Pour le patron des patrons wallons, "il y a un bug depuis longtemps" entre économie et écologie

A cinq mois des élections, quel est le mémorandum des patrons wallons ? Jacques Crahay, président de l'Union wallonne des entreprises, dit ne "pas être particulièrement déçu [par le monde politique], ma thèse est que nous, patrons, pourrions mettre beaucoup plus d'emphase sur ce que nous voulons et arriver à dessiner un avenir économique par les patrons, plutôt que toujours se mettre dans la position d'avoir ceci ou cela pour mieux fonctionner."

"On ne peut pas attendre du monde politique à avoir toutes les solutions", ajoute-t-il.

L'économie ne tient pas compte de la raréfaction des matières premières

Jacques Crahay souligne la nécessité de travailler dans la prospective, sur le long terme. "Je pense que le modèle économique est en train de changer et qu'il va très fortement évoluer ces prochaines années. Et à partir de là, se poser la question de 'comment affronter le défi climatique, la raréfaction des matières premières, le défi énergétique...'"

Le président de l'Union wallonne des entreprises met l'accent sur le écologique et épingle une difficulté : "L'économie ne tient pas compte de la raréfaction des matières premières ni de la raréfaction de l'énergie et encore moins du climat (...) Il y a un bug depuis longtemps [entre économie et écologie] et aujourd'hui la théorie économique ne tient que par des externalités, c'est le principe du pollueur payeur. Il n'y a pas d'autre solution aujourd'hui".

Défi énergétique? 

Alors que l'arrêt du nucléaire est au coeur des discussions environnementales, une question se pose : comment les entreprises vont-elles faire face au défi énergétique ? "Il y a des entreprises énergivores et il y a des entreprises qui le sont moins. Les entreprises très énergivores vont devoir évoluer dans leur modèle économique et ce seront celles-là qui seront les plus difficiles à convaincre", déclare Jacques Crahay. "C'est celles-là qu'il faut accompagner. Il faut trouver des moyens pour se dire 'que va-t-on faire si l'intensité énergétique n'est plus aussi disponible que lors de ces 200 dernières années ?'" 

Le message a encore du mal à passer au sein des entreprises wallonnes, car "prenons un entrepreneur qui a investi ces dernières années, il ne peut compter que sur la croissance de son chiffre d'affaires pour rembourser son banquier. Il est donc très difficile de concevoir un autre modèle aujourd'hui".

Opportunisme politique? 

A suite de la vague verte des dernières élections communales [et le vote massif pour Ecolo], Jacques Crahay nie toute forme d'opportunisme politique avec son discours. "Il y a une réalité que chaque individu perçoit, qu'il soit patron ou citoyen, il perçoit bien que le monde change à une allure folle", affirme-t-il. "On a énormément de difficultés à accommoder notre modèle économique à ces futures réalités. On a une dizaine d'années pour arriver à réfléchir à cette transition écologique et économique."

Lundi dernier, les patrons flamands du VOKA ont demandé au monde politique d''arrêter avec les demi-solutions'.  Ne faut-il pas plus de radicalité dans les mesures, comme le préconise le VOKA ? "Je pense qu'il faut arriver à faire de la construction", déclare Jacques Crahay. "Les demi-mesures sont demi car les patrons ne sont pas assez concertés pour apporter des solutions à moyen terme. Je pense qu'il faut qu'on se concerte de manière très sereine."

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