Quatre cinquièmes des vêtements mis sur le marché sont jetés ou brûlés

La période des soldes est ouverte depuis ce lundi et pour un bon mois. Les stocks de vêtements invendus en magasins sont importants selon les chiffres de l’UCM, l’Union des classes moyenne. L’industrie textile est face à un double défi : la surproduction et les déchets. Chaque année sur le marché européen, cinq millions de tonnes de textile sont mises sur le marché et quatre millions de tonnes de textile sont jetées, mises en décharge ou brûlées.

Donc il y a quatre cinquièmes de ce qui est mis sur le marché qui est jeté ou brûlé. Et la production mondiale de vêtements a doublé entre 2000 et 2014, alors que le budget dépensé pour les vêtements a plutôt tendance à diminuer, selon les chiffres disponibles pour la France. Les émissions mondiales de CO2 de l’industrie textile, 40 milliards de tonnes par an, sont aujourd’hui plus importantes que celles émises par le secteur aérien. Les engagements pris par l’industrie — réduire de moitié ses émissions de dioxyde de carbone d’ici à 2030 — c’est en fait toute la filière de production qui va être chamboulée.

Comment réorganiser cette filière de production ? On se souviendra du slogan d’une marque française : "Si vous voulez changer le monde, commencez par changer de slip". Mais la réalité de l’industrie est plus complexe qu’un slogan. Dans la conception des vêtements, de cette conception à la gestion de la fin de vie des produits, c’est en fait toute une manière de faire qui est en train d’être revue par certains acteurs. C'est la logique d’économie circulaire, comme dans d’autres secteurs. Pour Stéphanie Fellen, ancienne entrepreneure dans la mode durable et fondatrice de Smart to Circle, un cabinet de conseil en économie circulaire, très concrètement, "plutôt que d’utiliser un tissu neuf qui a généré des émissions de gaz à effet de serre, autant utiliser un tissu qui est déjà existant. Il y a des tonnes et des tonnes de tissu qui sont disponibles" et qui sont inutilisés.

Mélanges de fibres

Ce n'est pas simple de faire des vêtements à base de tissu réutilisé, parce que les mélanges de fibres sont encore nombreux - 80% coton et 20% polyester par exemple. Or, pour le réemploi et la refabrication de vêtements, il n’y a aujourd’hui que les pièces mono-produit qui sont réutilisables (100% coton par exemple), explique Stéphanie Fellen, "pour pourvoir, à la fin de vie du produit, défibrer. Aujourd’hui, il n’y a pas de machine magique dans laquelle on met un textile et qui met à gauche le coton et à droite le polyester pour les revaloriser".

Quand on est consommateur, si l'on veut favoriser cette réutilisation à part des pièces faites d’une seule fibre, il faut choisir le moins de fioritures possible sur les pièces. Plus il y a de boutons, de fermetures éclair ou de coutures sur un vêtement, moins il sera réutilisable, ce qui ne garantit pas, côté production, que le réemploi sera pérenne sur le marché parce qu’il reste bien sûr la concurrence du modèle de fabrication industrielle à bas prix.

"Aujourd’hui, les étudiants dans les écoles de mode sont amenés à réfléchir au recyclage, à créer des collections à partir de sources existantes, mais c’est déjà une industrie qui est difficile dans la mesure où il faut être rentable. Et quand on a sur le marché des concurrents qui vendent des T-shirts à 5 euros, c’est compliqué d’être compétitif sur le marché. En quand il faut en plus prévoir trois semaines de réflexion supplémentaires pour fabriquer un vêtement parce qu’il y a 36 boutons sur tout ce qu’on a et que c’est compliqué à défaire, d’un point de vue purement économique, c’est délicat aujourd’hui" selon Stéphanie Fellen.

La question du financement des entreprises qui tentent de faire différemment est loin d’être évidente aujourd’hui, c'est ce qui explique peut-être que les entreprises belges qui font de la réutilisation de textiles, se comptent sur les doigts d’une main.

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