Pour éviter un tsunami financier, Georges Ugeux plaide pour une hausse des taux d'intérêt

« La descente aux enfers de la finance », c’est le titre d’un livre que vient de publier le Belge Georges Ugeux, qui a été pendant sept ans vice-président du New York Stock Exchange, la Bourse de New York. Son livre sonne comme un avertissement : Georges Ugeux s’inquiète tout particulièrement de l’envolée de la dette publique mondiale. Elle a doublé depuis la chute de Lehman Brothers en 2008 et elle n’est soutenable que grâce aux banques centrales qui ont véritablement laminé les taux d’intérêt. Mais, dit-il, ces taux vont finir par remonter : « À partir du moment où nous allons avoir une hausse des taux d’intérêt (que la Banque centrale européenne essaye de retarder le plus possible, mais qui est inévitable), on va se trouver devant un problème fondamental par rapport au financement de l’économie et par rapport à la croissance ».

Avec cette « remontée inévitable », dit-il, des taux d’intérêt, les déficits budgétaires des États risquent d’exploser. Mais Georges Ugeux l’a dit, la BCE essaye de retarder le plus possible ce moment. Pour lui, les grandes banques centrales du monde, dont la BCE évidemment, ont massivement acheté de la dette publique, et elles ont surtout perdu leur indépendance vis-à-vis du monde politique : « On a créé toutes les conditions pour que l’État puisse emprunter pas trop cher et continuer à s’endetter. J’ajouterais que ceux qui ont pris la décision sont les emprunteurs. Ce sont les ministres des Finances qui s’occupent de ces problèmes-là et ce sont eux qui doivent gérer la dette. On n’est jamais si bien servi que par soi-même ».

Risque systémique

Georges Ugeux estime que ces dettes sont devenues une menace pour la stabilité financière. Elles posent un risque, dit-il, « systémique ». Il rappelle au passage qu’avec des taux d’intérêt extrêmement bas, des centaines de milliards d’intérêts ont été, dit-il, « extorqués » aux épargnants et transférés aux États et aux entreprises.

Georges Ugeux évoque aussi un risque de tsunami financier. Pour éviter ce tsunami il plaide d’abord pour que les banques centrales, dont la BCE, mettent un terme à leur politique monétaire actuelle et qu’elles fassent progressivement remonter leurs taux d’intérêt. Mais dans le même temps, les États doivent, dit-il, diminuer leur endettement. Comment ? En diminuant leurs dépenses — il cite par exemple les dépenses militaires — en cédant des actifs non stratégiques, bref des privatisations, mais aussi — et c’est peut-être plus surprenant de sa part — en augmentant les impôts sur les sociétés : « Il y a une tendance qui existe dans le monde occidental, qui est une forme de concurrence qui est née de la mondialisation, et qui est une concurrence des États à celui qui imposera les impôts les plus bas. Le résultat est que les entreprises ne représentent que 10% des revenus des États. Par contre, l’impôt de la consommation, qui n’est pas progressif, prend, lui, la part du lion. Donc, il faut repenser les revenus en repensant la taxation ».

Et il y a urgence car, selon Georges Ugeux, cette nouvelle crise financière mondiale, ce nouveau tsunami financier pourrait se produire avant la fin de 2020, c’est demain. Et cette fois, dit-il, contrairement à 2008 qui était pour lui une crise essentiellement transatlantique, cette fois-ci ce serait une crise véritablement mondiale puisque l’Asie, et notamment la Chine, sont concernées au premier plan.

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