Coronavirus en Belgique: pourquoi est-il difficile de trouver de la farine en grande surface ?

Illustration - La demande exponentielle de farine n'est pas la seule raison de sa pénurie dans les grandes surfaces.
Illustration - La demande exponentielle de farine n'est pas la seule raison de sa pénurie dans les grandes surfaces. - © FREDERICK FLORIN - AFP

Depuis le 13 mars, date des premières mesures contre le coronavirus en Belgique, certains produits plus que d’autres sont difficiles à trouver dans les grandes surfaces. Et c’est principalement le cas pour la farine. Un produit devenu phare comme l’explique Aurélie Gerth, porte-parole de Carrefour Belgique : "On a fait une liste des produits qui ont connu la plus forte croissance depuis la crise, et en numéro un, c’est la farine. D’ailleurs, le papier toilette n'est même pas dans le top 10 !".

Comment expliquer cet engouement ? D’abord parce que vous êtes nombreux à retrouver le plaisir de faire du pain maison. Ensuite, parce que la pâtisserie avec les enfants est également devenue une activité fort prisée en cette période de confinement.

Un problème de conditionnement

Mais cette demande exponentielle n’est pas la seule raison de cette pénurie : "Nous sommes habitués en farine de faire soit du vrac soit de faire des sacs de 25 kg. Mais quand on doit aller sur des sacs de 1-2 ou 5 kg, il faut une autre organisation. Il faut des ensacheuses qui puissent le faire, et certainement aussi des sacs", explique Claude Bodson, négociant en céréales.

De la farine, il y en a donc largement en suffisance en Belgique. Nous en produisons assez et la prochaine récolte reste encore à venir. Et si demain vous en voulez une tonne, vous en trouverez facilement.

Le problème, c’est le conditionnement (le petit conditionnement ne représente que 2 à 5% de la distribution en Belgique) car les moulins, équipés d’une machinerie capable de produire de petits emballages, sont plutôt rares. Il y en a deux en Wallonie. Les Moulins de Statte à Huy en font partie.

Une désindustrialisation qui coûte cher 

Depuis le 13 mars, son propriétaire, Guy De Mol, est largement sollicité. Il a plus que doublé sa production et travaille aujourd’hui six jours sur sept. Et s’il a du mal à suivre, c’est à cause de la désindustrialisation : "Du fait de la désindustrialisation de cette région depuis 30 ans, il y a beaucoup de secteurs qui tournent autour de notre entreprise qui ne sont plus là ou qui sont en raréfaction de produits. Au premier rang desquels : les sacs. Aujourd’hui, il y a de moins en moins d’imprimeurs, de faiseurs de papiers et donc quand vous vous adressez à des fournisseurs en 1, en 2 ou en 5 kg, les gens vous disent qu’ils sont à court de stock !"

C’est d’ailleurs également le cas pour les étiquettes. Ce qui l’oblige actuellement à faire des emballages avec des sacs blancs et d’imprimer les étiquettes réglementaires (dans les deux langues), qu’il doit ensuite coller sur les sacs : "C’est énormément de main-d’œuvre. Cela prend beaucoup de temps de faire une tonne en 2 ou en 5 kg. Et aujourd’hui, on nous annonce des délais de trois à quatre mois pour nous fournir à nouveau en sac !"

"Repensons notre modèle localement !"

Guy De Mol précise que "depuis toujours, et c’est normal, la grande distribution a des marges très petites et donc il fallait que ses acheteurs principaux achètent au bas prix. Et donc, quand vous allez dans les rayons de la grande distribution aujourd’hui et que vous regardez le prix d’attaque du 1 kg, c’est un sachet de farine aujourd’hui qui n’est pas produit avec des blés belges (et en tout cas pas wallon). Il n’est pas moulu dans un moulin belge. Et, il est emballé sans doute avec des emballages provenant d’on ne sait d’où."

Pour lui, il faut donc repenser localement : "C’est une crise dramatique, mais c’est clairement une opportunité aujourd’hui pour notre secteur et l’ensemble des secteurs de l’alimentation de dire : 'Repensons notre modèle localement !'".

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