Pourquoi les Etats-Unis accordent (quand même) une licence commerciale temporaire à Huawei

Le gouvernement américain a relâché la pression sur Huawei, ce lundi. La semaine dernière, l’administration Trump annonçait avoir placé le géant technologique chinois sur la liste noire des menaces à la sécurité des Etats-Unis. Une décision qui interdisait en fait à toutes les entreprises américaines de commercer avec Huawei. La réaction de Google n’a pas tardé à faire grand bruit – et la liste des boîtes américaines partenaires commerciales de Huawei est longue. Mais ce lundi, les Etats-Unis ont annoncé un sursis, une licence temporaire de trois mois à l’entreprise chinoise.

Donner un peu de temps… aux entreprises américaines

Interdire à Huawei d’acheter des services Google, ou des composants, des puces Intel par exemple, cela allait indubitablement faire mal au géant chinois. Mais pour rappel, Huawei, en 2018, c’était 11 milliards de dollars de dépenses, rien qu’aux États-Unis. Faire disparaître 11 milliards de dollars des rentrées de nombreuses boîtes américaines, cela allait faire mal, aussi aux États-Unis. En plus, certains opérateurs télécoms américains, pas les gros mais les plus petits utilisent des équipements Huawei – pour leurs réseaux, leurs antennes. Avec ce rétropédalage, c’est donc en fait surtout sur des entreprises américaines que Donald Trump relâche la pression.

Les produits et technologies Huawei sont omniprésents

« Cette dernière initiative de Trump montre à quel point ses politiques sont aléatoires et à quel point les produits et technologies Huawei sont omniprésents », a déclaré Jasper Lawler, responsable de la recherche au London Capital Group à CNBC.

Et cela montre à quel point aussi, dans ce secteur des télécommunications, tous les acteurs sont dépendants les uns des autres. « Et c’est probablement pour ça qu’on a eu droit à cette marche arrière hier », souligne Bernard Keppenne, de la banque CBC, « parce que les Américains se sont rendu compte, qu’effectivement en interdisant, en mettant un frein total au marché américain pour Huawei, cela allait créer un énorme cataclysme pour toute une série d’acteurs américains. Aujourd’hui, l’imbrication est tellement forte que toucher un des éléments aura un impact négatif sur l’économie américaine ».

La lassitude des marchés

Et pourtant, les marchés boursiers sont plutôt repartis à la hausse ce matin. Soulagés apparemment. Comme si cet épisode du blocage de Huawei puis du relâchement de la bride n’avait été qu’un coup de bluff passager de la part du président américain vis-à-vis de la Chine. Tout cela alors qu’aujourd’hui même L’OCDE a appelé aujourd’hui à « éviter d’urgence une guerre commerciale » tout en abaissant ses prévisions de croissance pour l’économie mondiale. Pour Bernard Keppenne de la banque CBC, il y a une forme de lassitude de la part des marchés qui ne savent plus sur quel pied danser face aux changements de position américains.

« On a tellement de revirements de la part des Américains qu’il est très compliqué finalement de surréagir en permanence, que ce soit à la hausse ou à la baisse. Et donc les marchés boursiers sont rentrés dans une phase de léthargie pour le moment. On manque tellement de visibilité qu’on ne sait plus s’il faut tabler sur un accord, ou au contraire être pessimiste et réduire la partie action, on est dans une position où on ne sait plus vers où on va évoluer ».

Bannir Huawei, ça avait l’air simple

Il est donc devenu tellement difficile de savoir à quoi on a réellement affaire face à une déclaration de Donald Trump, que les marchés boursiers resteraient prudents – voire optimistes. Mais les tensions entre Huawei et le gouvernement américain durent depuis des mois, et ne sont pas un simple élément passager. L’intention manifeste du gouvernement américain de bloquer la progression de Huawei – pour rappel le numéro deux mondial des smartphones et le leader des équipements de télécommunications – c’est le symbole même de la rivalité économique entre la Chine et les Etats-Unis, dans le secteur technologique.

Bannir Huawei des États-Unis, dit comme ça, ça avait l’air simple. C’était sans compter la dépendance, l’imbrication bien réelle dans le secteur des télécoms. Entre tous les maillons de la chaîne: chinois, américains, ou européens d’ailleurs.

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