Pourquoi le CEO de bpost, Jean-Paul Van Avermaet, a été licencié

C’est la chronique d’un licenciement annoncé. Le conseil d’administration de bpost a décidé "de mettre un terme, avec effet immédiat, à la collaboration avec M. Jean-Paul Van Avermaet en tant que CEO […] dans l’intérêt de l’entreprise", a laconiquement communiqué la poste belge. C’était dans l’air depuis des mois, les nuages s’accumulaient au-dessus du patron, en place depuis un peu plus d’un an à peine. Depuis quelques jours, il n'avait plus la confiance d'une partie de son conseil d'administration. Le gouvernement fédéral, principal actionnaire de l’entreprise semi-publique, a mis la pression pour en finir.

Une affaire gênante

La semaine passée, bpost présentait des résultats financiers décevant pour 2020. Le cours de l’entreprise avait plongé de 17% en bourse. L’essor de la livraison de colis n’a pas compensé les pertes de revenus dans le courrier traditionnel. Pourtant, la ministre des entreprises publiques, Petra De Sutter, à la barre dans ce dossier, l’assure, ce n’est pas la raison de ce licenciement : "Non, on ne licencie pas un CEO pour cela. C’est plutôt une escalade, une succession d’affaires. C’est la communication, les qualités de leader, la confiance rompue. Tout cela a porté atteinte à l’image de l’entreprise", déclare la ministre.

En cause principalement : une enquête ouverte par l’Autorité belge de la concurrence, qui suspecte une entente illégale sur les prix entre différentes sociétés de sécurité et de gardiennage dont G4S (avec Securitas et Seris), que Jean-Paul Van Avermaet dirigeait avant d'arriver chez bpost. Une enquête est aussi menée par le ministère américain de la Justice. Ce qui l'empêche de voyager pour l'instant aux Etats-Unis. Gênant pour le patron d'une entreprise qui à une grosse filiale (Radial, distribution de colis) dans ce pays.

L’affaire a écornait déjà sérieusement son image depuis plusieurs semaines. Cela s’est précipité ces derniers jours. "Ce qui a été décisif, c’est la discussion sur les obligations de transparence envers ce conseil d’administration", explique la Ministre, Petra De Sutter. Le conseil d’administration avait déjà réclamé plus de clarté sur cette affaire en septembre, mais sans réponse satisfaisante, de sorte que la question a été posée à nouveau fin février. "Le vase était plein. Quand on est dans une crise comme celle qu'on traverse, il faut un climat de confiance. Pour préparer l'avenir, les défis de l'essor du e-commerce, il faut un CEO fort qui prennent des décisions et qui trace le chemin, pas quelqu'un d'handicapé par des affaires. Et on a vu que ça manquait ces derniers mois".

Un dialogue social rompu

Avec les travailleurs aussi le vase était plein. Et une dernière goutte l'a fait déborder il y a 10 jours. Depuis, le dialogue social était d’ailleurs complètement rompu. Stéphane Daussaint, responsable général bpost et télécoms pour la CSC, reproche en particulier à la direction de bpost des propos tenus lors d’un webinaire : "La directrice financière a reproché au personnel un bonus, qui est en réalité une prime 'covid', qui aurait pesé trop lourdement sur les résultats financiers de l’entreprise. La direction laisse entendre que c’est grâce à cette prime que le personnel est resté au travail en temps de crise. C’est une insulte à leur investissement. On demande des excuses pour cela ".

Les organisations syndicales ont d’ailleurs écrit, en front commun, une lettre ouverte au conseil d’administration. Elles jugent l’attitude de la direction de la poste "brouillonne". D’ailleurs, pour Stéphane Daussaint, il n’y a pas que l’ancien patron qui est en cause : "Jean-Paul Van Avermaet n’est que la pointe de l’iceberg. Aujourd’hui, c’est tout le bateau bpost qui est à la dérive. Dans la gestion de l’entreprise, il y a un problème. Des décisions prises, pas seulement par Mr. Van Avermaet, ont conduit à des personnes qui étaient des piliers de cette entreprise à partir. Le savoir-faire s’en va, c’est signe d’un grand malaise".

Ces derniers mois, le numéro 2 de l’entreprise, Henri de Romrée, une cadre des RH ou la directrice de la communication, notamment, ont quitté ce navire.

Mauvais casting

Le marché postal est en profonde transformation, les opérateurs de courrier traditionnel sont en train de devenir à marche forcée des distributeurs de colis. La mue est encore accélérée par la crise du coronavirus et l’essor du commerce électronique. "bpost a moins bien négocié ce virage que ses concurrents. Si on regarde chez nos voisins, on voit que Post NL ou Deutsh Post profite plus que bpost de l’augmentation des colis", constate Michel Ernst, analyste à la banque CBC.

"Si à ces résultats décevants, on ajoute ses autres casseroles : les départs de cadres de l’entreprise, l’enquête qui le vise qu’il a importé en quelque sorte chez bpost, ça fait tache !".


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La recherche d’un nouveau patron pour la Poste belge est lancée. En tant qu’entreprise semi-publique son salaire sera plafonné à des niveaux plus bas que ce qui se pratique en général à ce genre de poste. Entre-temps la gestion journalière de l’entreprise est confiée au président du conseil d’administration, François Cornelis.

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