Qui est François Fornieri, le nouvel homme fort du Standard de Liège ?

Mais qui est donc ce capitaine d’industrie ? François Fornieri a le côté clinquant des immigrés italiens qui ont pris leur revanche sur leurs origines modestes. Petit-fils de mineur, fils de contremaître de Cockerill, il a grandi dans la banlieue ouvrière, dans une famille de cinq enfants. Il roule à présent en Ferrari, et il assume : il a fait fortune dans les biotechnologies, et son entreprise Mithra Pharmaceuticals, tourne autour d’une valeur boursière d’un milliard, et il en possède plus d’un tiers du capital. Le voilà maintenant dans le capital du club de sa ville, le Standard de Liège.

De brevet en brevet

Cet alerte quinquagénaire a commencé comme délégué pharmaceutique, puis, voici vingt ans, il a commercialisé les premières pilules contraceptives en génériques. De brevet en brevet, il a su récolter les fruits de la recherche universitaire liégeoise. Il a été extrêmement soutenu par les pouvoirs publics, à coups de larges subventions. Mais il a assuré, en retour, près de 300 emplois dans la région.

En 2011, il est élu Manager de l'année. Personnage de réseau, il siège dans l’un ou l’autre conseil d’administration d’organisme de relance économique. Il a acquis, en Cité ardente, un prestigieux hôtel de maître du seizième siècle, le Bocholtz, où son "cercle d’affaires" attire le gratin des décideurs wallons. Il est le mécène du festival de jazz. Il est partout, il est incontournable. Au point de se permettre de s’associer à l’homme que tout le monde adore détester… Stéphane Moreau.

L’Affaire Nethys

En septembre 2019, la volonté de François Fornieri de racheter deux filiales de Nethys – dont il était aussi administrateur, Win (services informatiques) et Elicio (énergie éolienne), et d’embaucher Stéphane Moreau comme consultant – avait fait couler beaucoup d’encre. Un mois plus tard, Ardentia Holding et Ardentia Tech (dont le patron est François Fornieri) renonçaient aux opérations en question.

Tout roule pour Mithra

En 2019, le chiffre d’affaires de Mithra a augmenté de 47% par rapport à l’année précédente, pour atteindre un montant record : 96,5 millions d’euros. C’est surtout l’accord signé avec l’australien Mayne Pharma sur la commercialisation de la pilule contraceptive Estelle, aux États-Unis, qui a boosté le chiffre d’affaires.

Sous réserve d’un feu vert des autorités réglementaires américaines, Mithra table sur une commercialisation de l’Estelle aux Etats-Unis début 2021. Le Myring, un anneau contraceptif et autre produit phare de la société pharma vient lui de faire, début juillet, l’objet d’un nouvel accord de commercialisation en France, en Pologne et au Royaume-Uni.

De quoi confirmer les propos de François Fornieri à nos confrères de l’écho, au début de l’année : "Mithra entrera en 2020 dans sa vitesse de croisière."

Délit d’initié ?

Sur le plan judiciaire, les choses semblent plus compliquées. Début 2020, Le Vif et Sudpresse révèlent que François Fornieri fait l’objet d’une instruction pour délit d’initié. Une somme de 800.000 euros aurait été transférée du compte du CEO de Mithra vers celui d’une de ses connaissances. Ce dernier aurait ensuite investi cet argent dans des actions Mithra avant une annonce officielle qui aurait fait bondir le cours de Bourse de la biotech.

En clair l’homme d’affaires est suspecté d’avoir contourné l’autorité des services et des marchés financiers pour acheter en toute discrétion, et via un tiers, des actions de sa propre société. Ce sont en tout cas les suspicions du parquet de Liège et de la FSMA, qui coopèrent dans ce dossier. A ce stade, François Fornieri, présumé innocent, clame son innocence avec la plus grande vigueur.

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