Précarité énergétique: un manque de moyens et une mauvaise indexation?

Des dizaines de milliers de ménages n’arrivent pas à payer leurs factures de gaz et d’électricité alors que l’hiver approche, et la plateforme de lutte contre la précarité énergétique, gérée par la Fondation Roi Baudouin, lance donc un appel à l’aide. Elle demande un refinancement massif du Fonds Gaz Électricité créé pour aider les plus démunis via les CPAS, mais les moyens financiers sont insuffisants. "On essaye de tenir les aides urgentes et les aides financières, mais il y a tout le volet de prévention et d’accompagnement qu’un ménage en situation précaire a besoin pour éviter que le problème ne se reproduise dans l’avenir, alerte Jan Willems, coordinateur au service de médiation des dettes et cellule énergie au CPAS de Bruxelles. C’est ce travail qui risque de devoir être supprimé dans l’avenir."

Car il ne suffit pas d’aider un ménage en difficulté à payer ses factures de gaz et/ou d’électricité, il faut aussi comprendre d’où vient le problème, resituer la précarité énergétique dans son contexte social et ensuite agir et accompagner les ménages. "Il faut déjà voir que la facture soit correcte et suivre la famille dans sa compréhension, explique Jan Willems. Qu’est-ce que le gaz, qu’est-ce que l’électricité, où se trouve mon compteur d’électricité, comment ça fonctionne, comment une facture est composée, comment mon thermostat fonctionne, comment ma chaudière fonctionne ?" Selon le coordinateur, le travail d’accompagnement est important pour qu’une personne devienne "actrice de sa situation" et ne subisse pas "quelque chose qu’elle ne comprend pas aujourd’hui."

Prendre en compte l’évolution de la précarité et celle de la facture énergétique

Des moyens financiers, mais aussi tout un accompagnement. Au bas mot, il manque 30 millions d’euros par an à ce Fonds Gaz Électricité pour permettre aux CPAS de remplir correctement leur mission dans le domaine. Il faut savoir que depuis 2012 les moyens de ce Fonds fédéral ont été bloqués à 53 millions d’euros par an. Alexandre Viviers, manager chez Sia Partners, formule deux recommandations. La première : "lever le gel de ce Fonds, c’est-à-dire de le réindexer en suivant l’inflation. Ça voudrait dire augmenter ses moyens d’à peu près six millions d’euros par an", précise-t-il.

La seconde chose à faire, c’est "se poser la question sur ce mécanisme d’indexation, ajoute Alexandre Viviers. Nous sommes arrivés à la conclusion qu’il devrait en fait tenir compte de deux éléments : d’une part l’évolution de la précarité et d’autre part l’évolution de la facture d’énergie." D’où le chiffre de 30 millions d’euros supplémentaires demandés par an. Ça paraît beaucoup, mais même en réindexant les moyens du Fonds, ce serait trop court. "Si on regarde depuis 2002, la facture de gaz naturel a augmenté une fois et demie plus vite que l’inflation et celle d’électricité a augmenté trois fois plus vite que l’inflation, note Alexandre Viviers. On voit donc bien que c’est un indicateur qui a ses limites."

Au-delà de l’évolution des prix, la précarité a aussi continué à évoluer, et selon Alexandre Viviers, ce n’est pas pris en compte dans l’indexation actuelle du Fonds. En tout, 120.000 ménages belges ont bénéficié du soutien financier du Fonds Gaz Électricité en 2017. En Wallonie, 7% des clients résidentiels sont en défaut de paiement pour leurs factures d’électricité. A Bruxelles, 11%, et 3% en Flandre.

Journal télévisé 16/03/2019

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