laitière européenne", explique Erwin Schopges, porte-parole de l'EMB. "On ne veut pas de cette agriculture. On veut une agriculture pour le citoyen et non industrielle."

28 drapeaux européens en berne sont surplombés par les sigles des multinationales (Nestlé, Müller, Danone, Arla et Campina): l'image se veut forte pour dénoncer les danger du marché, selon eux. "On a l’impression qu’on est les esclaves des multinationales, explique un participant. Pendant toutes ces années, on nous a incités à produire du lait de qualité, et maintenant, on nous dit qu'’il faut se mettre au niveau des autres, comme les Américains etc".

Les manifestants dénoncent la non-préparation par la Commission de cette fin des quotas, et l'absence d'outils mis en œuvre pour les aider lors de cette grande transformation qu'ils doivent subir.

Pour la seconde action, un plongeoir a été installé au-dessus d'un filet de sécurité de fortune sur le mot crise, écrit avec des clous. "Le filet de sécurité représente le prix d'intervention fixé par l'Union européenne à seulement 21 cents", explique Erwin Schöpges, porte-parole de l'EMB. "Selon la dernière étude indépendante, le prix de production par litre de lait est à 46 cents. Le prix du lait est aujourd'hui tombé entre 25 et 27 cents".

"Nous travaillons initialement à perte, ajoute un agriculteur en colère. C’est comme supprimer les limitations de vitesse. On ne s’inquiète pas de notre désarroi".

Soutien de certains députés européens

L'EMB revendique l'application d'un programme de responsabilisation face au marché qui serait activé en cas de crise. Il permettrait d'octroyer une prime aux producteurs qui brideraient leur production et de prélever ceux qui l'augmenteraient.

Les députés européens et organisations solidaires comme la Coordination européenne via Campesina (ECVC) sont invités à témoigner leur soutien dans l'après-midi. "Ce qui s'annonce avec la fin des quotas est une catastrophe pour les paysans", alerte le député européen José Bové (Vert/ALE). "Depuis 2003, la volonté de démanteler tous les outils de maîtrise a entraîné la disparition de milliers de paysans. La venue de 'fermes-usines' est aussi une catastrophe pour l'environnement et pour la sécurité alimentaire des consommateurs. L'avenir de leur alimentation passe par le maintien des paysans", estime l'eurodéputé.

L'enquête indépendante sur les coûts de production laitière en Belgique présentée par le MIG et l'EMB au début du mois établit que pour couvrir les coûts de production laitière avec un niveau de revenu équitable, le prix payé aux producteurs doit être de 46 centimes par kilogramme de lait.

Une situation critique pour les producteurs belges

En décembre 2014, les producteurs laitiers belges n'ont reçu, en moyenne, que 31,15 centimes par kg de lait. Ils préviennent qu'une baisse du prix du lait serait fatale à bon nombre d'entre eux. Sans instrument permettant de prévenir les crises du marché laitier, ils craignent de sombrer dans les vagues de lait excédentaire pendant que les multinationales agroalimentaires prendront les commandes.

La Commission européenne s'était engagée mercredi passé à "rester vigilante" face à de possibles "menaces" sur la filière laitière après l'abolition des quotas laitiers au 1er avril, mais avait réaffirmé sa volonté de laisser désormais le marché réguler ce secteur.

Le commissaire à l'Agriculture, l'Irlandais Phil Hogan a reconnu que la fin de ce système en vigueur pendant 30 ans constituait un "défi" pour les éleveurs, qui vont être confrontés à encore davantage de volatilité des prix et à une concentration croissante du secteur. Mais "l'industrie doit trouver sa voie pour s'adapter" à ce nouvel environnement, qui constitue "également une chance pour l'Union", au vu des possibilités à l'export et de la croissance du marché anticipée ces prochaines années, tirée par la demande des pays asiatiques et émergents, a-t-il souligné dans une conférence de presse. Mais la Commission ne reviendra pas sur cette décision, avait-il ajouté.

RTBF avec Belga

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