Pourquoi la Belgique n'a jamais importé autant d'électricité (et pourquoi ça va continuer)

La progression est fulgurante. 22% de l'énergie consommée en Belgique en 2018 a été importée. Et selon ces chiffres du gestionnaire de réseau Elia, c'est donc presque trois fois plus que les 8% importés en 2017. Avec Doel 3 pour seul réacteur opérationnel (sur les 7 réacteur belges) pendant les mois de novembre et décembre, la part du nucléaire dans la production énergétique en Belgique a diminué, elle, de 15% par rapport à 2017. Le nucléaire reste, certes, la première source d'approvisionnement énergétique, mais elle a atteint un niveau historiquement bas en 2018.

Du nucléaire à l'arrêt et plus de capacités d'importations

Le record des importations d'électricité s'explique aussi parce par moment, les prix de l'énergie sur les marchés sont moins chers à l'étranger, en France, aux Pays-Bas et en Allemagne. "Les fournisseurs tentent toujours de se fournir au meilleur prix afin de formuler une offre compétitive pour leurs clients", nous explique la FEBEG, Fédération des fournisseurs belges d'énergie. Ou pour le dire autrement, les fournisseurs se tournent alors vers de l'énergie produite hors Belgique pour des raisons commerciales: "Lorsque l’énergie est moins chère à l’étranger, les fournisseurs achètent sur ces marchés à concurrence des possibilités physiques d’importation. Ils tiennent donc compte dans leurs prix de vente des possibilités qui leurs sont offertes à cet égard. La possibilité d’importer et la concurrence sur les marchés internationaux ont donc naturellement tendance à tirer les prix vers le bas sur les marchés interconnectés. Sans importations, les prix seraient certainement plus élevés et plus volatils".

De nouveaux records en perspectives

Beaucoup d’importation, ça ne veut donc pas nécessairement dire que la Belgique a besoin d’importer aujourd’hui une électricité qu’elle n’est pas à même de produire. D'autant que les capacités d'importations vers la Belgique ont augmenté. "On peut aujourd'hui facilement importer 4500 à 5000 MW de l’étranger, ce qui était absolument impossible il y a quatre ans où nous étions limité à 3000 MW. Donc c'est bien notre capacité d'importation, combinée avec ces offres de prix intéressantes à l'étranger qui font qu'on a battu le record d'importation", explique Damien Ernst, spécialiste de l'énergie et professeur à l'ULG.

Des importations qui vont encore augmenter

Et ces possibilités d'importations vont encore augmenter dans les années qui viennent. Parce que l’interconnexion entre la Belgique et ses voisins augmente. Pensez au lien "Nemo" double câble sous-marin d'une capacité de 1000 MW entre le Royaume-Uni et la Belgique, qui devrait être pleinement opérationnel dans le courant du premier trimestre 2019.

Mais l'augmentation la plus significative des importations se fera quand la Belgique fermera ses centrales nucléaires, selon Damien Ernst: "avec un début de fermeture vers 2022, on va probablement arriver à plus de 50, voire 60% d'importation d’électricité à l'avenir. Ça ne m'étonnerait pas du tout, parce que nous sommes fort limités en Belgique, en termes de ressources renouvelables, et en éolien, et en solaire. Donc on peut penser qu'à terme, même l'énergie renouvelable sera importée d'autres pays".

Ce qui n'augure rien de bon pour l'avenir du secteur énergétique en Belgique. Avec quelle conséquence pour la facture? Difficile à dire. Aujourd'hui, les fournisseurs assurent que les importations, ça rend les prix plus stables et plus bas. Mais voire une partie du secteur disparaître chez nous, et importer de l'électricité massivement de l'étranger, cela annonce - si cela se réalise, de sacrées incertitudes sur les prix, et potentiellement, un déficit dans la balance commerciale, une contraction du secteur,...et des pertes d'emploi.

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