Quelle utilité pour les produits financiers dérivés?

Les produits dérivés sont souvent pointés du doigt comme étant l’outil financier responsable de la crise financière de 2008, avec des crédits hypothécaires transformés en produits financiers toxiques d’apparence obscure et spéculative. Les griefs qui sont adressés à ces produits dérivés sont nombreux, et pourtant, bannir ces produits financiers pourrait faire plus de tort que de bien.

On parle de produits financiers dont la valeur dépend d’un autre produit qui vient se greffer sur un produit. Par exemple, un individu  vends des tomates, mais le prix des tomates fait du yoyo sur les marchés, et donc la question du prix de ces tomates, qui varie fortement et qui pourrait encore varier demain, est un risque à la fois pour le vendeur et pour l’acheteur. Ils vont donc se mettre d’accord pour dire que dans six mois ils échangerons une tonne de tomates pour un montant X, fixé aujourd’hui.

Une couverture qui attire les spéculateurs

C'est donc une forme d’assurance, souvent liée à une activité bien réelle et qui couvre un risque: volatilité du prix des matières premières, évolution d’un taux de change ou des taux d’intérêt, comme par exemple dans le cadre d'un emprunt hypothécaire.

"Quand vous avez un crédit hypothécaire à taux fixe, ce qui se passe indirectement est que vous avez un crédit hypothécaire à taux flottant et que derrière il y a un risque de taux de change qui est récupéré par la banque, et cette banque va devoir gérer ce risque. Donc, soit elle le garde en interne, soit elle va elle-même exporter ce risque vers une autre banque, un peu comme un assureur peut exporter un contrat d’assurance vers un réassureur", explique Frédéric Vrins, professeur de finance à l’UCL.

Mais cette couverture du risque, par exemple sur les taux d’intérêt qui montent ou qui baissent, attire aussi les spéculateurs. Et ce sont ces produits dérivés qui ont donné lieu à des spéculations juste avant la grande crise de 2008 ?

Lors de la crise des subprimes, toute une série de banques s’est retrouvée avec des produits toxiques sur les bras, parce que ceux qui ont ficelé, emballé des crédits hypothécaires foireux en produits financiers ont utilisé l’outil à mauvais escient et n’avaient en fait aucune obligation de supporter ne serait-ce qu’une partie du risque.

Responsabiliser ceux qui créent les produits dérivés

Pour Frédéric Vrins, il y a sans doute une piste de régulation pour ces produits financiers. "Ce qu’on est occupé à faire pour l’instant, c’est de dire que quand vous sortez certains risques, vous devez garder vous-mêmes une part du risque, ce qui donne un incitant assez prononcé pour éviter de mettre un chat dans un sac et de mettre le chat le plus moche possible dans le sac. L’idée est vraiment d’essayer de responsabiliser finalement les gens qui font ces produits, et la meilleure façon de les responsabiliser est qu’ils gardent eux-mêmes une exposition sur les risques sous-jacents."

En résumé, c'est responsabiliser ceux qui créent les produits dérivés en maintenant obligatoirement chez eux une part du risque. Ce qui limite évidemment l’appât du gain débridé, sans aucun lien avec le réel, avec l’économie réelle, et dans le cas d’un emprunt hypothécaire, avec vos possibilités réelles de remboursement.

L'idée d'interdire purement et simplement ces produits dérivés  est séduisant, en tout cas dans l’idée de renforcer le système financier. Le problème est que bannir ces outils de couverture de risque ne supprimera pas le risque lui-même.

Pour reprendre l’exemple des crédits hypothécaires, les banques seraient alors invitées à ne plus transférer le risque d’une augmentation des taux par des produits dérivés, et donc elle ne pratiquerait dès lors que des taux variables. Et dans ce cas-là, qui supporte le risque lié aux flux financiers ? Ce n’est plus la banque, c’est l’emprunteur.

Pour Frédéric Vrins, bannir les produits dérivés est ce qu’on appelle tout simplement une fausse bonne idée.

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