Présidentielle française: les investisseurs se montrent prudents face au FN

La Bourse de Paris finit en hausse
La Bourse de Paris finit en hausse - ©

La poussée dans les sondages du FN à la présidentielle française suscite des craintes sur les marchés et incite leurs acteurs à intégrer prudemment ce parti dans leurs projections, sans croire vraiment à sa victoire.

Même si les clients voient "que les sondages donnent Marine Le Pen perdante quel que soit le candidat qu'elle affronte", leur défiance est grande après l'élection américaine et le Brexit, a expliqué à l'AFP Isabelle Mateos y Lago, directrice générale au BlackRock Investment Institute.

La peur de la sortie de la France de la zone Euro

Les positions anti-européennes du FN constituent la principale source d'appréhension, l'éventualité d'une sortie de la France de la zone euro ou "Frexit" portant en germes celle d'un éclatement de l'espace monétaire.

Au-delà de la France, c'est surtout cette menace qui "inquiète les marchés", a relevé Mme Mateos y Lago.

La méconnaissance du mécanisme électoral français, qui contrairement au référendum britannique ou à la présidentielle américaine compte deux tours, accroît en outre l'anxiété en dehors des frontières.

Beaucoup d'investisseurs ne prennent pas assez en compte le fait qu'il s'agit d'un scrutin à deux tours, et la "stabilité" du vote en faveur du FN entre le premier et le second tour, a noté Laurence Boone, chef économiste d'Axa, lors d'un point presse.

Marge d'erreur

"Actuellement, même si tout le monde s'inquiète au sujet de la présidentielle française, contrairement au Brexit et à l'élection de Trump où les sondages étaient très serrés, la différence se situant dans la marge d'erreur, la situation de la France est très différente", ont également observé Tim Stevenson, directeur Gestion Actions Europe et James Ross, gérant actions européennes chez Henderson Global Investors, lors d'une présentation.

"Les chances du FN de gagner la présidentielle sont bien moindres", et l'écart qui sépare, dans les sondages, Marine Le Pen de son concurrent au second tour est loin de la marge d'erreur, ont-ils complété.

La victoire de Marine Le Pen "nous paraît un scénario à faible probabilité et quand bien même elle gagnerait, cela nous paraît une probabilité encore plus faible qu'elle ait une majorité à l'Assemblée nationale" lui permettant de mettre effectivement en place une sortie de la zone euro, a également souligné Mme Mateos y Lago pour résumer le message adressé aux clients.

La grande majorité des opérateurs, même s'ils sont "relativement inquiets", partent de "l'hypothèse que Marine Le Pen ne sera pas élue" en se basant sur les sondages, a aussi estimé Gilles Moëc, chef économiste pour l'Europe de Bank of America Merrill Lynch, ajoutant qu'"à ce stade, il n'y a pas de mouvement agressif sur les actifs français".

Dette française en première ligne

La dette française est sans doute l'un des actifs qui a le plus fait les frais du stress. Ses taux d'emprunts se sont à la fois tendus et éloignés de celui qui fait référence en matière obligataire, à savoir le Bund ou taux d'emprunt allemand à dix ans.

Un pic de tension a été touché en février mais depuis la température est retombée.

Du côté des marchés boursiers, une certaine réserve est de mise à la Bourse de Paris. Pour autant la cote parisienne ne flanche pas et évolue actuellement à son plus haut niveau depuis août 2015.

Car au-delà des aléas politiques, "il y a beaucoup d'entreprises de grande qualité en Europe et en France", ont rappelé MM. Stevenson et Ross.

Le marché devrait prendre confiance avec le résultat de l'élection néerlandaise

Et "avec toutes ces incertitudes politiques", a ajouté Mme Boone, "on en oublierait qu'il n'y a jamais eu autant de croissance en Europe" depuis quelques années.

La victoire aux législatives aux Pays-Bas du Premier ministre libéral Mark Rutte a par ailleurs apporté du soulagement et conforté les scénarios des gestionnaires d'actifs concernant le FN.

Pour les experts de Schroders, "le marché devrait prendre confiance avec le résultat de l'élection néerlandaise, car c'est le premier signe que les économies continentales européennes peuvent se retourner contre les partis politiques les plus eurosceptiques".

 

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