Proximus, "plus assez compétitif, devait malheureusement réduire ses effectifs"

L'annonce a fait l'effet d'une bombe cette semaine. L'opérateur Proximus veut réduire son personnel de 1900 personnes. Est-ce que cette restructuration de l'entreprise est une surprise, dans un secteur en pleine mutation? Réponses avec Michel Ernst, stratégiste actions senior chez CBC. 

Est-ce que cette série de mesures prises chez Proximus - dont la réduction des effectifs - vous a surpris ?

"Non. On savait que le marché allait devoir évoluer. Et quand on voit le rapport 2017 de Proximus, tout ce qui a été évoqué ces derniers jours par Dominique Leroy, la patronne de Proximus, y était déjà évoqué".


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Pourquoi, qu’est-ce qui devait évoluer dans le secteur ?

"La concurrence est en train de fortement se renforcer. Ce qui a surpris, par contre, c’est la rapidité de l’évolution numérique. Ça bouleverse le monde des télécoms – et d’autres secteurs comme la finance et la santé – et le numérique évolue beaucoup plus vite que prévu".

La concurrence de Proximus est surtout belgo-belge

Les opérateurs historiques sont pris entre deux feux, une concurrence nouvelle des géants du numérique et des investissements qu’on attend de sleur part sur l’infrastructure réseau ?

"Tout à fait. En plus de la concurrence interne. Parce que quand on parle de concurrence, il y a certes les grand opérateurs européens, mais Proximus est en fait surtout affecté par ses deux grands adversaires en Belgique : Telenet et Orange Belgique. La concurrence est surtout belgo-belge. D’ailleurs, nous n’avons jamais vu de grand opérateur comme Deutsche Telekom, British Telecom ou Vodaphone venir en Belgique. Le marché, quelque part, est trop petit. Et c’est ça qui fait la chance des opérateurs belges et la malchance des clients que nous sommes".

Mais vous dites que le marché trop petit. Personne d’extérieur au marché belge n’est intéressé par le fait de venir opérer chez nous ?

"Je n’irais peut-être pas jusque là. Disons qu’en théorie, un quatrième opérateur, c’est possible. Dans la pratique c’est beaucoup plus compliqué".

Etre opérateur en Belgique, une chance ou un fardeau ?

"Souvenons-nous qu’il y a eu un quatrième opérateur, avec le néerlandais KPN sous la bannière "Base" - et finalement, ça n’a pas marché et Base a été revendu à Telenet. Quand il y a quelques mois, le ministre Alexander De Croo a évoqué, peut-être de manière très électorale, un quatrième opérateur belge, on a vite évoqué Free, le fameux 'casseur de prix' français, le patron de Free a réagi en disant que ça ne l’intéressait, et qu’il préférait des grands marchés comme la France et l’Italie. J’ai du mal à imaginer un opérateur extérieur venir en Belgique dans un marché très réglementé et très concurrentiel."

Mais du coup, être opérateur en Belgique, c’est vraiment une chance ou c'est un fardeau ?

"La question est très compliquée. C’est une chance parce que le marché est fermé. Quand on regarde l’EBITDA (le bénéfice brut) par employé, il est plus élevé en Belgique qu’ailleurs en Europe. Mais il est plus bas chez Proximus que chez ses concurrents".

Vodaphone en Espagne va licencier un quart de son personnel dans les prochaines semaines.C’est ce que Proximus a fait en dix ans.

Proximus devait sabrer dans son personnel ?

"Malheureusement, oui. De ce point de vue, Proximus n’est plus assez compétitif par rapport à des concurrents qui sont plus agressifs. D’ailleurs, ne jetons pas la pierre uniquement à Proximus. Si l’on étend le débat à l’Europe, la situation est tout aussi dramatique, si pas plus. Vodaphone en Espagne va licencier un quart de son personnel dans les prochaines semaines. Un quart! C’est énorme. C’est ce que Proximus a fait en dix ans. Et Vodaphone va le faire en une seule fois".

Et cette question de compétitivité pour Proximus, ce n’est pas le drame pour une entreprise historiquement publique ?

"En tout cas, ça rend le contexte beaucoup plus difficile pour l’entreprise. Proximus a un statut tout à fait particulier en Europe. Avec un actionnaire à 53% qu’est l’Etat belge, il y a cette fameuse paix sociale qu’il faut essayer de respecter – avec, à l’intérieur de Proximus, des statutaires qui représentent encore un quart du personnel".

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