Plan de restructuration chez Brussels Airlines : la colère gronde dans les partis politiques

Les syndicats de Brussels Airlines sont  reçus au cabinet de la Première ministre après l'annonce du plan de restructuration
Les syndicats de Brussels Airlines sont reçus au cabinet de la Première ministre après l'annonce du plan de restructuration - © ERIC LALMAND - BELGA

La suppression d’un millier d’emplois chez Brussels Airlines s’invite sur la table du monde politique. La compagnie aérienne est fortement touchée depuis le début de la crise du coronavirus. Comme d’autres compagnies, elle subit la chute importante des voyages en avions. 

Les rentrées financières de la compagnie ont disparu et les caisses sont vides. La suppression d’emplois, l’annonce de la suppression de destinations et de certains vols devraient, selon la direction permettre de maintenir la compagnie à flot et de lui donner la possibilité de rebondir après la crise du Coronavirus.

290 millions sur la table ? 

Cet après-midi, les représentants syndicaux de Brussels Airlines sont reçus au cabinet de la Première ministre, Sophie Wilmès. Cette restructuration intervient alors que le gouvernement et Lufthansa, la maison mère de Brussels Airlines, tentent de négocier les modalités d’une aide de 290 millions d’euros que la Belgique devrait apporter pour sauver Brussels Airlines.

Négociations très difficiles

Ces négociations avec Lufthansa sont très difficiles, comme l’a reconnu le ministre des Finances, Alexander De Croo, juste avant de rencontrer les syndicats de l’entreprise, ce mardi après-midi. "Les négociations sont très difficiles avec Lufthansa car eux-mêmes sont en train de négocier (une aide d’Etat d’environ 9 milliards d’euros, ndlr) avec le gouvernement allemand", a expliqué Alexander De Croo à son arrivée au 16 rue de la Loi. Il est en effet question d’une entrée de l’Etat allemand au capital du groupe aéronautique, ce qui crispe les débats. Son patron, Carsten Spohr, ne veut en effet pas entendre parler d’une immixtion des gouvernements dans la gestion de son entreprise.

Or, l’une des pistes suivies par la Belgique serait d’entrer dans le capital de Lufthansa, en échange de garanties de maintien de l’activité chez Brussels Airlines.

Plus tôt, la Première ministre avait parlé, concernant la restructuration annoncée chez Brussels Airlines " d’une situation compliquée pour les travailleurs et leurs familles ".

Le gouvernement en manque d'informations?

Les représentants syndicaux qui ont été reçus cet après-midi au cabinet de la Première ministre ont été étonnés de constater que le gouvernement fédéral n’avait pas été informé des détails du plan de restructuration de Brussels Airlines.  La ministre Muylle n’a, par exemple, pas été informée du lancement d’une procédure Renault de licenciement collectif. Elle aurait dû l’être, a constaté Didier Lebbe, de la CNE.  Selon les syndicats, le gouvernement devrait recevoir prochainement la direction de la compagnie aérienne. 

Les syndicats ont aussi eu la confirmation que les négociations en cours entre le gouvernement et Lufthansa,  la maison mère de Brussels airlines, étaient difficiles.  "Il semble que Lufthansa soit très dur dans les négociations selon les explications que nous a données le ministre De Croo", a encore confié le représentant du syndicat chrétien.

Selon le délégué CNE, le gouvernement se demande comment avoir la certitude que les engagements du groupe allemand vis-à-vis de Brussels airlines seront respectés si l'Etat belge débloque une aide d'Etat de 290 millions d'euros.    "La relation ne semble pas très bonne avec les Allemands.  Il y a des contacts mais ça n'avance pas. Or nous n'avons plus des mois devant nous ", estime Paul Buekenhout  de l’aile chrétienne syndicale flamande ACV.

D'après les syndicats, l'Etat va poursuivre les négociations avec Lufthansa en essayant d'avoir un maximum de garanties écrites pour l'avenir, notamment quant au statut de hub de l'aéroport de Zaventem pour la compagnie belge ou l'arrivée à moyen terme d'avions plus modernes et plus respectueux de l'environnement.  Là aussi, un élément dont le gouvernement ignorait l'existence, à en croire le syndicaliste flamand.   Une rencontre pourrait encore avoir lieu cette semaine avec le patron de Lufthansa, Carsten Spohr, à Bruxelles, prédisent les représentants des travailleurs.

Avant qu’on puisse boucler le dossier de l’aide de 290 millions que l’Etat belge apporterait à Brussels airlines, les syndicats estiment qu'il faudra d'abord qu'un accord soit scellé entre Lufthansa et le gouvernement allemand, à propos de l'aide de 9 milliards d'euros que l'Etat allemand  devrait apporter à Lufthansa.  

Les syndicats belges ont expliqué au gouvernement belge qu’ils souhaitaient être tenus au courant de l’état des négociations entre la Belgique et Lufthansa. "Nous devons en tous les cas être tenus au courant de l'évolution des négociations avec l'Etat belge", insiste Filip Lemberechts, secrétaire permanent CGSLB/ACLVB.  Pas question, visiblement,  pour les syndicats de continuer à négocier le plan de restructuration avec la direction de Brussels airlines sans savoir ce qui se trame à un plus haut niveau entre l’Etat belge et Lufthansa. Mais les syndicats ne semblent pas avoir obtenu gain de cause sur ce point : " Ils ne nous ont rien promis aujourd'hui et ils nous demandent de continuer à négocier avec la direction de Brussels Airlines", déplore, en conclusion, Didier Lebbe de la CNE.


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Les partis politiques réagissent négativement à l’annonce du plan

Plusieurs partis politiques ont fait part ce mardi de leur soutien aux travailleurs de Brussels Airlines, tout en se montrant furieux de l’attitude de la maison mère de la compagnie aérienne, l’Allemande Lufthansa.

Du côté du MR, le parti de la Première ministre, le président Georges-Louis Bouchez s’est exprimé dans un communiqué : "La compagnie aérienne sollicite plus de 300 millions d’euros auprès de l’Etat belge. Dans ce contexte, l’attitude de Lufthansa est inacceptable aux yeux du MR et la réponse qu’elle apporte pour faire face à cette crise ne peut en aucun cas être définitive", s’est-il insurgé. "Cette annonce a donc vocation à être remise en cause en cas d’intervention de l’Etat", ajoute le président du parti de la Première ministre Sophie Wilmès.

Ce n’est pas au personnel de Zaventem de payer aujourd’hui pour la crise

De son côté, le PTB rappelle que le groupe Lufthansa a réalisé un bénéfice de 2,8 milliards d’euros l’année dernière. "Ce n’est pas au personnel de Zaventem de payer aujourd’hui pour la crise. Il n’est pas question d’envisager un soutien public à une entreprise qui met un millier de personnes à la rue", réagit Raoul Hedebouw, chef de groupe à la Chambre. Le parti communiste appelle le ministre des Finances Alexander De Croo "à refuser cette logique et à garder la nationalisation comme moyen de pression et comme alternative."

Pas de chèque en blanc à Lufthansa

Du côté du PS, le chef de groupe à la Chambre Ahmed Laaouej demande que la priorité soit mise "au soutien des travailleurs et à leurs familles". "Pas de chèque en blanc à Lufthansa qui a engrangé plus de 2 milliards de bénéfices l’an dernier", a-t-il ajouté sur le réseau social Twitter.

Le secteur doit se transformer en profondeur

Pour le président du cdH Maxime Prévot, "un plan de reprise doit permettre une meilleure maîtrise belge de l'outil et un développement durable à long terme de l'entreprise dans l'intérêt des travailleurs et de l'économie", a-t-il réagi. 

Quant au député fédéral Ecolo Gilles Vanden Burre, "Le secteur aérien doit se transformer en profondeur et l’urgence est aujourd’hui d’accompagner le personnel", a-t-il écrit.

 

Journal télévisé du 12/05/2020

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