Pour le sociologue Nicolas Menet, "les start-up sont une mascarade"

Les start-up font rêver les jeunes entrepreneurs. Entreprise cool, réunions dans les hamacs et milliardaires en jeans baskets à 22 ans. « Mascarade ! » répond Nicolas Menet. Il est sociologue français, il est lui-même start-uper, il connaît donc bien ce milieu sur lequel il a un regard très critique. Il en a fait un livre avec un collègue « Startup, arrêtons la mascarade – Contribuer vraiment à l’économie de demain ». Il insiste d’emblée : « Ce n’est pas un pamphlet anti-startup, c’est une proposition pour un nouveau modèle ».

La plupart se plantent

Première mascarade pour Nicolas Menet le mythe de la success story n’existe (presque) jamais, en réalité il y en a surtout beaucoup qui n’y arrive pas : « La start-up a été érigée comme un modèle de la coolitude, de la jeunesse qui va révolutionner le monde. En fait, derrière, il y a surtout de la précarité, du travail caché, pas de chiffre d’affaires. C’est très compliqué. »

Deuxième mascarade : C’est un cache-sexe pour les pouvoirs publics : « Ça leur permet de s’afficher comme innovant alors que l’innovation n’est pas forcément là. Çà permet aussi aux politiques de parler d’emplois, alors que l’emploi n’est pas forcément là. Il y a une toute une arrière-boutique pas forcément reluisante qu’on ne veut pas voir. Seulement 10% des start-up créent de la valeur et des emplois. Tout le monde ne peut pas être entrepreneur. Il faut arrêter d’entretenir ce mythe auprès des jeunes. »

Un produit d’investissement comme un autre

Pour Nicolas Menet, les start-up sont devenues des véhicules financiers. Leur activité, leur produit, leur projet n’intéressent pas leurs certains de leurs investisseurs : « En private equity, les investisseurs sont prêts à perdre de l’argent. Pour eux, c’est une façon de placer de l’argent qui sera finalement plus productif dans une start-up que dans une banque vu les taux d’intérêt. Il y a des gens qui investissent parce qu’il faut investir, l’argent c’est comme l’eau, il faut qu’elle trouve des canaux. Ces start-up-là sont très mal accompagnées, elles vont droit dans le mur ».

Même constat du côté de l’investissement public. Les gouvernements investissent beaucoup ces dernières années dans le déploiement des start-up, en soutenant des incubateurs, des accélérateurs, des programmes d’accompagnement en proposant des incitants fiscaux pour développer un écosystème : « Il faudrait exiger de la rentabilité et de la réussite pour avoir un retour. L’argent public n’a pas vocation à enrichir un ou deux fondateurs de start-up. Par contre s’il y a un retour pour la collectivité, si ces entreprises réussissent et contribuent à la formation des jeunes pousses, oui c’est de l’argent bien investit ».

« Les start-up doivent contribuer à l’intérêt général »

Nicolas Menet ne plaide pas pour la disparition du système tel qu’il existe : « Le Darwinisme entrepreneurial comme on le connaît aujourd’hui : on sème des projets et il y en a un sur dix qui va fonctionner, c’est comme ça que sont nés Google et Facebook, c’est très bien, ils n’ont pas eu besoin d’argent public ».

Mais il suggère l’émergence d’un autre système qu’il appelle « à profitabilité intégrale » financé par le public mais qui profite à toutes les parties et qui ont des objectifs d’intérêts général pour répondre à des problématiques collectives (vieillissement de la population, changements climatiques) : « ces défis doivent être abordés avec une approche réglementaire, législative, mais aussi d’innovation. Et les écosystèmes à profitabilité intégrale vont se concentrer vers certains types d’innovation. Et l’argent public peut être investi dans ce type d’innovation parce qu’à la fois il va enrichir des investisseurs, il va crée de l’emploi, il va faire que des start-up deviennent pérennes, et répondre à des défis d’intérêt général ».

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK