Précarité étudiante: "En 2016, 27.000 étudiants ont demandé une aide auprès du CPAS"

Maxime Mori, président de la FEF
Maxime Mori, président de la FEF - © RTBF

Ce vendredi, c'est la Journée internationale des étudiants. A cette occasion, la Fédération des étudiants francophones (FEF) dénonce la précarité dans laquelle ils se trouvent. Son président, Maxime Mori, explique à la RTBF : "En 2003 il y avait 3.000 étudiants qui étaient demandeurs d'une aide auprès du CPAS. Ici, en 2016, ils ont été 27.000 étudiants à demander cette aide ce qui fait une multiplication par 5 en un laps de temps de 15 ans. C'est énorme, c'est alarmant, ça pose de nombreuses questions, et on l'a vu au travers de différents sujets qui ont été évoqués dans l'actualité, que ce soit la prostitution étudiante, que ce soit également l'insuffisance des bourses ou les problèmes à les obtenir, on voit qu'aujourd'hui beaucoup d'étudiants ont du mal à terminer leurs fins de mois".

Est-ce que ça veut dire que l'accès à l'enseignement supérieur est encore inégalitaire ?

"C'est certain que l'accès à l'enseignement supérieur en Fédération Wallonie-Bruxelles est, aujourd'hui encore, inégalitaire. Pas tous les jeunes n'ont accès à l'enseignement supérieur, ça c'est clair aussi. Ça s'explique par différentes choses. Ici, effectivement, il y a des conditions socio-économiques, plus largement il y a aussi les conditions d'accès qui sont celles relevant de filtres, et ainsi de suite. Alors, ce sont à chaque fois des débats qui enfoncent un peu plus des portes ouvertes parce que ça fait maintenant de nombreuses années que la Fédération des étudiants francophones demande un meilleur accès socio-économique et se bat pour. Aujourd'hui, on reprend à nouveau ce combat".

Est-ce le logement qui plombe le plus le budget des étudiants aujourd'hui ?

"Une année d'enseignement supérieur, ça coûte entre 8000 et 12 000 euros, le prix du logement varie par ville et par type. Aujourd'hui, les étudiants pourraient avoir un accès à un logement public qui est souvent moins cher. Maintenant, seules les universités mettent ce type d'habitations à disposition, ce qui fait qu'il y a toute une partie de la population étudiante qui y a difficilement accès et une majeure partie doit donc se tourner, s'ils en ont les moyens, vers le logement privé".

Comment expliquez-vous une telle explosion de la précarité étudiante?

"Je pense que c'est lié à différentes choses. La première, c'est que la solidarité familiale aujourd'hui ne suffit plus. Ça, c'est un constat très clair. Une évolution sur ces 15 dernières années est que là où l'étudiant est un travailleur intellectuel sans revenu, il est bien évidemment soutenu à 100 % par son entourage, le milieu familial. Aujourd'hui, ça ne suffit plus, et donc il doit s'accommoder d'aides qui sont tant des jobs étudiants que des aides émanant du CPAS ou des bourses d'études ou des établissements. Et donc, d'une manière ou d'une autre, ça met les étudiants dans une situation difficile, mais aussi l'entourage de temps à autre, qui ne parvient pas à mettre son enfant dans les conditions optimales pour achever ses études".

Les bourses qu'on propose aujourd'hui aux étudiants sont-elles insuffisantes ?

"Au niveau des bourses, il y a quand même eu deux réformes qui ont été faites, qui permettent aujourd'hui d'élargir un tant soit peu le pan d'étudiants bénéficiaires. On a augmenté en supprimant le critère de réussite et deux ou trois autres choses de la nouvelle réforme. Maintenant, il n'y a pas de magie, il faut refinancer l'enveloppe des bourses pour donner plus de bourses à plus d'étudiants. Ce n'est pas en élargissant seulement quelques critères pour donner à quelques étudiants en plus. Ici, on parle vraiment d'un grave problème, qui est celui de la précarité étudiante et qui mérite un impact politique plus grand".

Quelle est la principale revendication de la FEF pour faire diminuer cette précarité étudiante ?

"Diminuer le coût des études et, bien évidemment, augmenter le montant des aides sociales. Le minerval (le coût direct) est de 135 euros. Pour les syllabus, les boursiers sont remboursés. Maintenant, ce qui est vraiment important à comprendre, ce sont les coûts connexes à une année d'études qui sont très chers. Ce sont le logement, le transport, la nourriture, ainsi de suite. Ça, ça coûte vraiment cher".

Les pouvoirs publics ne peuvent pas faire diminuer ces coûts-là, qu'en pensez-vous?

"Je pense que les pouvoirs publics peuvent très bien agir en termes de transport en commun, et aussi en termes de logement, inciter à la construction de logements publics, qu'il y en ait plus et qu'ils soient accessibles aux étudiants. Je pense que les pouvoirs publics sont également dans une situation tout à fait de leader en termes de politique sociale plus ambitieuse pour les étudiants et la jeunesse".

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