Quel avenir pour l'économie wallonne? "Plus de déclin, mais pas non plus de redéploiement"

Quel avenir pour l'économie wallonne?
Quel avenir pour l'économie wallonne? - © BRUNO FAHY - BELGA

Philippe Destatte, le directeur de l’Institut Jules Destrée, un centre d’études et de prospective en Wallonie, est l'invité d'Au Bout du jour, au micro d'Eddy Caekelberghs. Ensemble, il dresse le portrait de l'économie au sud du pays. Et ce n'est pas très joli à voir, selon son constat.

Une économie wallonne qui n'est plus en déclin, mais qui ne se redresse pas

"La Wallonie n'est plus en déclin : c'est une bonne nouvelle, mais c'est un constat qui est d'application depuis les années '90. Le problème, c'est que vous pouvez arrêter de plonger, mais vous restez ensuite dans une zone stationnaire. Quand on regarde la plupart des indicateurs wallons, on est dans l'encéphalogramme plat : on n'amorce pas la remontée qui nous permettrait de redécoller. Et il y a plusieurs éléments : les transferts flamands vont diminuer de 10% par an pendant 20 ans, la loi de financement est mise en oeuvre en 2014 avec 10 ans de moratoire, et 2024 c'est demain. Et puis, bientôt, l'Europe ne pourra plus soutenir la Wallonie, notamment parce que le budget est fragilisé par le Brexit, mais aussi parce que d'autres coins de l'Europe ont besoin de financements, elles aussi. Et puis il y a la question du climat, et la sortie du nucléaire en 2025. Tout cela nous montre qu'il y a des échéances très proches et qu'il faut être mieux armés, plus costauds en Wallonie. (...) Si on se compare, sur des chiffres à 10 ans, à d'autres régions qui ont connu de grandes industries, qui sont entrées en déliquescence, elles sont elles trouvé des alternatives."

Cette Flandre qui en a marre de financer les Wallons

"Le problème, là, est un problème de déni. Il y a 20 ans, on s'énervait parce qu'il se disait que chaque famille flamande payait une Golf GTI à une famille wallonne par an. Alors nos économistes se mobilisaient et on essayait de contrer telle ou telle étude de la KUL. Mais force est de constater qu'on doit admettre l'idée qu'il y a des transfert et qu'ils ont lieu en sécurité sociale et qu'ils ont lieu dans les rapports entre les régions et les communautés. Donc, oui, les transferts se poursuivent. Et on doit ajouter qu'il y a une forme d’assistance qui est donnée à la Wallonie. Mais aussi, il est possible que les Wallons aient un niveau de vie largement inférieur à la moyenne belge : sur chacune de leur dépense, en formation, en restaurants, en vacances, en culture, ... Ils sont à environ 15% de dépenses de moins qu'en Flandre. Donc ils se serrent la ceinture, ils font des efforts."

L'importance de la R&D qui fait défaut à la Wallonie

"Le Brabant wallon est le bon exemple en Wallonie. On n'y est plus du tout dans la même logique que dans le reste de la Wallonie. Le succès du BW est dû à plusieurs facteurs : d'abord celui de la proximité avec Bruxelles, qui laisse place à une gentrification, c'est un point certain. Mais il y a aussi l'installation de grands centres de bio-technologie. Bien qu'on est otage là-aussi : je ne sais pas quels vont être les effets du Brexit sur GSK, par exemple.

Mais il y a aussi Louvain-la-Neuve qui a créé un écosystème extraordinaire d'entrepreneuriat, de développement technologique, de dynamisme véritable, qu'on essaie de retrouver ailleurs. Quand on crée l'aéroport de Charleroi, c'est bien. Mais ce n'est pas pour autant qu'on règle le problème de pauvreté à Charleroi-même. Même chose à Liège. On peut parler du Sart-Tilman qui se porte bien, mais ça ne suffit pas pour dire que le bassin liégeois se redéploie. Là, il y a des efforts considérables à faire. Et cet effort-là est lié à la recherche et développement, qui n'est pas suffisamment investie. On peut dire que, globalement, on n'est pas très loin des objectifs européens. On voit qu'il y a des éléments de ce type de redéploiement, mais le budget public pour la R&D est insuffisant partout ! Surtout au niveau de la région wallonne. Puis il y a ce mal wallon au niveau de fluidité et de la fragmentation : on a une multitude de centres de recherche mais qui sont microscopiques au niveau européen. A l'époque de la convergence de la technologie, on reste un peu assis chacun sur son fumier. On est loin des grands centres de recherche comme en Flandre, au Grand-Duché de Luxembourg, comme l'Allemagne. C'est un problème de création de valeur."

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