Pourquoi le redémarrage de l'économie belge sera (très probablement) lent

Le redémarrage de l’économie belge sera probablement lent et graduel. Après avoir scénarisé une reprise rapide de l’économie belge, la Banque Nationale exprime désormais des doutes quant à un redémarrage vigoureux de notre économie dès la deuxième partie de l’année. De sérieux doutes, en fait.

Cela fait plusieurs semaines que l’Economic Risk Management Groupe récolte des données auprès des entreprises et indépendants. Et la baisse de leurs chiffres d’affaires est globalement stable depuis sept semaines : De fin mars à mi-mai, entre -29 et -36% sont constatés sur les revenus du secteur privé, environ un tiers par rapport au niveau d’avant-crise.

Les chiffres d’affaires ne décollent pas

Cette stabilité a dans un premier temps, lors des premières semaines été une "bonne nouvelle" – parce que cela voulait dire que "la situation ne s’aggravait pas", analyse Geert Langenus, de la Banque Nationale. Aujourd’hui, contre, soyons clairs, c’est une mauvaise nouvelle. Parce que cela tend à démontrer qu’à partir de début mai et malgré la réouverture de certains magasins, les pertes de revenus restent particulièrement importantes.

Depuis début mai, les entreprises tournent à nouveau, mais leurs chiffres d’affaires ne décollent pas, "et c’est assez étonnant dans les enquêtes", pour Xavier Debrun, économiste à la Banque Nationale :"En dépit de la levée du lockdown, on observe globalement des pertes agrégées de valeur ajoutée dans le secteur privé qui sont assez proches de ce que l’on observait pendant le confinement. Il y a bien sûr des modifications dans la composition sectorielle de ces pertes de chiffres d’affaires, mais la perte de valeur ajoutée reste énorme".

On s’éloigne d’une reprise rapide

Le manque de demande, voilà pour la principale difficulté avancée par les entreprises – qui citent aussi une distanciation physique difficile à mettre en place sur le terrain, et des problèmes d’approvisionnement. Pour le dire autrement, la réouverture d’une grande partie des commerces a bien eu un effet positif sur les revenus des commerces concernés, surtout les magasins de détail non alimentaires (et aussi les transports et le stockage). Mais

Mais si les revenus du secteur privé restent globalement au même niveau, d’un tiers plus bas qu’avant la crise, une "légère amélioration", mais qui "reste marginal(e) face à l’ampleur du choc", cela veut dire que d’autres secteurs eux, continuent d’enregistrer de très faibles revenus. Ou pire, que ces revenus se creusent davantage."Cela donne à penser que, malgré le redémarrage à grande échelle, l’économie tourne toujours à très faible régime et que la revalidation complète prendra beaucoup de temps", en déduit la Banque Nationale.

Le risque de dégâts permanents sur l’économie

Eric Dor, directeur des études à l’IESSEG, anticipe une récession, un recul d’entre 8 et 11% du produit intérieur brut de la Belgique en 2020. Et confirme qu’une reprise progressive de l’économie belge "est le scénario le plus plausible" à ses yeux. Et de pointer du doigt la désynchronisation des rythmes de déconfinement entre pays. "Les chaînes d’approvisionnement très internationalisées vont donc continuer à être perturbées".

"Et même si tout le monde est prêt à recommencer le travail, de nombreuses entreprises vont être confrontées à des ruptures d’approvisionnement en composants qui doivent venir d’autres pays".

Quelle reprise dans les pays voisins ?

Et même si la consommation des ménages belges reprend, il faut bien avoir conscience qu’en fait l’économie belge dépend pour beaucoup de ce qui va se passer à l’étranger. "Quoi qu’il arrive à la consommation nationale", pour Eric Dor, "l’activité de beaucoup d’entreprises belges va surtout dépendre de la demande en provenance de l’étranger. Autant dire que l’incertitude est très grande". Pour l’industrie et les transports, par exemple la demande extérieure est cruciale. Un redémarrage lent, et partiel, du commerce international risque bien de peser.

Culture et Horeca les plus menacés

Et pour les secteurs qui dépendent plus de la consommation belge ? "Les mesures de sécurité à prendre sur les lieux de travail vont réduire longtemps la productivité, et la demande des consommateurs va continuer à être réduite par des comportements bien compréhensibles de précaution – et il est à craindre également que de nombreuses pertes d’emplois réduisent le pouvoir d’achat des consommateurs", selon Eric Dor, pour qui "la restauration et l’hôtellerie, ne pourront fonctionner que "pour une fraction de leur capacité normale".

Deux secteurs sont aujourd’hui manifestement en train de vaciller. La culture et l’Horeca. Au sein de la culture, des arts et de l’événementiel, 40% des entreprises sondées par la Banque Nationale s’estiment en risque de faillite à court terme, et c’est 25% des entreprises pour l’Horeca. La reprise lente annonce en fait dégâts permanents sur le tissu économique belge.

250.000 emplois menacés faute de mesures

Et, "faute de nouvelles mesure", avertit la banque Nationale, "il faut s’attendre à une vague de faillites en Belgique". Si l’on ajoute l’ensemble des indépendants menacés aux chômeurs temporaires qui risquent de ne pas récupérer leur emploi : l’estimation totale est désormais de 250 mille emplois menacés, faute à nouveau, de mesures supplémentaires. Il faut peut-être s’habituer dans les mois qui viennent à des proportions qui, sans être surprenantes, n’en sont pas moins inédites et très alarmantes sur le plan social et économique.