Proximus: l'État fédéral contrôle-t-il les entreprises dont il est actionnaire majoritaire?

Proximus a communiqué les détails de son grand plan de "transformation". 1900 emplois seront supprimés et 1250 personnes engagées pour assurer son virage sur le digital, entre-autre. L’État, actionnaire à 53% a-t-il son mot à dire? Peut-il peser sur la stratégie de l’entreprise? N’est-il pas paradoxal de voir l'État jouer à la fois le rôle d’actionnaire majoritaire et de régulateur ? Deux experts, Jean-Pascal Labille et débattent.

 L’État, trop loin des entreprises

Proximus est une entreprise publique autonome. Le conseil d’administration a donc une autonomie pour décider notamment de la stratégie de l’entreprise mais l’État peut tout de même agir. "Il a deux possibilités: soit il agit au travers de ses missions de service public, soit au travers de sa fonction d’actionnaire principal" détaille Jean-Pascal Labille au micro de Soir première. Mais pour le secrétaire général de Solidaris et ancien ministre fédéral (PS) des Entreprises publiques, il y a une donnée qui est indispensable pour que l’État puisse agir correctement et en connaissance de cause: la communication. Or dans le cas de Proximus, il s’étonne, de la surprise du côté du gouvernement. Et il pointe un responsable dans ce manque d’informations: le gouvernement lui-même. "Au début de cette législature, la fonction de commissaire du gouvernement a été supprimée. Or ce commissaire avait la responsabilité, au sein des entreprises publiques autonomes cotées en bourse, de faire le lien entre l’entreprise et le gouvernement", explique-t-il.  Ce dialogue est indispensable pour que le ministre de tutelle (et donc le gouvernement) puisse aider l’entreprise dans son développement stratégique, selon l’ancien ministre fédéral des Entreprises publiques.

Ce sont des entreprises publiques autonomes. Parfois elles oublient les deux premiers termes et affectionnent particulièrement le troisième. 

Dans le cas de Proximus et de la suppression d’emploi prévue, l’État pourrait donc, selon Jean-Pascal Labille, convoquer une assemblée générale extraordinaire et y communiquer son mécontentement. Un point que partage Etienne de Callatay "C’est lors d’assemblée générale que l’actionnaire peut s’exprimer. Les administrateurs sont supposés agir selon l’intérêt de l’entreprise, pas selon les actionnaires. Mais avec ses 53% l’État pourrait influer sur les grandes décisions stratégiques" dit l’économiste.

Entre actionnaire et régulateur, l’État balance

La position de l’État ne serait-elle pas dès lors contradictoire, voire schizophrène? Pour Etienne de Callatay, l’État est effectivement dans une situation difficile: "Il essaye de remplir plusieurs objectifs avec un seul instrument or cela va à l’encontre d’une loi bien connue en économie qui dit que pour chaque objectif, il faut un instrument", dit-il.

Alors où devrait-il mettre la priorité? "Il faudrait déjà que l’État ait une vision et une véritable stratégie" pointe le chief economist chez Orcadia Asset Management. Cependant, pour lui, la priorité devrait clairement être mise sur le service proposé par l’opérateur. Un service qui doit être de qualité à des conditions tarifaires compétitives "c’est comme cela que l’on rendra le meilleur service à la population. Et non en servant les intérêts des travailleurs de Proximus, ou ceux des actionnaires", analyse-t-il. Or avec l’État comme actionnaire majoritaire, et sa position paradoxale, il y a un risque que sa priorité ne soit pas celle-ci.

"Tout comme ce risque est présent avec Belfius dans le secteur financier, il y a le risque que la volonté de préserver la valeur du capital et le montant annuel des dividendes, amène à être trop gentil par rapport à l’entreprise, par rapport à ce qu’il y aurait lieu de faire pour protéger l’économie et les intérêts sociaux de la population" conclut-il.

 

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