Qu'est-ce que l'AfD, ce parti qui veut "recommencer à affirmer la grandeur de l'Allemagne"?

Allemagne: qu'est-ce que l'AfD, parti de droite nationaliste qui a fait une percée historique?
Allemagne: qu'est-ce que l'AfD, parti de droite nationaliste qui a fait une percée historique? - © JOHN MACDOUGALL - AFP

Le parti de la droite nationaliste AfD a enregistré ce dimanche une percée historique aux élections allemandes avec près de 13% des voix. En raison de son passé nazi, l'Allemagne était l'un des rares pays européens à ne pas connaître de poussée de grande ampleur de mouvements identitaires et anti-migrants. 

Mais que veut ce parti que certains n'hésitent pas à qualifier de "nazis" ?

Merkel et les demandeurs d'asile

Créé en 2013, l'AfD a significativement radicalisé son discours en quatre ans. Pour le politologue et spécialiste de l'extrême droite Jean-Yves Camus, l'AfD est désormais "un parti populiste et xénophobe". 

Au départ, explique-t-il, "l'AfD privilégiait l'option souverainiste et, petit à petit, il a récupéré le potentiel humain des manifestations anti-immigrants initiées par Pegida dans diverses villes d'Allemagne. Il s'est alors considérablement cabré sur les questions liées à l'immigration, à l'identité et au rejet du multiculturalisme".

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L'AfD a donc su profiter du mécontentement dans une partie de la société allemande né de l'afflux de plus d'un million de demandeurs d'asile en 2015 et 2016, une décision prise par Angela Merkel. Cette stratégie a été payante puisque le parti est passé de moins de 5% des voix en 2013, à près de 13% en 2017. 

Relents du nazisme?

Mais y a-t-il vraiment des relents du nazisme au sein de ce parti qui va envoyer 90 députés au Bundestag? Certains propos de ses dirigeants rappellent indéniablement ceux du Parti national socialiste et les heures les plus sombres de l'histoire allemande.

Un des leaders du parti, Alexander Gauland, a par exemple déclaré que les Allemands devaient arrêter de culpabiliser et qu'ils pouvaient être fiers du travail de la Wehrmacht en 39-45. Il a par ailleurs estimé que la politique d'Angela Merkel entraînait l'extermination du peuple allemand. 

Recommencer à affirmer la grandeur de l'Allemagne

Selon Jean-Yves Camus, "il y a sans doute une part de tactique", une volonté de "pousser le bouchon le plus loin possible pour en appeler aux électeurs les plus radicaux, mais également une part de conviction liée au fait que l'Allemagne vit depuis 70 ans avec le spectre du national-socialisme sur les épaules". 

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, ajoute-t-il, "il y a un travail de mémoire exemplaire qui a été accompli et pour une partie de la population, il est temps qu'on passe à autre chose. L'AfD tire donc aussi profit de ce sentiment répandu chez les Allemands qu'il y a un focus trop exclusif sur les responsabilités et la culpabilité de l'Allemagne et pas assez d'affirmation nationale. Pour eux, il faut recommencer à affirmer la grandeur de l'Allemagne."

Quant à cette question des citoyens enrôlés dans la Wehrmacht, explique le politologue, "c'est une vieille querelle en Allemagne de savoir si on doit distinguer la Waffen-SS, armée de volontaires idéologiques, et la Wehrmacht, armée de conscription, ou non. Pour la majorité des Allemands, incontestablement, la Wehrmacht était l'armée de conscription à laquelle personne ne pouvait échapper. Donc oui, dire qu'on peut être fier de son travail, c'est en quelque sorte aller vers l'histoire de sa propre famille et dire 'mon père, mon grand-père n'était pas un criminel de guerre '."

Profondément eurosceptique

Au delà du sujet des migrants et des références historiques, l'AfD est également profondément eurosceptique. Le parti est en effet partisan d'une sortie de l'Allemagne de l'euro. Il prône également des positions traditionnelles sur la famille et réclame l'annulation de l'Accord de Paris sur le climat.

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Selon Jean-Yves Camus, l'AfD ressemble de plus en plus du Front national français et au FPÖ autrichien. "Je crois que ce sont les deux modèles les plus remarquables. Pour autant, les contextes nationaux et les modes de scrutin y sont très différents.  Mais on a un noyau dur, auquel s'adjoint d'ailleurs le parti néerlandais de Monsieur Wilders, qui a aussi félicité hier l'AfD, et aussi la Ligue du Nord italienne."

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