Pourquoi les Bourses attirent de moins en moins les entreprises?

Les Bourses ne font plus recette alors qu’elles sont censées aider les entreprises à financer leur croissance. Elles attirent de moins en moins d’entreprises, en tout cas sur la plupart des grands marchés boursiers, et c’est votre dossier ce matin.

Aux États-Unis par exemple, le nombre des entreprises cotées en Bourse a quasi diminué de moitié depuis les années 90. Même tendance au Royaume-Uni, en Amérique du Sud ou encore en Europe de l’Ouest.

"Vu la faiblesse des taux d’intérêt, la dette est devenue une source majeure de financement. Si une entreprise a besoin de capital, il est logique de lever où cela sera le moins cher. Mais ce qui a véritablement changé la donne est la croissance du marché " private equity ". Il est maintenant possible de lever d’importants capitaux sur le marché privé. Par exemple, avant leur introduction en Bourse, Facebook a levé 2,4 milliards de dollars et Twitter 800 millions de dollars. La capacité de mobiliser d’importants capitaux sur le marché privé dissuade alors les entreprises à s’inscrire en Bourse", explique Sean Markowicz, stratégiste chez le gestionnaire d’actifs britannique Schroders.

Le "private equity"

L’argent est tellement bon marché qu’il vaut mieux pour les entreprises emprunter ou alors s’adresser à des sociétés de "capital investment". C’est le " private equity ", ce sont des entreprises qui vont acheter des participations dans des entreprises en croissance. Après, il y a aussi d’autres raisons qui rendent la cotation en Bourse moins attrayante, notamment les coûts d’une cotation, et en particulier la gourmandise des banques d’affaires.

"Par exemple, aux États-Unis, les frais sont d’environ 8%", indique encore Sean Markowicz.

Donc, si une entreprise va être cotée avec une capitalisation boursière d’un milliard de dollars, la banque d’investissement va toucher 8% de ce milliard de dollar. Ce qui représente beaucoup d’argent.

Et il y a aussi bien sûr toute une série de contraintes administratives liées à une cotation en Bourse, par exemple la transparence, la publication des comptes, etc.

Il y a donc moins de sociétés cotées sur quelques-uns des principaux marchés boursiers du monde, et cela a un impact sur Monsieur et Madame Tout-le-monde, selon l’étude de Schroders.

Les investisseurs en Bourse ne peuvent qu’investir dans des grandes entreprises anciennes et avec une croissance plus lente

Les sociétés de " private equity ", qui investissent donc dans des sociétés non cotées, vont capturer l’essentiel de la valeur créée par la société X ou Y avant une éventuelle entrée en Bourse.

"Cela augmente le risque que les investisseurs en " private equity " gagnent au détriment des investisseurs en Bourse. La croissance la plus rapide se produit dans les premières années. Cela veut dire que les investisseurs en Bourse ne peuvent qu’investir dans des grandes entreprises anciennes et avec une croissance plus lente", précise Sean Markowicz.

Autrement dit, les rendements sur les marchés publics et sur les places boursières sont inférieurs à ces rendements sur les marchés privés. L’essentiel de la valeur créée va donc échapper aux investisseurs particuliers, mais aussi — et c’est important — aux fonds de pension qui investissent en Bourse pour le compte des futurs retraités. Et là, ça concerne beaucoup de monde.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK