Quel avenir pour les librairies? "Aucun si elles ne se spécialisent pas"

L’apparente profusion de livres cache une réalité économique de plus en plus sombre.
L’apparente profusion de livres cache une réalité économique de plus en plus sombre. - © SABAH ARAR - BELGAIMAGE

Le marché du livre est en crise. Et le phénomène pourrait être bien plus profond que la simple numérisation des ouvrages. Pour certains, après la perte de ses industries, l’Europe pourrait perdre sa culture, phagocytée par les éditeurs monopolistiques américains. En même temps que le papier, c’est son âme que perdrait l’industrie du livre. Une tendance qui s’illustre par la fermeture annoncée du dernier magasin Libris à Bruxelles et la baisse constante des ventes de livres papier. Et si l’e-book était le cheval de Troie du XXIème siècle? Nous en avons discuté durant notre chat de midi ce vendredi avec Marc Filipson, fondateur de Filigranes, pour qui les librairies seront amenées à disparaître "si elles ne se spécialisent pas".

Le déséquilibre que connaît l’industrie du livre est provoqué par l'irruption des nouvelles technologies, mais aussi par le monopole grandissant de quelques acteurs mondiaux, constate le Service général des lettres et du livre (SGLL) en Fédération Wallonie-Bruxelles.

En un an (2013), le chiffre d'affaires "papier" des membres de l'Association des éditeurs belges de langue française (ADEB) a baissé de 7%. Si les ouvrages scolaires et parascolaires sauvent la mise, toutes les autres catégories constatent une diminution de leur chiffre d'affaires. Et cela malgré l’augmentation sensible du nombre de titres publiés.

Baisse des ventes, e-book et Amazon

Benoît Dubois, président de l'ADEB s’inquiète à la fois de l’érosion des ventes qui se prolonge dans le long terme, mais aussi de la vente en ligne largement contrôlée par Amazon.

Pour ralentir, sinon inverser la tendance, le Conseil du livre recommande la réintroduction massive du livre dans les écoles, le renforcement des liens entre les bibliothèques publiques et les autres acteurs de la chaîne du livre ainsi qu'une nouvelle régulation pour faire face à la concurrence des nouvelles technologies. Certains évoquent, comme en France, la mise en place d’un prix unique. Dans l‘Hexagone, le repli du livre s'est "limité" à 4 % sur trois années, et il correspond à la baisse enregistrée dans l'ensemble du marché des biens culturels (chiffres GFK).

Chez nous, la difficulté du marché s’exprime très concrètement par la fermeture annoncée de la dernière librairie Libris de Bruxelles au 1er septembre 2015. Et dans son sillage, de deux bou­tiques Belgique Loisirs de City 2 et du Woluwe Shopping Center. Ces deux points de vente appartenant au groupe Libris fermeront à la rentrée et en février 2015.

Ce vendredi à 12h, Marc Filipson, fondateur de Filigranes, était l'invité de notre chat. A un internaute qui se montrait très enthousiaste face à "l'évolution du marché du livre" et aux possibilités d'ouverture de "l'accès à la culture et au savoir", il répondait ceci: "Nous comprenons votre réflexion, mais n'est-ce pas, en poussant la logique, dire merci à McDonald's pour l'efficience de son service, au risque de voir disparaître lez brasseries de quartier?"

Pour le fondateur de la librairie Filigranes, les petites librairies doivent se spécialiser pour subsister. "Dans quelque section que ce soit ou dans le service clientèle", précise-t-il.

Vous pouvez relire l'intégralité du chat ci-dessous.

Jean-Claude Verset

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