Pourquoi est-il aussi difficile de surveiller l'argent de Daesh?

Bien sûr le bitcoin n'a pas été créé pour cela, mais la plupart des experts le constate, cette monnaie virtuelle peut faciliter certains trafics, dont ceux des organisations terroristes.
Bien sûr le bitcoin n'a pas été créé pour cela, mais la plupart des experts le constate, cette monnaie virtuelle peut faciliter certains trafics, dont ceux des organisations terroristes. - © ETHAN MILLER - AFP

Comment une organisation terroriste telle que Daesh parvient-elle à faire circuler ses fonds partout où elle en a besoin? C'est une question clé dans la mesure où il semble très difficile de lui supprimer ses ressources, essentiellement le pétrole. Il faut donc agir aussi en aval et apparemment ce n'est pas simple du tout.

Pas simple du tout, car il y a de multiples moyens plus ou moins subtils d’organiser le système. D’abord, utiliser l'argent liquide reste très pratique à condition de ne pas se faire pincer. Pour les transferts informatiques, la forme plus simple est d'utiliser des sociétés écrans ou des prête-noms en cascade dans différents pays. Au départ, l'argent arrive dans une banque conciliante dans un pays qui l'est tout autant. Ensuite de pays en pays, de banque en banque, l'argent noir devient gris, puis quasiment blanc. Retracer le circuit est très complexe.

Bitcoin et darknet

Tout cela ce sont des réseaux plus ou moins officiel, mais l'argent peut aussi circuler totalement dans l'ombre. La première manière ce sont les monnaies virtuelles. Le bitcoin est la plus connue et ses partisans sont très remontés quand on l'accuse de tous les maux, il y en a d'autres. Eric Vernier dirige l'IRSI en France, c'est un spécialiste du blanchiment : " Ces monnaies sont utilisées par tous les trafiquants et mafias du monde aujourd’hui qui ont des connaissances informatiques. Cela fonctionne via un passage par le darknet, cet internet parallèle, et ensuite un paiement avec une monnaie virtuelle comme le bitcoin qui est transformable en dollars ou en euros. Ce sont des monnaies convertibles et donc il est extrêmement facile de transformer de l’argent sale en argent propre, du moins pour des sommes pas trop importantes ".

Eric Vernier a mentionné le "darknet", l'internet sombre. Il permet des communications sans qu'il soit possible d'en retracer l'origine, ou très difficilement. Là, on est encore un cran plus loin que les monnaies virtuelles.

Une guerre de retard

Cela veut-il dire que nos pays sont incapables de lutter contre les circuits clandestins? Incapable, c'est exagéré, on imagine par exemple que les Etats-Unis ne sont pas des manchots dans ce domaine. Mais le plus étonnant à première vue, c'est que Daesh maitrise cette technologie ce qui ne surprend pas Eric Vernier: " Lorsqu’on évoque Daesh, on est quand même face à un 'Etat' même s’il n’est pas reconnu, avec des banques, d’anciens généraux, des financiers expérimentés, d’anciens proches du pouvoir qui connaissaient déjà les tenants et les aboutissants de tous ces montages. On n’est donc pas forcément étonné que ce soit possible mais à partir du moment où l’on est transnational, le problème est qu’en face les autorités sont nationales ".

Daesh face au handicap démocratique

Autrement dit, et c'est vrai surtout pour l'Europe, nous n'avons pas la possibilité d'une mobilisation à la hauteur du défi. Avec en plus, si l'on peut dire, un handicap démocratique. Là où nos gouvernants ont heureusement des lois à respecter, les chefs terroristes de l'état islamique n'en ont aucune. Et donc, comme souvent, les malfrats ont au moins une longueur d'avance sur les gendarmes. Eric Vernier parle lui d'une guerre de retard.

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