Pour venir à bout des bouchons, "il faut décourager les automobilistes, réduire le stationnement, rendre l'usage plus cher"

Alors que la semaine de la mobilité touche à sa fin, les questions la concernant restent aujourd’hui centrales voire primordiales pour le Belge. Entre embouteillages et prix du carburant en constante augmentation, c’est à se demander pourquoi il roule encore avec sa voiture… Réponse en 5 questions posées au sociologue de la mobilité, Pierre Lannoy.

Le Belge est-il vraiment attaché à sa voiture ?

Non. Comme les bouchons ne disparaissent pas, on a l’impression que rien ne change, mais ce n’est pas tout à fait le cas. Depuis près de 10 ans en Belgique et en particulier à Bruxelles, les modes de transports se sont diversifiés.

Les transports en communs fonctionnent bien avec une augmentation de 30 % de voyages en plus pour la STIB sur les 10 dernières années. Le vélo aussi a la cote, même s’il reste minoritaire par rapport aux usagers de la voiture.

Les incitants fonctionnent et les Belges sont de plus en plus nombreux à lâcher le volant.

 

Si les incitants fonctionnent, comment expliquer les embouteillages qui persistent autour des grandes villes comme Anvers ou Bruxelles ?

Les mesures uniquement incitatives ne suffisent pas. Souvent elles sont trop timides, parfois même elles s’enlisent comme pour le cas du RER. C’est un véritable gâchis financier, politique et social. Les incitants, c’est dire aux gens "regardez comme c’est sympa de se déplacer autrement qu’en voiture" mais en fait on ne fait rien, on ne met pas d’obstacles à l’utilisation de la voiture.

Il faudrait décourager les automobilistes, leur prendre du terrain en réduisant l’espace de la voiture sur les voiries, en réduisant les places de stationnements. Ça suppose aussi sans doute de rendre l’usage de la voiture plus cher, en tout cas à certains moments et en certains lieux.

Il faut faire en sorte que l’auto soit moins intéressante à utiliser, et puis prendre des mesures incitatives comme le soutien aux transports alternatifs. Et ça en Belgique on ne le fait que très peu. 

 

Il n’y aura pas de résolution de problèmes de mobilité sans restreindre ou même interdire (dans une certaine mesure) la voiture en Belgique ?

Je ne pense pas. Les mesures incitatives seules ne sont pas efficaces. Il faut prendre des mesures matérielles, financières, mais aussi symboliques.

Il faut prendre des mesures qui agiraient sur l’image. On pourrait par exemple appliquer la même méthode que sur les paquets de cigarettes où l’on peut voir des photos et des textes qui mettent le fumeur en garde. On pourrait imaginer que dans les catalogues de voitures, on y affiche également les maladies qu’elles causent.

A un moment donné, collectivement, on s’est dit qu’il fallait en finir avec le tabagisme. Aujourd’hui on se dit qu’il faut arrêter les bouchons. Et qu’est-ce qu’on a fait avec le tabagisme ?  On a dit qu’on ne pouvait plus fumer dans certains espaces, on a augmenté le prix des cigarettes et on a touché l’image. Et on voit qu’aujourd’hui la population est nettement moins exposée au tabagisme. Il faut agir sur les mêmes axes pour parvenir a moins s’exposer aux bouchons.

 

A qui la faute ?

Il n’y a que l’autorité publique qui puisse prendre ce genre de mesures. Donc il doit y avoir une certaine cohérence entre la situation de ras-le-bol et les mesures à prendre au niveau politique. On n’a pas cette cohérence aujourd’hui.

 

La voiture de société, le diable incarné ? 

La voiture de société, c’est encourager l’automobilisme et ces voitures représentent entre 11% et 20% du parc automobile belge. Si on les éliminait, cela ferait déjà une fameuse différence. 

 

 

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