Privatisation de Voo: qui sont les Américains de Providence Equity, les nouveaux propriétaires ?

C'est officiel, le gouvernement wallon ne s'oppose pas à la vente du câblo-opérateur liégeois Voo à l'entreprise américaine Providence Equity. Cette entreprise a connu des hauts et des bas, les voici...

51 milliards de dollars. C’est le chiffre fou d’une tentative d’achat par Providence Equity, en 2007. 51 milliards pour acheter BCE, la maison-mère de l’entreprise de télécom Bell Canada. Nous sommes en 2008, Jonathan M. Nelson fait la Une du magazine "Fortune", rien ne résiste à sa société Providence Equity. Mais quelques mois plus tard, la crise boursière et financière balaie tout sur son passage, emportant au passage Providence et son "biggest deal ever". 12 ans plus tard, Providence Equity, "qui avait grandi trop vite" selon le New York Times, est toujours active et investit dans Voo. Un joli coup, à n’en point douter, pour Jonathan M. Nelson, le fondateur de Providence Equity.

De rêve de charpentier à milliardaire, en passant par une "Ivy League"

Jonathan Milton Nelson naît dans une famille de la classe moyenne à Providence, Rhode Island, le plus petit des 50 Etats américains. Petit, il rêve d’être un charpentier, mais à l’université de Brown, membre de la prestigieuse "Ivy League", il étudie l’économie tout en animant une émission radio de jazz. Après une première expérience professionnelle de 3 ans en Chine et un court passage par l’Europe, le voilà engagé dans une première puis une deuxième société financière. Avant de lancer sa propre entreprise de "private equity", Providence Equity en 1989. Et de faire fortune, apparaissant dans le classement des 400 plus grandes fortunes américaines du magazine Forbes en 2016, avec une fortune estimée aujourd’hui à 1,8 milliard de dollars. Mais malgré cette réussite, Jonathan M. Nelson est tout sauf l’archétype du financier sans foi ni loi comme Hollywood nous le présente de Gordon Gekko (Michael Douglas dans "Wall Street" en 1987) à Roy Logan (Brian Cox dans "Succession", série HBO depuis 2018). Jonathan M. Nelson n’apparaît jamais dans les médias, n’accorde que très peu d’interview. Il s’est engagé à donner au moins la moitié de sa fortune à sa mort. Sur une échelle de 1 à 10 du "self made made" (10 étant "né pauvre et ayant dû surmonter des obstacles"), le magazine Forbes lui donne la cote de 8.

 

Mais au fait, c’est quoi une "private equity" ?

En français, on parle de société de capital-investissement, qui rachète tout en partie d’une autre entreprise qui n’est pas cotée en Bourse. L’objectif de cette "private equity" est de faire en sorte que l’entreprise rachetée fasse du bénéfice, produise des dividendes. Et après un certain temps, la "private equity" revend tout ou partie de sa participation dans l’entreprise précédemment rachetée, avec profit à la clé. Et ainsi de suite…

Depuis sa création, Providence Equity a investi dans plus de 200 entreprises de par le monde. Aujourd’hui, la société dispose de 4 bureaux (Providence, Boston, New-York et Londres), emploie 240 employés et gère un portefeuille de 45 milliards de dollars (40 milliards d’euros, 3 fois le budget wallon).


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Des (gros) cartons et des (gros) plantages

Quand Jonathan Nelson crée Providence Equity, c’est, entre autres, parce que son précédent employeur ne le suit pas lorsqu’il propose d’investir dans un petit opérateur mobile régional. "Je savais que c’était un bon investissement, mais je n’avais absolument pas conscience qu’un jour, le mobile aurait 100% de pénétration sur le marché" explique le fondateur de Providence Equity. C’est donc assez logiquement que l'entreprise laboure ce terrain-là et réalise un premier coup de génie : revendre pour 50 milliards de dollars (!) l’opérateur mobile VoiceStream Wireless aux Allemands de Deutsche Telekom, juste avant l’explosion de la bulle internet, en juillet 2000. Grâce à ce "deal", Providence gagne la confiance de nombreux investisseurs. C’est le début d’une période d’euphorie.

Les problèmes vont commencer après l’échec du rachat de Bell Canada. Peu de temps auparavant, vu l’amas d’argent frais que Providence Equity attirait, l’entreprise s’est diversifiée et a acquis, entre autres, USIS, une entreprise, auparavant publique, chargée de vérifier l’historique de travailleurs engagés par le gouvernement et devant bénéficier de certains accès sensibles. Dans une société post-11 septembre, les besoins sont importants, l’affaire semble pertinente. Mais c’est sans compter certaines pratiques qui ont provoqué des scandales, et un échec au retentissement mondial : ne pas avoir prévu les actions d’un certain Edward Snowden…

Retour aux fondamentaux

Un hacking a été le coup de grâce pour USIS, devenue entre-temps Altegrity. Une banqueroute plus tard, Providence Equity perdait, dans cette affaire, 800 millions de dollars. Autre plantage coûteux : le studio de cinéma de James Bond, la MGM. Providence Equity doit abandonner le contrôle de la Metro Goldwyn Mayer, acquise en 2005 avec Sony et Comcast, perdant au passage 400 millions de dollars. Autre exemple malheureux pour l’entreprise basée sur la côte Est des Etats-Unis : Open Solutions, une entreprise dans laquelle Providence a investi pas loin de 300 millions de dollars, pour la revendre des années plus tard 55 millions (à partager avec une autre société).

De l’aveu même du fondateur de Providence, il y a eu de mauvais choix à une époque où la croissance de l’entreprise n’a pas été contrôlée. Un investissement de l’époque, pourtant, a rapporté 4 fois la mise initiale : l’entreprise allemande de telecom Kabel Deutschland. Un investissement de 724 millions a rapporté 3 milliards. Ce n’est pas un hasard si ce résultat provient d’une entreprise située dans le secteur favori de Providence. Et ce n’est pas un hasard non plus si Jonathan Nelson a réorienté sa "private equity" vers ce secteur. Et vers Voo, aujourd’hui...

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